Terra 03 juin 2016 à 08h00 | Par Paul Jégat

Volailles : redressement des marges... en 2015

L'enquête avicole annuelle dont les résultats viennent d'être dévoilés le mesure clairement, l'amélioration des marges est nette dans toutes les productions de volailles en 2015. Mais c'est déjà du passé.

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426 aviculteurs ont participé à l'enquête avicole 2015, dont une large part de Bretons (151 pour 329 poulaillers) et de Ligériens (189 pour 406 poulaillers). Leurs résultats ont été passés à la loupe des specialistes volaille des chambres d'agriculture. La constance de ce travail renouvelé chaque année depuis 1981 et la régularité de la méthode offre une photographie précise de l'aviculture en permettant aux éleveurs de se situer... Et ce travail de fourmi coordonné par Elodie Dézat révèle des phénomènes récurrents. Ainsi, les bons résultats 2015 sont d'abord la conséquence du ryhtme élevé de rotations entre lots : à peine 12 jours de vide dans l'année en poulet export, signe que les abattoirs ont eu besoin d'un approvisionnement soutenu pour répondre à la demande des marchés, dans un contexte monétaire plus favorable à l'euro face au dollar et au réal brésilien. L'autre bonne nouvelle de 2015 aura été la baisse de prix du gaz alors que les bâtiments rénovés sont devenus moins énergivores. Conséquence, la marge s'est améliorée, retrouvant ses niveaux d'avant 2013. Mais, derrière ces grandes tendances, les variations sont importantes d'une production de volaille à l'autre. (Lire dossier pages 27 à 31).

Le solde disponible en berne

Lundi dernier, lors de la présentation de l'enquête 2015, les responsables avicoles présents, Didier Goubil, président du pôle avicole des chambres d'agriculture de Bretagne, Christophe Labour, pour la FRSEA des Pays de la Loire et Jean-Yves Guérot, pour la chambre d'agriculture Pays de la Loire ont décrit un paysage avicole moins idyllique. Les chiffres sont bons mais ils doivent être relativisés. "Si la volaille va mieux que les autres productions d'élevage, ce n'est pas un effet des contrats, c'est seulement un effet des marchés", tempère Christophe Labour. Ainsi, en euro constant, le solde disponible qui était à 14,30 euros/m2/an en 1990 atteint 10,40 euros/m2/an en 2015, après avoir chuté à 6 euros en 2005/2006 (moyenne poulets et dindes standard)  .

Un marché énorme

Les représentants avicoles du grand Ouest mettent eux l'accent sur des constats alarmants. "On continue à perdre des éleveurs", insiste Didier Goubil en rappelant les 1,6 million de m2 de poulaillers perdus en Bretagne depuis 2000 pour atteindre aujourd'hui 4 millions de m2. Et le renouvellement de ce parc n'est pas acquis quand les éleveurs de 40 à 50 ans sont majoritaires. "On ne construit pas en proportion de ce qu'on devrait", regrette encore Didier Goubil, quand Christophe Labour pointe la frilosité des banques qui "refusent le financement du neuf". Autre conviction partagée par les responsables avicoles du grand Ouest, "la volaille représente un marché énorme" selon Didier Goubil, "Si on ne reprend pas du rythme dans la production, on va continuer à reculer".

Surchauffe polonaise

La Pologne est un pays qui compte de plus en plus dans le paysage avicole européen. Les conséquences de cet essor sont réelles : avec + 31 % d'augmentation d'importations de volailles en France en 2014, la Pologne devient le 3e fournisseur de poulet en France (dont le volume global d'importation de volailles couvre 40 % du marché français), mais aussi du Royaume Uni (+ 60 %) et d'Espagne (+ 16 %). Cette nouvelle position polonaise sur le marché avicole européen a incité un groupe d'aviculteurs bretons emmené par Didier Goubil à se rendre en Pologne les semaines passées. De toute évidence, les Bretons ont été impressionnés par le dynamisme avicole du pays. Il approche même la "surchauffe" en faisant apparaître de nouveaux opérateurs qui même dans le pays bouleversent les conditions de production. La grande différence entre polonais et bretons, c'est le coût du travail et son effet concurrentiel sur le maillon abattage, 9,8 euros de l'heure (salaire minimum) en France contre 3 euros en Pologne, voire 2 euros pour des ouvriers ukrainiens nombreux à travailler en Pologne. Cet écart est l'une des raisons de l'envol polonais. Coté production, les conditions d'élevage ne sont pas si différentes de la France, à ceci près que dans ce pays les aviculteurs ne sont pas intégrés et ne subissent pas l'effet contrat. Didier Goubil n'hésite d'ailleurs pas à considérer que "leur système est beaucoup plus sain".

Mais de la même manière que les Français s'inquiètent de la concurrence polonaise, les Polonais à leur tour s'inquiètent du développent avicole de leur voisin ukrainien... et des conséquences du traité transatlantique, dont ils sont convaincus qu' "il est prêt à être signé" explique Didier Goubil.

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