Terra 22 mai 2019 à 12h00 | Par Claire Le Clève

Vols à la ferme, s’en prémunir avec la consultation sûreté

Petit outillage, matériels, cuves à fuel ou réservoirs siphonnés, quand ce ne sont pas des animaux qui disparaissent. Tout ceci, Loïc Gueganno, éleveur de porcs et de vaches allaitantes, l’a subi, avant de recourir à la gendarmerie et sa consultation sûreté, service méconnu. Une visite gratuite, au cas par cas, avec préconisations à la clé pour dissuader, bloquer ces actions malveillantes.

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Afficher, ralentir, compliquer le passage à l’acte et éclairer peut dissuader de l’intrusion.
Afficher, ralentir, compliquer le passage à l’acte et éclairer peut dissuader de l’intrusion. - © Terra

"Trop, c’est trop, les vols sur l’exploitation se sont multipliés", déplore Loïc Gueganno. Entre son élevage de 1 800 places de porcs à l’engraissement et l’atelier allaitant de 40 mères blondes d’Aquitaine sous label, à peine un kilomètre de distance et au milieu, sa maison.

Perdu ou volé ?

"Au début, on ne s’en aperçoit pas. Ce sont les clés qui disparaissent, la perceuse, le petit outillage d’atelier, et il y a le réservoir qui baisse, la cuve à fuel qui s’évapore jusqu’au jour où toute la cuve, 1 800 litres, est siphonnée", raconte l’éleveur de 56 ans plus que jamais sur ses gardes. C’était il y a trois ans, avec près de 3 500 euros de préjudice, dont il n'est pas complètement remboursé. "Il faut produire les factures. Moi les outils, je les achetais souvent sur les ventes", pointe ce président de la caisse locale de Groupama qui, à l’époque, porte plainte, sans suite. Et puis, les vols ont recommencé en ce début d’année. "Les portes d’un bâtiment désaffecté ont été volées, des piquets de clôture et des porcs manquent à l’appel", sans compter les traces d’intrusion dans les bâtiments d’élevages, portes fracturées… "C’est ma hantise", avoue-t-il, marqué comme beaucoup d’éleveurs par les intrusions d’associations antispécistes, alors il a réagi.

"C'est du libre-service"

Pourtant confiant et ouvert, "je n’aurais jamais pensé qu’on puisse venir comme ça. On ne clôture pas tout sur nos exploitations mais dans l’esprit des gens, s’il n’y a pas de barrière, on peut rentrer comme ça. Mais c’est un élevage, avec des règles sanitaires", s’offusque-t-il devant le non-respect des interdictions de passage clairement indiquées, en dépit des panneaux de biosécurité apposés et visibles. "Nos fermes sont en libre-service, les gens rentrent et se servent. Il est arrivé la même chose à mon collègue aviculteur", indique-t-il en pointant l’exploitation voisine. Alors, début avril, Loïc Gueganno s’est à nouveau rendu à la gendarmerie, pour déposer plainte . "J’ai vu la responsable de la sûreté. Je lui ai expliqué que si je devais tout clôturer, j’en aurais pour 70 000 euros. Ce n’est pas possible. Mais que je voulais mettre des caméras. Elle m’a proposé de venir sur l’exploitation et de voir où les placer au mieux mais aussi de faire un bilan des points à améliorer", raconte l’éleveur, excédé d’être la cible de larcins qui finissent par peser psychologiquement. Mi-avril, durant près de deux heures, la cheffe Mathilde Le Maur, correspondant sûreté de la brigade de gendarmerie de Languidic et Loïc Gueganno ont inventorié les lieux, pointé les éléments de vigilance, localisé où et comment agir au cours de la consultation sûreté.

Préconisations adaptées

"C’est bien parce que c’est un œil extérieur. Nous sommes tous les jours dans nos exploitations. Il y a des choses qu’on ne voit même plus", relève l’éleveur, conscient de l’intérêt de cet apport. "Cette visite a été un vrai plus. Je laissais beaucoup d’outils traîner derrière moi, c’est vrai. Elle m’a montré un chargeur de batterie laissé par là ou bien même les vérins hydrauliques trois points en permanence sur le tracteur. C’est facile à voler et c’est 1 000 euros. A la fin, on a listé tout ça avec des conseils pertinents", apprécie-t-il d’une consultation qu’il recommande. "D’une part, c’est gratuit et on a affaire à des gens impliqués et compétents qui n’ont rien à nous vendre".

Depuis lors, les outils regagnent l’atelier après utilisation, ils sont désormais sous clé, comme tous les autres bâtiments de la ferme. Les portes des deux bâtiments en porcs vont être remplacées, "par deux portes renforcées pour un coût de 2 000 euros". Avec son fils, il a positionné quatre caméras selon les préconisations de la gendarme, pour un coût de 450 euros, "c’est relié directement à mon smartphone ou ma tablette... Il en passe du monde sur les exploitations", a pu constater, depuis lors, le président de la caisse locale de Groupama. Aujourd'hui, il ambitionne de mieux faire connaître ces dispositifs de sûreté par l’organisation de conférences dès l’automne.

 

Mathilde Le Maur, gendarme, adjudant cheffe de la brigade de Languidic, correspondante sûreté.
Mathilde Le Maur, gendarme, adjudant cheffe de la brigade de Languidic, correspondante sûreté. - © Terra

Consultation sûreté pour mieux dissuader

Depuis 2015, la cheffe Mathilde Le Maur, est la correspondante sûreté de la Brigade de Languidic avec dix communes sous son aile. En charge des consultations sûreté, elle estime que "beaucoup de vols pourraient être évités par des mesures simples, méconnues".

"Les agriculteurs passent sous silence de nombreux vols de petits matériels. 50 % des faits ne sont pas signalés", estime la jeune femme avant d’ajouter, "il faut que les agriculteurs nous laissent les aider, on défend mieux ce qu’on connaît". Elle plaide pour une meilleure signalisation des faits qui améliore "notre connaissance de terrain. Un petit vol anodin sur une exploitation peut être le fait d’une organisation en bande qui effectue un repérage pour passer à du vol de gros matériel, tracteur, charrue. Le connaître peut nous permettre d’effectuer des recoupements et mener de meilleures investigations judiciaires", argumente-t-elle. Restent des dispositifs de dissuasion "trop méconnus et sous utilisés" estime la sous-officier.

Agri-alerte et consultation sûreté, ces deux dispositifs sont totalement gratuits. Agri-alerte est un système d’alerte mis en place conjointement par la profession agricole (chambre d’agriculture, FDSEA, JA), la gendarmerie et la préfecture. "Si un vol est commis sur la zone où exerce l’agriculteur référencé, la gendarmerie transmet un courriel à la chambre d’agriculture et la FDSEA les avisant du matériel volé, du mode opératoire". La consultation sûreté est assurée par la gendarmerie qui dispose de référents dans chaque département. Ils sont 50 dans le Morbihan. "Sur simple demande, ils se déplacent pour cette consultation", résume Mathilde Le Maur qui réalise elle-même ces visites, sur son secteur de dix communes. "À l’issue d’une consultation sûreté, tous les points de vigilance sont rappelés avec des préconisations pratiques adaptées au site".

Le B.A.-BA des mesures de sûreté

Dès les abords de l’exploitation, des mesures de sûreté doivent s’appliquer. Créer des relations de bonne entente avec son voisinage, plus enclin alors à signaler l’inhabituel, relève du b-a-ba. "Se défendre n’est pas se cacher, il faut une vue dégagée sur l’espace. Le malfaisant a horreur d’être vu", appuie la gendarme Mathilde Le Maur qui insiste aussi sur l'importance de délimiter l’espace de l’exploitation, "avec un empierrement, un muret et des panneaux indiquant que c’est une propriété privée, avec un affichage clair pour réguler le passage". L’éclairage de l’extérieur par détecteurs de mouvement est utile. Quant aux accès, "souvent faits de bric et de broc... Les portes doivent être renforcées, les fenêtres aussi. Ralentir, compliquer le passage à l’acte et éclairer dissuade l’intrusion".

Sans oublier de rendre le butin escompté "le plus faible possible", en ne laissant pas traîner outils et matériels à l’extérieur. "C’est contraignant, mais il faut enlever le matériel amovible. Les tracteurs sont de plus en plus connectés et avec des outils embarqués coûteux. Tout ce qui est de valeur est à placer dans une pièce sécurisée, y compris la caisse, en cas de vente à la ferme", recommande-t-elle. Les caméras dotées de détection de présence reliées à une alarme sonore seront dissuasives, idem pour les détecteurs d’ouverture de portes avec alarme sonore. Des éléments faciles à rajouter aux paramètres de l’exploitation suivis depuis le smartphone ou la tablette. Et signaler tous ces équipements par des pancartes.

"Voir qu’il y a beaucoup de lumière, que l’espace est dégagé, que tout est sous clé dans des bâtiments fermés par des portes solides, relié par de la vidéo et des pancartes, c’est faire comprendre d’entrée de jeu que ce n’est pas l’endroit où aller pour un voleur". C’est le message qui passera en cas de repérage, "car il y en a souvent et les menus larcins en sont le signe". À bon entendeur.

 

Loïc Gueganno, éleveur de porcs et de vaches allaitantes, a été victime à plusieurs reprises de vols sur son exploitation avant d’avoir recours à la consultation sûreté et d’agir en conséquence.
Loïc Gueganno, éleveur de porcs et de vaches allaitantes, a été victime à plusieurs reprises de vols sur son exploitation avant d’avoir recours à la consultation sûreté et d’agir en conséquence. - © Terra

Quelques conseils  bons à rappeler

- Fermer les portes à clé, même le jour

- Ne pas laisser des clés sur une porte

- Ne pas cacher les clés dans un endroit évident, ni les laisser sur le tracteur

- Ne pas faire le plein de tous les véhicules, plein jamais complet

- Protéger le bâtiment où il y a tracteurs et soute à fuel

- S’équiper d’ailettes de réservoir anti siphonnage et de capteur connecté de jauge

- Noter les plaques d’immatriculation de véhicules des visiteurs à comportement suspect

- Contacter systématiquement votre gendarmerie pour vol et faits suspects.


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