Terra 12 juillet 2018 à 08h00 | Par Catherine Perrot

Un robot qui dévase en douceur

Près de Nantes, un entrepreneur a inventé le premier robot dévaseur, qui extrait en continu la vase des étangs ou des rivières. Son procédé, beaucoup plus écologique que la plupart des techniques existantes, a déjà reçu plusieurs prix. La sortie des premiers robots opérationnels est prévue pour la fin de l’année.

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"Il était une fois un étang qui s’envasait" : c’est ainsi que pourrait commencer l’histoire du robot dévaseur et de l’entreprise EST. Elle commence donc en 2014 à Vay (44), lorsqu’un étang envasé déborde sous l’effet de grosses pluies d’hiver : l’eau et la vase mêlées envahissent la maison située en contrebas de l’étang, occasionnant des dégâts et de gros frais de pompage.

Pour éviter qu’un tel aléa ne se reproduise, il faut dévaser l’étang. La procédure la plus classique serait une mise à sec, puis l’évacuation des sédiments à la pelleteuse. Mais cela ne préserverait ni le milieu naturel, ni l’usage de l’étang pour la pêche et la chasse. En outre, les quantités de sédiments extraits seraient telles qu’ils trouveraient difficilement une utilisation sur place : il faudrait les transporter en camion.

Une autre méthode pour enlever la vase pourrait être le dragage. Plutôt utilisée dans les ports et les fleuves, cette méthode fait généralement appel à de gros moyens techniques. En outre, l’opération remobilise les sédiments, et, souvent, ces derniers ne sont que déplacés.

Beau-frère du propriétaire de l’étang envasé de Vay et chef d’une PME d’électricité basée dans le Morbihan, Philippe Pétard se pose alors une question : "Pourquoi dévaser en grosses quantités et d’un seul coup, plutôt que de le faire petit à petit en continu ?".

 

Une invention qui répond à un besoin

Philippe Pétard se documente sur la question et constate qu’il n’existe pas d’outil correspondant à son idée. Bricoleur dans l’âme, il se lance alors dans la création d’une pompe, équipée de flotteurs, commandée à distance et capable de travailler de manière autonome sur un périmètre défini. Très vite, autour de cette invention, il crée, avec sa sœur, la société EST, pour Environmental sediment treatment, et dépose des brevets à l’Inpi.

Alors que la machine n’est encore "qu’une pompe sur des flotteurs en polystyrène", Philippe Pétard communique pourtant sur son projet. Il gagne même des concours et pas des moindres, le plus emblématique étant, fin 2015, le trophée "solution climat", lors de la Cop 21.

Courant 2016, Philippe Pétard se rapproche d’un consortium d’entreprises nazairiennes, intéressé par son invention. Il prend aussi la décision de céder son entreprise d’électricité à ses salariés, pour se consacrer entièrement à EST et à l’amélioration technique de son robot.

Au fil des versions, le robot prend peu à peu sa forme définitive : une barge flottante, alimentée à l’électricité, commandée à distance, munie de quatre filins en aciers (250 m chacun), fixés sur les berges ou sur des ancres. Le cœur du robot est une pompe qui descend à la profondeur programmée et qui filtre, en continu (et en silence), 100 litres de liquide par minute. "On est loin des 10 000 litres par minute d’une drague industrielle !". Les sédiments extraits en douceur et sans perturbation du milieu sont amenés sur la berge via un tuyau. "Notre outil permet à la fois de dévaser mais aussi de prévenir l’envasement, puisqu’il s’agit d’extraire juste un peu plus de sédiments qu’il n’en arrive".

 

 

La concrétisation en 2018

Au printemps 2017, Philippe Pétard poursuit l’aventure du robot dévaseur en faisant partie de la première promotion des start-ups accueillies au Village by CA à Nantes.

Le projet actuel serait de construire, à partir de 2018, environ trois robots par an, et de les proposer aux clients pour des prestations. Pour l’heure, Philippe Pétard n’envisage pas de les vendre, puisqu’il veut garder la main sur la maintenance de ses robots.

Les clients qui se sont montrés intéressés ne manquent pas : "On trouve des stations de production d’eau potable, des ports, des agriculteurs qui veulent récupérer toute la capacité de leurs retenues collinaires". En outre, les sédiments constituent alors des amendements très intéressants pour leur valeur agronomique. L’histoire du robot dévaseur commence et elle n’est pas près de se terminer.

Philippe Pétard, président fondateur d’EST et inventeur du robot dévaseur, devant le dernier prototype de son robot.
Philippe Pétard, président fondateur d’EST et inventeur du robot dévaseur, devant le dernier prototype de son robot. - © Terra

Pour en savoir plus : robot-devaseur.com. Philippe Pétard a également une chaine Youtube à son nom sur laquelle on peut voir son robot en action.

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