Terra 24 mars 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Vers un lait de pâturage breton ?

Six lieux de débats pour prolonger et informer des évolutions à l’½uvre en lait, c’est tout l’objet des réunions organisées à l’initiative de la chambre d’agriculture et qui viennent de s’achever, lundi dernier à Questembert et au Faouët. Avec des participations variables, elles auront au final rassemblé près de 200 éleveurs laitiers pour le moins inquiets.

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Valorisons ce qu’on fait déjà sans un cahier des charges insupportable
Valorisons ce qu’on fait déjà sans un cahier des charges insupportable - © Claire Le Clève

"On a de l’information à vous donner, on ne va pas vous garantir le prix du litre de lait les années à venir mais ce qui va se passer dans les prochains mois", prévient en introduction Pascal Buquin, président du comité territorial. Et c’est dans chaque antenne de la chambre d’agriculture que, depuis le 13 mars, ces rencontres se déroulent avec à chaque fois la même volonté "d’informer, ça bouge très vite, d’écouter aussi et relayer l’information qui a été présentée lors de la dernière session de la chambre et les pistes de travail pour se mettre en marche", cadre Frank Guehennec, élu chambre et président de la FDSEA du Morbihan qui aura co-animé la réunion du Faouët, dernière de la série avec celle de Questembert, lundi dernier.

Crise, économique et sur le plan humain

État des marchés, mesures de réduction laitière, collectes et perspectives…."Va t-on parler de plan social ? Je n’ai pas entendu ce mot. Combien d’agriculteurs vont arrêter", déplore Jean, éleveur laitier depuis la salle. Il a laissé s’écouler la présentation sur la mesure européenne de réduction laitière. Il poursuivra plus tard, face à la fragilité de certaines situations et les risques de suicide, en s’interrogeant sur l’activation du réseau d’alerte que doivent représenter "tous ceux qui passent dans les exploitations, inséminateur, comptable, laitier, marchand d’aliments...". Car si la crise économique sévit, beaucoup d’agriculteurs sont "au bout du bout". Des dispositifs existent :"pour rompre cet isolement nous avons un relais avec la MSA. C’est un biais. Vous avez tous reçu un dépliant avec tous les numéros à activer en cas de besoin, servez-vous en", enchaînera Frank Guéhennec, sans éluder. Quant aux cessations ? "Je vois des agriculteurs arrêter le lait en zone littorale, confirme-t-il, mais ailleurs, à 50 km une dynamique laitière est en plein développement". "Le paysan disparaît mais le lait est toujours fait, chez le paysan d’à côté", regrette-t-on pointant l’agrandissement des structures à la clé. "On est aujourd’hui en Bretagne à un peu plus de 400 000 litres par point de collecte. Si on veut passer à 600 000 UTH, on va exploser en plein vol", prévient Frank Guéhennec pour qui il est grand temps de "prendre notre destin en main et de se réapproprier notre première mise en marché", martèle-t-il revenant sur la nécessité de s’organiser à l’issue des nouveautés introduites par la loi Sapin 2.

"Se fédérer pour peser"

"Nous avons la possibilité de reprendre la facturation en nous regroupant", lance-t-il mettant chacun face à ses responsabilités. "Quand on a voulu faire une OP Lactalis, 25 % des producteurs ont adhéré, les 75 % autres attendaient et regardaient ce qui allait se passer. Avec 17 OP Lactalis on marche sur la tête et ce sont les producteurs qui en portent la responsabilité", rappelle t-il en insistant, "on peut toujours se fédérer". Côté salle on s’interroge sur la formation du prix. "Pourquoi les producteurs n’y sont pas associés", regrette Patricia Perret et chacun d’invoquer une meilleure répartition de la marge tout au long de la filière. V½ux pieux ? Viendra ensuite la présentation des tendances qui se font jour, notamment sur le lait estampillé de pâturage "à 120 jours à raison de 6 h/j au champ que 80 % des exploitations des Pays Bas revendiquent avec 10 euros/t de plus-value". Et face aux tendances à l’½uvre, "pourquoi pas un lait de pâturage breton !  On est capable de tenir en Bretagne les 180 jours sans problème, pourquoi ne pas se lancer – propose-t-on - pour se réapproprier notre image et notre plus-value". "Banco, il faut y aller, valorisons ce qu’on fait déjà sans un cahier des charges insupportable", estime Frank Guéhennec, car les choses bougent. "Sodiaal annonce un lait sans OGM d’ici 2020. Un appel d’offre a été lancé en octobre", précise un éleveur depuis la salle. "A la base il y a la demande des consommateurs, il faut qu’on y soit, qu’on anticipe", assure une éleveuse. Parmi les autres pistes proposées pour la filière laitière bretonne, réorienter la PAC, créer un fonds professionnel , rééquilibrer le rapport de force, approfondir la segmentation sont évoquées "avec une vraie plus-value pour les producteurs", condition sine qua none pour tous.

 

Claire Le Clève

 

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