Terra 31 mars 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Un rendez-vous avec soi-même pour se reconstruire

Reconstruire sa vie et se projeter après un gros pépin. C'est tout l'objet des sessions "Avenir en soi" proposées par la MSA en Bretagne depuis dix ans. Pas à pas, grâce à la valorisation du travail de groupe et à l'accompagnement bienveillant des travailleurs sociaux, ceux qui l'ont expérimenté reprennent confiance et conscience de leurs compétences, pour s'envoler vers de nouveaux projets.

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Sabrina Le Bihan, Marie-Paule Le Gal, travailleurs sociaux et Dominique Sinner, formatrice. © Terra À l'issue de la session Avenir en soi, Adrien, participant, a sculpté ce voilier à partir d'outils anciens : "ça fait partie de l'agriculture. Je l'ai fait pour l'évasion, le rêve et l © Terra Stéphane est agriculteur, il a réalisé ce travail de symbolisation. "C'est tout le poids du monde et des emm... qui reposent sur mes épaules et puis c'est aussi moi qui joue l’équilibriste pour rester dans © Terra

"Ce ne sont pas de grandes choses, Avenir en soi, c'est une politique de petits pas", esquisse Marie-Paule Le Gal à l'évocation de ces petites choses qui redonnent tant de grandeur à nos vies minuscules, après un décès, un accident de santé ou de vie, un burn-out... "et c'est de plus en plus fréquent. Il faut se reconstruire après cela". Prendre un nouveau souffle pour "se préparer à accepter les changements et établir un cap pour l'avenir". Pas si facile à faire quand le cœur et le corps sont cabossés, mis à vif. Avec méthode, confidentialité, professionnalisme et bienveillance, Marie-Paule Le Gal et Sabrina Le Bihan, comme les autres travailleurs sociaux de la MSA, ici dans le Morbihan, animent depuis six ans les sessions "Avenir en soi". "Nous ne sommes pas des psychologues", dressent-elles comme limite de l'exercice, "nous restons dans le factuel".

Des étapes nécessaires

Faire cheminer par six étapes constructives, mine de rien, c'est tout le travail à accomplir pour faire advenir l'individu. "C'est d'abord une mise à plat de la vie de la personne avant qu'elle puisse élaborer un nouveau projet". L'important est d'accepter ce qui paraissait inacceptable, "en travaillant sur la finalité de leur projet (étape 1). Après un problème grave de santé, beaucoup nous disent vouloir retravailler mais il faut peut être en premier lieu accepter la maladie, le changement qu'elle occasionne et le nécessaire temps de la guérison...", pointent-elles avec délicatesse. Alors vient le moment pour les personnes de revisiter leur vie (étape 2), en lui redonnant cohérence et sens avant de décortiquer les expériences de vie (étape 3). "Même au travers de la manière de faire leurs courses, ou d'effectuer une tâche, il y a des compétences spécifiques que les gens ne voient pas car cela leur semble naturel. On va au fond des choses", insiste Marie-Paule Le Gal. Prendre conscience du fonctionnement adopté pour se mette en mouvement est essentiel. Et les travailleurs sociaux aident, par petits groupes. "Les gens nous disent, "je ne suis pas capable de faire cela", ils sont attachés à des croyances qui les limitent ou sont moteur (étape 4), enchaînent-elles. Une fois les points forts repérés, c'est plus facile de les transférer vers un nouveau projet (étape 5) que les participants formalisent (étape 6, voir photo du voilier ou de l'équilibriste, NDLR)".

La force et la complicité du groupe

"Tout au long de la démarche, les gens se découvrent ou se redécouvrent, la méthode y participe, ils évoluent". Mais vers quel projet ? "Quand une personne a compris que ce n'est pas son travail qu'elle doit reprendre dans l'immédiat mais prioriser sa santé, restaurer l'estime qu'elle a d'elle-même", un grand chemin est alors parcouru sur celui de la reconstruction. Et si le début de la démarche est parfois difficile car "on aborde l'histoire d'une vie, il y a de l'émotion,... mais il y a la force du groupe qui se constitue, elle porte les gens. Ils repartent avec une vitalité !". Car la solidarité qui s'y noue dans le groupe est forte. "Ils ne sont pas seuls avec leurs problèmes, leurs difficultés. Il y a ce respect, cette qualité d'écoute. Le groupe valorise la personne". Et puis, six mois plus tard, tout le monde se retrouve et fait le point, "nous sommes surpris de la métamorphose de certains, d'autres ont besoin de plus de temps. Alors Avenir en soi, peut être une aide à la décision dans un couple, pour l'exploitation, cela permet de clarifier un projet, de prendre conscience d'une voie qui ne leur convenait pas, certains partent en formation... C'est une mise en route vers le changement".

 

 

Ils racontent

Alors que s'est déroulée à Vannes, le 10 mars dernier une journée bilan sur les 10 ans des sessions Avenir en soi en Bretagne, les participants se sont retrouvés autour d'ateliers et de conférence où ils ont dit :

Confiance / Il existe une grande con-fiance entre les participants qui permet l’expression de tout le monde et de libérer la parole auprès de gens qu'on ne connaît pas. On peut s'appuyer sur eux.

Compétences / La prise de conscience de ses compétences permet d'avoir moins peur et de s'affirmer.

Oui/Non / J'ai trouvé la capacité de dire non, de dire oui aussi. J'ai osé, cela permet de pousser des portes.

Recul / Le changement de rythme, de rapport au temps et d'activité, permet de prendre du recul sur ses problèmes, sur ses valeurs. Il y a celles qui avaient de l'importance avant, mes résultats économiques par exemple, c'est devenu relatif par rapport à ma famille, mon couple maintenant.

La solitude / On se croit seul avec ses problèmes au début. On se rend compte très vite qu'on n'est pas tout seul à vivre dans la difficulté, cela permet de dédramatiser et de relativiser aussi.

Croyances / C'est précieux l'apport théorique sur les croyances et ce que ça peut renvoyer sur leur fonctionnement.

Rompre l'isolement / C'est une manière de rompre l'isolement, de s'ouvrir aux autres en évitant le repli sur soi. C'est accepter de faire appel aux autres et à l'aide extérieure.

Cocon / On se retrouve dans un cocon où on reprend de l'assurance, c'est plus aisé ensuite de faire face au monde médical ou à Pôle emploi.

Force du groupe / C'est aidant cette écoute des autres qui ne jugent pas. La confidentialité aide à ce que ça se passe bien pour pouvoir être en relation avec soi-même, se livrer, se libérer.

S'exprimer / Ça me donne plus de facilité à m'exprimer, à participer aux échanges. Quand je parle maintenant, j'ai l'impression qu'on m'écoute.

 

En chiffres

→ 8 heures sur 8 jours répartis durant 6 mois en 6 étapes, 
c'est le rythme imparti aux sessions "Avenir en soi".

→ Depuis dix ans en Ille-et-Vilaine, et depuis 2010 dans le Morbihan, la MSA des Portes de Bretagne a accompagné 160 personnes. 54 % d'entre-elles étaient non salariées, et 46 % salariées 
dont 63 % de femmes, 37 % d'hommes, pour un âge moyen compris entre 45 et 50 ans.

- © Terra

Témoignage

Dominique Sinner, formatrice nationale des travailleurs sociaux de la MSA

Sur le programme Avenir en soi / C'est un rendez-vous avec vous-même. Tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime. Il n'y a pas de changement sans émotion et compréhension de ce que l'on traverse. Il faut nourrir toutes ces dimensions de notre humanité.

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