Terra 08 juillet 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

La création de valeur ajoutée : des pistes à creuser

Comment créer de la valeur ajoutée et la capter quand on est le tout premier maillon d'une chaîne, à l'opposé du consommateur ? C'est la question que la Confédération paysanne de Bretagne a posé à trois intervenants mardi 28 juin à Rostrenen, à l'occasion de son assemblée générale.

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Un sujet ardu et trois intervenants pour traiter de la création de valeur ajoutée avec Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB, Stéphane Gouin, enseignant-chercheur et Olivier Allain, vice-président du conseil régional.
Un sujet ardu et trois intervenants pour traiter de la création de valeur ajoutée avec Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB, Stéphane Gouin, enseignant-chercheur et Olivier Allain, vice-président du conseil régional. - © Terra

Une marque collective

Pour Stéphane Gouin, enseignant-chercheur à Agrocampus Ouest, le savoir-faire des éleveurs doit aller à la rencontre du faire-savoir des consommateurs. Adepte des marques, il explique, via des principes marketing, que tout produit avec de la valeur ajoutée doit faire vibrer la corde sensible du consommateur en créant une histoire autour du produit. "Si vous êtes une marque, vous créez un concept différenciant", explique-t-il. "Une marque forte crée un avantage avec de la légitimité, de la notoriété et de la territorialité". Bien sûr cela ne suffit pas. La qualité du produit, le prix et le service aux clients (snaking, monofoyer, familiale...) sont également importants. Au delà des questions marketing, Stéphane Gouin reconnaît qu'il faut aussi des capitaines de navire dans les entreprises. "Deux entreprises sur trois ne savent pas même où aller. Quand on donne un cap, on y met ensuite les moyens". Enfin parmi les pistes à privilégier, l'enseignant préfère la différenciation (produire mieux et plus élaboré) à la standardisation car "en Bretagne", dit-il, "on a du mal à combattre la compétitivité étrangère".

Un contrat sociétal ouvert à tous les éleveurs

Selon Jacques Crolais, directeur de l'UGPVB et du comité régional porcin (CRP), la création de valeur ajoutée en filière porcine passe par une écoute du consommateur et une réponse adéquate. Acheter français n'est pas suffisant en matière de valeur ajoutée : il faut du contenu.

Reprenant l'exemple de la démarche Aktion Tierwohl en Allemagne qui consiste à agir collectivement pour créer un lien entre consommateur et producteur avec un fonds alimenté par les distributeurs et reversé aux éleveurs (pour l’amélioration du bien-être animal dans le cas allemand). "Voilà ce qui nous anime en Bretagne : essayer de valoriser le porc français au niveau national en s'inspirant de la démarche allemande", conclut Jacques Crolais. Le "contrat d'avenir sociétal", travaillé par le comité régional porcin, regroupe trois axes : économique, environnemental et social. Ce travail a démarré en 2011 via le projet baptisé ID², qui consiste à engager les éleveurs de porcs bretons dans une démarche de responsabilité sociétale. Qu'en est-il de l'avancée du projet ? Peu d'informations. "Nous engageons les discussions avec la grande distribution", se limite à annoncer le directeur de l'UGPVB.

L'idée d'une plus-value avec les MAEC

"La base du revenu, c'est le prix. Si l'on compte sur le hasard quand on supprime les outils de marché, c'est scandaleux !", s'insurge Olivier Allain, vice-président du conseil régional en charge de l'agriculture, citant l'exemple du porc, "régulé par hasard avec la demande chinoise".

Opposé aux systèmes libéraux, l'homme espère un retour du bon sens des politiques publiques au niveau européen, peut-être avec le départ des Anglais, "des libéraux à tous crins". "Cela vaut le coup de se battre". Le vice-président du conseil régional a défendu le "plan lait breton" régional et les MAEC systèmes. Il a annoncé, à l'occasion de l'assemblée générale de la Confédération paysanne, l'application de la transparence aux Gaec dans le cadre des dossiers 2015, 2016 et 2017 sur tout le territoire breton à destination des MAEC systèmes en évolution et en maintien. Aujourd'hui le souhait serait que les industriels délivrent une plus-value en lien avec les MAEC. "Nous avons obtenu une fin de non recevoir", conclut le vice-président, qui défend une telle idée.

La Conf' a dit

Ceux qui sont perdants face au défaut de valeur ajoutée, ce sont les agriculteurs et les salariés avec un impact sur les salaires et les conditions de travail. On le sent bien en Bretagne, nous sommes des producteurs de minerai en lait.

Nous allons travailler sur l'écoute du consommateur, décoder ses attentes. Gagner de la valeur, c'est ensuite la répartir entre les agriculteurs et les salariés. Les pouvoirs publics ont un rôle au travers des fonds publics d'orienter vers une agriculture durable et transmissible.

 

 

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