Terra 03 mars 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Un appel des producteurs aux GMS : "aidez-nous à faire de l’½uf alternatif"

La filière ½uf lance un appel à l'aide à destination des enseignes de la grande distribution qui ne veulent plus mettre en rayons des ½ufs de poules élevées en cage, leur préférant désormais les ½ufs de poules au sol ou en plein air, bio ou pas. Les conditions d’élevage de 10 millions de pondeuses devront donc évoluer pour répondre à cette demande. Une adaptation dont le coût évalué à 500 millions d’euros ne pourra pas être supporté par les seuls éleveurs. Rencontres et explications.

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Sébastien Robic à Radénac mène un élevage plein air de 15 500 pondeuses sur 6,5 ha et un bâtiment de 35 000 poules à Réguiny qui devra évoluer vers le plein air à l’avenir pour répondre aux nouvelles attentes de la grande distribution.
Sébastien Robic à Radénac mène un élevage plein air de 15 500 pondeuses sur 6,5 ha et un bâtiment de 35 000 poules à Réguiny qui devra évoluer vers le plein air à l’avenir pour répondre aux nouvelles attentes de la grande distribution. - © Terra

"Le consommateur est prêt à consommer français", assure Franck Picard, président du groupement de producteurs Armor ½ufs. Mais pour passer de l'intention à l'acte d'achat effectif d'½ufs en mode de production alternatif à la cage, il en coûterait 500 millions d'euros sur cinq ans à la filière pour s’adapter... au pas de charge. Les responsables professionnels du CNPO (Comité National pour la Promotion de l’¼uf) réunis à Ploërmel le 23 février dernier à l'occasion d'une rencontre avec la presse ont fait leurs calculs. D'abord, ils jugent acceptable cette nouvelle attente d'½ufs alternatifs. Mais ils demandent à la grande distribution de mettre au pot. Deux médiateurs, nommés par le ministère de l’agriculture, y travaillent aussi. Car les éleveurs "ne pourront pas y arriver seuls. En 2012, ils ont consenti un investissement de 25 euros par poule pour satisfaire aux normes bien-être, ils n’en sont pas encore sortis", rappelle ainsi Anne-Françoise Robin de la FRSEA, productrice à Caro (56).

 

Rythme soutenu díadaptation

Nicolas Dréano est dans ce cas, il est installé depuis juin 2011 avec un salarié à mi temps et conduit un élevage de 80 000 poules réparties en groupes de 50 par cage. "J’ai investi 1,9 million d’euros sur 16 ans pour mettre aux normes cet élevage. Mon investissement court jusqu’en 2027. J’ai trop d’emprunts sur le dos pour changer le mode de production d’ici là", note ce jeune éleveur sous contrat. "Avec un ½uf qui sort d’ici à moins de 7 centimes", l’évolution en plein air (coût de production moyen en 2015 : 8,54 centimes d’euros contre 14,41 centimes en bio) est aujourd’hui inenvisageable. Même constat pour Sébastien Robic qui, à Radénac, mène un élevage plein air de 15 500 pondeuses sur 6,5 ha et un bâtiment de 35 000 poules à Réguiny. "Marie, mon épouse s’est installée avec moi en 2012 quand nous avons racheté le bâtiment plein-air", raconte l’éleveur qui montre ses 10 doigts pour illustrer le nombre de semaine de congés prises en 22 ans d’activité. "J’ai encore deux ans pour rembourser les nouvelles cages. Ensuite, il faudrait passer le bâtiment en plein-air. Mais pour cela, je dois dénicher 8 à 9 ha pour les 21 000 poules. Je n’ai pas le foncier. Cela fait 10 ans que je me prends la tête pour trouver des solutions. J’ai 46 ans", dit-il, las. "En 15 ans, on a fait un chemin phénoménal", estime-t-il. "On a gagné le combat de l’environnement. On va gagner celui de la demande sociétale et du bien-être", veulent croire les responsables professionnels. Mais ils ajoutent une condition à cette ambition, que le consommateur, au final, y consacre les moyens de ses ambitions.

 

 

Le contrat sociétal

Pour anticiper et accompagner les mutations du marché, les organisations de producteurs ont élaboré au sein du CNPO "un contrat social d’avenir". Il s’agit d’un pacte assorti d’une charte "pondus en France" pour aller vers plus d’½ufs alternatifs, avec un objectif de 50 % des poules élevées au sol, plein air ou bio en 2022, contre 32 % actuellement. Cet objectif nécessite de faire évoluer les conditions d’élevage d’un tiers des poules élevées en cage en France, pour un coût de 500 millions d’euros, soit 100 millions par an. Une facture très élevée pour des producteurs qui n'ont pas encore remboursé les investissements de mise aux normes bien-être de 2012. Aussi se sont-ils tournés vers la grande distribution, en lui demandant de participer à hauteur de 20 % des nouveaux investissements nécessaires, soit 20 millions par an.

L'oeuf en chiffres

Premier pays producteur européen d’½ufs, la France comptait, en 2015, 2 100 éleveurs spécialisés avec un cheptel de 47 millions de poules pondeuses. La Bretagne arrive en tête des régions productrices rassemblant 20 millions de poules dont 50 % sont situées en Côtes d’Armor. Son potentiel de production d’½ufs alternatifs reste inférieur de 10 points au plan national (22 % contre 32 %). Près de 40 % des ½ufs en France sont consommés via les GMS qui commercialisent 50 % de ceux élevés en code 3, c’est à dire en cage.

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