Terra 27 mars 2014 à 08h00 | Par Actuagri

Vent d’optimisme sur la production laitière

L’horizon se dégage pour les producteurs de lait, un constat largement partagé dans les échanges qui ont ponctué l'assemblée générale de la FNPL le 20 mars dernier. Tout le monde s’accorde pour considérer que les perspectives, pour les années qui viennent, sont favorables. Nos voisins du Nord de l’Europe en sont convaincus. En France, la filière reste encore frileuse.

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Marie-Thérese Bonneau, secrétaire générale et Thierry Roquefeuil, président de la FNPL.
Marie-Thérese Bonneau, secrétaire générale et Thierry Roquefeuil, président de la FNPL. - © Terra

A la veille de la suppression des quotas, un vent d’optimisme souffle sur l’avenir des marchés laitiers en Europe. Lors d’une table ronde organisée par la Fédération nationale des producteurs de lait, à l’occasion de son assemblée générale à Besançon, le 20 mars, sur les perspectives laitières en Europe, professionnels et experts se sont accordés pour dessiner un avenir positif à la production laitière dans les années qui viennent. C’est le cas de Matthias Brune, responsable marketing d’Arla Foods, numéro un des coopératives laitières en Europe, avec ses 10 milliards de chiffre d’affaires. Implantée en Europe du nord (Scandinavie, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni), elle base sa stratégie sur le développement des marchés dans les pays tiers, en Asie et en Russie, notamment. "Cela permettra d’échapper à la guerre des prix en Europe", précise Matthias Brune. A son poste d’observation, Philippe Chapuis, le directeur de l’agro-alimentaire au Crédit agricole constate que beaucoup d’entreprises procèdent à de lourds investissements à l’étranger, y développent des partenariats, quand elles ne procèdent pas à des acquisitions importantes.  "Le contexte international est porteur, souligne-t-il, en raison de l’accroissement de la classe moyenne dans les pays émergents". Selon lui, elle passera de 2 milliards d’individus en 2010 à 5 milliards en 2030, dont 3,2 en Chine. Les Pays-Bas, déjà fortement exportateurs de produits laitiers estiment que leur relais de croissance se trouve toujours hors de leurs frontières. C’est en tout cas l’avis de Nico Van Opstal, le conseiller agricole, à l’ambassade des Pays-Bas à Paris.

 

"Un taux d'endettement de rêve"

La France sera-t-elle en mesure de prendre sa part du gâteau ? Katrine Lecornu, présidente d’European Dairy Farmers Europe, une association qui regroupe des éleveurs laitiers européens considère que notre pays pourrait être "le modèle de développement" de la production laitière à l’avenir, grâce aux atouts dont elle dispose. Notre pays est envié par les Irlandais qui veulent augmenter leur production de 50 % mais "qui ne peuvent pas faire d’ensilage de maïs". Les agriculteurs danois superendettés, observent que les Français "ont un taux d’endettement de rêve". Les Allemands déplorent que la production de maïs, dans leur pays, soit détournée vers la production de biogaz, ce qui renchérit le foncier. Les Anglais aimeraient "être soutenus comme les Français par les pouvoirs publics". Quant aux Néerlandais, ils jalousent nos espaces, alors que chez eux les terres sont saturées et les contraintes environnementales pèsent très lourd. La difficulté est que les producteurs français ne partagent pas (encore ?) cet optimisme nordique. Ils dénoncent les contraintes environnementales qui les empêchent d’investir. Comme la tendance bien française de l’administration à "surtransposer"  les directives européennes. Sans parler de la frilosité des entreprises de transformation qui n’offrent pas de perspectives aux éleveurs qui voudraient investir et développer leur production.

 

La reconnaissance de tous les actifs

A plusieurs reprises, une vingtaine d’agriculteurs et d’agricultrices de la FDSEA du Doubs, vêtus d’un T-shirt ont tenu à sensibiliser les dirigeants et les délégués présents, y compris Xavier Beulin, de la nécessité de reconnaître tous les actifs dans les Gaec. Avec la mise en place de la nouvelle Pac et notamment de la surdotation des 52 premiers hectares, un certain nombre de Gaec ne bénéficieront pas de la transparence, au regard des aides publiques. Une situation jugée profondément injuste par les délégués. Thierry Roquefeuil le président de la FNPL a repris à son compte cette demande. "C’est un sujet fondamental pour nous car cette Pac doit être juste. La parité en fait partie. La reconnaissance des actifs en Gaec et dans l’ensemble des sociétés est une nécessité absolue", a-t-il insisté. Il a reçu le soutien de Xavier Beulin qui estime que la prise en compte de tous les actifs dans les Gaec pose la question bien plus vaste de la professionnalisation de l’agriculteur.  "Nous ne lâcherons pas sur ce dossier", a poursuivi le président de la FNSEA en estimant que La loi d’Avenir, actuellement en discussion au Parlement, devrait être l’occasion de préciser les choses. Pour le reste, le président de la FNPL s’est félicité de l’accord donné à une prime à la vache laitière, même si elle est modeste, dans la nouvelle Pac. Il souhaite que l’élevage laitier ne soit pas oublié de l’enveloppe de modernisation des élevages de 200 millions d’euros dans le cadre du deuxième pilier de la Pac. Et il demande également à ce que l’enveloppe du plan protéines de 150 millions soit "fléchée" vers l’élevage. Surtout il annonce la tenue d’un grand évènement à l’automne, consacré au Pacte de responsabilité pour le secteur laitier que la FNPL entend proposer aux pouvoirs publics et à la filière.

Les aides couplées exceptionnelles promises aux éleveurs ont été versées

Les nouvelles aides couplées en faveur de l’élevage que Stéphane Le Foll avait annoncées au printemps 2013, lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) ont été versées le 20 mars, selon le ministère de l’Agriculture. 40 millions d’euros (20 pour la filière laitière, 12 pour les éleveurs de vaches allaitantes, 8 pour les éleveurs engraisseurs de jeunes bovins) ciblent "plus particulièrement les nouveaux installés et les récents investisseurs, plus vulnérables sur le plan économique, en raison des charges financières qu'ils ont eu à supporter en 2013", explique le ministère. Selon ce dernier, "19 300 éleveurs bénéficient d’une prime pour la production laitière de 6,50 euros pour 1000 litres, 14 600 éleveurs bénéficient d’une aide de 17,50 euros par vache qui vient en complément de la PMTVA (prime au maintien du troupeau de "vache allaitante") et 3 300 éleveurs bénéficient d’une une aide à l’engraissement de jeunes bovins à hauteur de 60 euros par animal dans la limite de 24 jeunes bovins".

 



La hausse du prix du lait va être freinée en 2014, selon Rabobank

La Rabobank prévoit une détente sur le prix du lait à partir du milieu du deuxième trimestre 2014, explique l’institution financière néerlandaise dans une note du 21 mars. Depuis plusieurs mois, les prix des produits laitiers flambent sur le marché mondial, tirés par la demande asiatique. Mais l'offre exportable mondiale a fortement augmenté au dernier trimestre 2013 et devrait poursuivre ce mouvement début 2014: les producteurs sont incités à produire par l'amélioration de leur marge avec un prix du lait élevé et des coûts d'alimentation animale en baisse. Une bonne production dans l’hémisphère nord associée à une saison exceptionnelle dans l’hémisphère sud devrait générer une offre supérieure aux besoins de la Chine, explique la banque. "La question la plus cruciale est de savoir si la Chine va poursuivre l'achat frénétique que nous avons vu sur le marché international au cours des 12 derniers mois", explique Tim Hunt, analyste à Rabobank. Mais la réduction des prix sera limitée par des contraintes structurelles sur les fournisseurs, la nécessité de reconstituer les stocks épuisés des acheteurs et par la croissance de la demande, tirée par une lente reprise économique.

 

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