Terra 16 février 2018 à 09h00 | Par Marie-Laurence Grannec, chambres d'agriculture de Bretagne

Une approche sociologique et historique des attentes sociétales

Les filières d’élevages sont confrontées à de nombreuses controverses. Largement dédiées aux aspects environnementaux dans les années 2000, ces polémiques traitent désormais souvent de la question du bien-être animal. Elles trouvent leur origine dans les mutations agricoles mais aussi sociétales. Les approches sociologiques et historiques peuvent éclairer leur compréhension et l’identification des réponses possibles.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © Terra


La controverse est un conflit tripartite

Une controverse est un type de conflit particulier qui engage trois catégories d’acteurs : les deux parties qui s’affrontent autour d’un différend, et un juge souvent formé par le public. Le conflit est mis en scène devant ce public que les protagonistes veulent rallier à leur cause. Les arguments et images utilisés sont choisis parce qu’ils peuvent être partagés avec ce public et le sensibiliser.

Dans certains cas, le public visé est ciblé parce qu’il est susceptible de participer ou d’influencer le processus de décisions. Par exemple, dans le cas de vidéos de L214 montrant des scènes d’abattage dans des conditions qui enfreignent la loi, le public visé correspond notamment aux personnes incluses dans le dispositif de prise de décision permettant de fermer les abattoirs.


La controverse modifie les normes

La controverse est un processus créatif. La prise de position du public peut induire une modification des normes : les normes juridiques mais aussi les croyances et les principes éthiques. De nouveaux dispositifs peuvent être créés : de nouveaux organismes de certification et de nouveaux labels.

Toute controverse remet en cause la question du modèle de société acceptable puisqu’elle remet en cause un compromis existant pour parvenir à un nouveau. La controverse autour de l’élevage remet en cause au moins quatre désaccords au sein de notre société :
- la façon d’élever et de mettre à mort les animaux pour la consommation humaine,
- l’impact acceptable des activités humaines sur les milieux,
- l’impact sur la santé humaine,
- les modèles de développement.


Normes réglementaires et professionnelles

Un des éléments fréquemment mis en avant par les éleveurs et leurs partenaires pour répondre aux contestations est le respect de l’ensemble de normes réglementaires. Mais cela se révèle souvent insuffisant pour répondre aux interpellations, et pour convaincre les militants de la cause animale que les conditions d’élevage sont satisfaisantes. Pour les contestataires, les normes réglementaires ne permettent donc pas de répondre aux attentes sociétales. Elles permettent "uniquement" à l’éleveur de ne pas avoir de compte à rendre à la justice. Il peut aussi y avoir une méfiance vis-à-vis du respect des normes. Il est donc essentiel d’instaurer la confiance pour que les raisons de se méfier puissent disparaître.

Les normes professionnelles, initiées par les filières, peuvent avoir différents objectifs : s’adapter aux crises, anticiper les épreuves ou répondre aux nouvelles normes et attentes sociales. Pour répondre à la controverse sur le bien-être animal, des règles ont été ainsi édictées à l’échelle internationale, européenne et parfois même nationale. Dans certains pays, se sont ajoutés des labels initiés et pris en charge par les associations militantes, les distributeurs et/ou les filières. La participation de ces dernières permet de montrer qu’elles sont capables d’apporter des réponses. Le problème reste de pouvoir définir le coût économique de la plus-value éthique du produit… et ainsi de laisser le consommateur arbitre de ses choix et donc de la controverse.

Ces résultats sont issus de différents travaux menés dans le cadre du projet Casdar Accept piloté par l’Ifip et associant différents partenaires, notamment les chambres d’agriculture de Bretagne. Parmi les nombreux résultats issus de ce programme, ceux présentés dans cet article s’appuient en particulier sur le travail de Elsa Delanque, doctorante, et de son encadrante Véronique Vantilbeurgh (Université Rennes II).

 

 

2%

Selon un sondage Ifop réalisé auprès de 2 000 français, environ 2 % de la population partage le point de vue des abolitionnistes revendiquant l’arrêt des élevages. Un quart se positionne comme des alternatifs opposés au système intensif. La moitié est proche des progressistes privilégiant une diversité de systèmes intégrant tous une meilleure prise en compte du bien-être animal. 10 % souhaitent que l’élevage gagne en compétitivité via l’intensification. 3 % n’ont pas d’avis.

Depuis 1860 !

Les remises en cause ne datent pas d’hier puisque la première loi française de protection des animaux date de 1860. Dès le milieu du XIXe siècle, on observe une évolution du statut de l’animal avec notamment l’émergence de l’animal de compagnie.

À partir de la moitié du XXe siècle, la révolution agricole génère une profonde remise en cause de certaines fonctions de l’élevage : fournir une force de traction, des engrais organiques… Parallèlement, la baisse de la population agricole au lendemain de la seconde guerre mondiale crée une rupture sociologique majeure. Concrètement, la plupart des jeunes aujourd’hui n’ont ainsi jamais vu traire une vache, encore moins tuer le cochon, et s’ils envisagent des relations avec les animaux, c’est par le biais des animaux de compagnie.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui