Terra 26 avril 2018 à 14h00 | Par Hélène Bonneau

Travail du sol : la course contre la montre

Il aura fallu beaucoup de patience aux agriculteurs cette année avant de commencer le travail du sol dans leurs parcelles. Ces derniers jours, le soleil et les températures sont remontées et les tracteurs arpentent inlassablement la campagne... mais peut-on parler de retard ? Qu'en est-il du potentiel de rendements et de l'avancée du cycle végétal ?

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Aucun retard de semis n'est à constater, cependant la quantité de surface à travailler devra l'être plus rapidement.
Aucun retard de semis n'est à constater, cependant la quantité de surface à travailler devra l'être plus rapidement. - © Terra

Mi-avril, les tracteurs accèdent aux parcelles, certes plus tard qu'à l'habitude, mais Daniel Hanocq se veut rassurant : "il n'y a pas de retard pris par rapport au semis de maïs. Il n'y a aucune inquiétude à avoir", explique l'ingénieur d'études des sols et fertilisation à la chambre d'agriculture de Bretagne. Si le potentiel de rendement de maïs reste optimum, le soleil tardif a tout de même eu un impact sur les exploitations : la masse de travail. Aucun retard de semis n'est à constater, cependant la quantité de surface à travailler devra l'être plus rapidement, soit en augmentant la masse de travail par UTH, soit en faisant appel à de la main-d'œuvre supplémentaire... si le parc machinisme le permet ! Cette période de travail accrue devrait permettre à la majorité des exploitations de semer le maïs au meilleur moment.

 

Prioriser le travail

Les consignes des conseillers techniques font consensus. Deux priorités s'imposent dans le travail du sol : la destruction des couverts et l'épandage. "Avec le gel assez tardif, certains couverts comme la moutarde sont déjà détruits", relate Daniel Hanocq qui insiste sur "la nécessité de détruire les couverts végétaux restants pour apporter de l'azote au sol via la minéralisation". Et de préciser : "aucune dérogation ne sera accordée pour apporter de nouvelles doses d'azote au sol. Or, il faut un stock d'azote pour la fin juin, pour assurer un bon démarrage du maïs et il va falloir attendre que la biomasse se minéralise". Un constat partagé par Philippe Lannuzel, conseiller dans le Morbihan qui rappelle que la seconde priorité est celle de l'épandage, toujours pour cette problématique de fertilisation. Lorsque le choix est possible, il peut être intéressant d'épandre du lisier plutôt que du fumier frais pailleux qui mettra plus longtemps à se minéraliser. À défaut, privilégier le "vieux fumier" qui a déjà commencé le travail sur la plate-forme de stockage. Par ailleurs, le conseiller rappelle aux agriculteurs, pris dans le goulot d'étranglement de travail, que l'épandage reste autorisé le samedi, seuls les jours fériés et les dimanches sont interdits. Le règlement impose également une date de fin d'épandage fixée au 15 mai. Tout devra donc être terminé dans moins de trois semaines.

Autre effet d'une pluviométrie forte du début d'année : le jaunissement de tout ou partie de certaines parcelles implantées en céréales d'hiver. Certaines parcelles, souvent plus faibles agronomiquement, peuvent être touchées par un phénomène de jaunissement dû à un trop plein d'humidité qui a conduit à un manque de fertilisant. Daniel Hanocq est explicite : "ces surfaces sont perdues pour la culture implantée, il ne sert à rien de ré-investir en azote". Aussi propose-t-il aux agriculteurs concernés de "conserver la parcelle en place si la surface reste minime et de la détruire pour mettre du maïs à la place si elle représente trop de surface initilisables".


Semis : ne pas se précipiter

"Même si les semis de maïs sont effectués au 10 mai, ce n'est pas grave du tout", tempère Daniel Hanocq. Le cycle végétal est pour le moment tout à fait respecté, rien ne sert de se précipiter au risque d'altérer le démarrage de la plante. Philippe Lannuzel rappelle qu'il faut attendre que le sol soit bien réssuyé pour commencer les semis. Le conseiller précise "qu'au début de la période de pousse, le sol doit être suffisamment réchauffé pour effectuer un démarrage rapide, autour de 12/13°C au minimum". Et de préciser : "aujourd'hui, nous ne sommes pas encore à l'abri d'une baisse des températures en fin de mois".

 

 

Une météo très propice à l'ensilage d'herbe la semaine passée.
Une météo très propice à l'ensilage d'herbe la semaine passée. - © Terra

Dérogations épandage : des demandes sans réponse jusque là

Des pluies record en mars ont empêché le déroulement normal des épandages. Un retard qu'il faut désormais compenser en accélérant la cadence quand c'est possible. Et le calendrier complique beaucoup les choses, cumulant interdiction d'épandre (11 jours entre le 15 avril et le 31 mai) et plannings de chantiers déjà surchargés. C'est la raison pour laquelle les FDSEA des quatre départements bretons ont pris l'initiative d'une demande de dérogation à l'interdiction d'épandre les jours fériés. Demande sans réponse des préfets jusque là... Et qui devrait probablement rester sans suite. Mais qui permettra d'alerter l'administration sur les conditions très difficile de ce printemps.

De son côté, la fédération des entrepreneurs de travaux agricoles de Bretagne a sollicité une dérogation à la réglementation du temps de travail de ses salariés pour qu'ils puissent travailler jusqu'à 72 heures hebdomadaires. Là encore, demande jusque là restée sans suite. / Paul Jégat - Terra

 

 

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Le casse-tÍte des plannings

Vincent Texier est producteur de lait sur la commune de Gévezé (35), avec une soixantaine de vaches et 63 hectares. Installé depuis 2010, son exploitation, qui compte aussi un poulailler, emploie également un salarié à mi-temps. Ce jeudi 19 avril, c'est chantier d'ensilage d'herbe au programme. "Sur les coupes d'herbe on n'a pas beaucoup de retard, par contre ce qui est plus embêtant, c'est pour l'épandage du lisier et du fumier ou d'habitude on commence à partir du 15 février. J'ai aussi un peu de retard sur le traitement du blé et je vois qu'il a souffert sur les mauvaises terres". Pour l'agriculteur, si le mois de mai est un mois de beau temps, le retard sera vite rattrappé. En revanche, si la pluie est au rendez-vous, l'épandage va être délicat, sans modification de la date limite du 15 mai. "On a presque trois mois de retard, mais pour autant on n'a pas plus d'outils de disponible que les autres années", confirme Vincent Texier. Pour tous ses travaux au champs, il loue le matériel avec sa Cuma l'Avenir silencieux, excepté pour les semis de maïs qui sont réalisés par une ETA. Pour l'instant, la conséquence la plus marquante avec ce décalage des travaux se ressent au niveau des plannings. "Heureusement qu'on a les téléphones portables, sourit Vincent Texier, car il faut de la souplesse pour changer les plannings au jour le jour". Certaines ETA font même les trois-huit pour assurer les prestations et beaucoup sont en recherche de chauffeurs. / Arnaud Marlet - Terra


Sécurité routière

Les routes salies par les engins agricoles peuvent représenter un danger pour les usagers de la route. Les conducteurs peuvent être surpris ou perdre le contrôle. La responsabilité de l'agriculteur est alors engagée. Signaler le chantier par un panneau triangulaire modère votre niveau de responsabilité. D’autre part, quand le chantier est clôturé le nettoyage des routes reste indispensable.

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