Terra 25 octobre 2018 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Volaille plein air : viser "le club Med"

L'aménagement des parcours des volailles plein air est plus exigeant qu'il n'y paraît mais il en découle des avantages qui concilient performances techniques, acceptation sociétale et même diversification (bois de chauffage, piquets, fruits...). Le point avec Philippe Guillet, agroforestier spécialiste des aménagements de parcours des volailles.

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"Il faut mettre l'animal en confiance dès la sortie des trappes avec de petits aménagements", conseille Philippe Guillet.
"Il faut mettre l'animal en confiance dès la sortie des trappes avec de petits aménagements", conseille Philippe Guillet. - © Pascal Le Douarin

"Parfois certains disent que cela ne sert à rien de planter des végétaux dans les parcours car les volailles ne sortent pas !", rapporte Philippe Guillet, conseiller en agroforesterie à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire. Lors d'une journée technique sur la volaille bio à Loudéac organisée par la chambre d'agriculture de Bretagne, le technicien a montré le pourquoi et le comment d'un parcours efficace. Un parcours aménagé où circulent les volailles favorise l'expression de leur comportement (gratter, picorer, fouiller...), développe l'appareil musculo-squelettique, réduit les comportements de stress tout en favorisant une meilleure thermorégulation (froid/chaud)... Une étude de l'Inra en station (2013) montre la hausse des performances du parcours arboré avec prairie (+85 g de poids vif à 85 jours, IC - 0,05 et moins de gras abdominal). De même, sur le chemin, il se nourrira de végétaux (jusqu'à 10 % de la ration ingérée/jour), d'insectes, de vers et de limaces.

 

Créer les bonnes conditions

Un parcours se construit, se réfléchit et s'anticipe. Mieux vaut être former ou se faire aider, car animal forestier à l'origine, la poule ou le poulet possède des exigences à bien connaître. Trop de vent, trop de soleil ne lui conviennent pas. "Il lui faut le club Med", résume Philippe Guillet. Donc il faudra veiller à protéger le parcours du vent, de la boue et des températures extrêmes et dans le même temps, rassurer l'animal, "le mettre en confiance dès la sortie des trappes avec de petits aménagements". Planter tous les 10 à 20 m entre deux zones d'ombre aide les volailles à circuler et explorer la zone : elles suivent les haies en toute sécurité pour rejoindre le fond du parcours. "L'animal n'a pas de GPS, il lui faut donc des poteaux indicateurs tous les 20 m maximum". Haies, aménagements de guidage, buissons..., le parcours global se décompose au final en quatre zones différentes : sortie des trappes, zone intermédiaire, zone fond de parcours et zone latérale.

Enfin l'aménagement doit forcément être fonctionnel pour l'agriculteur et coller à ses attentes tout en répondant au cas par cas (vent dominant, type de sol, exposition...). "A chacun son système agroforestier, il n'y pas de modèle !", assure Philippe Guillet.

 

Des atouts indirects

Selon le technicien, un parcours peut aussi devenir un lieu de production de bois de chauffage, de bois d'oeuvre, de piquets ou de fruits (noix, pommes...). Un parcours aménagé, c'est aussi un atout séduction auprès du consommateur, une image valorisante, un argument de vente. Philippe Guillet y voit même un lien social et engage les éleveurs à se rapprocher de leurs voisins. "Aller communiquer du projet avec vos voisins, faites les participer à la plantation des haies, cela désamorce bien des conflits".

Enfin, côté investissement, il faut compter entre 2 et 5 000 €. Or pour pallier à la dépense, au delà des fonds publics (Breizh Bocage et Feader), le recours à des fonds privés se pratique - System U, la Poste ou le groupe Accor - pour planter arbres et arbustes.

 

 

"Parcours diversifié" avec des aménagements complémentaires permettant l’exploration du parcours par les volailles, sous réserve que la densité des arbres ne crée pas trop d’ombre qui la freinerait.
"Parcours diversifié" avec des aménagements complémentaires permettant l’exploration du parcours par les volailles, sous réserve que la densité des arbres ne crée pas trop d’ombre qui la freinerait. - © Terra

Pour une bonne exploration du parcours

- Une protection contre le vent obligatoire.
- Un ombrage avec une répartition efficace mais 30 à 50 % maximum d'ombrage.
- Repères et guides génèrent les déplacements.
- Une distance entre deux zones arborées d'au maximum 15 à 20 mètres.
- Une protection au dessus de la tête pour sécuriser.
- Une efficacité des aménagements dès la sortie des trappes.

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