Terra 15 juin 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

La Safer régule aussi le prix du foncier agricole

En 2016, la Safer Bretagne aura connu une activité élevée mais plus encore, avec 5 012 ha revendus, c’est un niveau de rétrocessions jamais atteint depuis sa création en 1962. Le constat a été dressé, vendredi dernier, lors de son assemblée générale à Silfiac. Et si les prix du foncier agricole breton restent stables, c’est que la Safer agit comme un outil de régulation, rare dans le paysage européen.

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En 2016, sur les 30 000 ha agricoles vendus en Bretagne, 17 000 ha étaient libres à la vente. La Safer Bretagne en a acheté 4 878 ha et revendu 5 012 ha. (© Terra) Évolution du prix des terres et prés non-bâtis depuis 20 ans en Bretagne © Safer Bretagne Prix des terres et prés libres non bâtis © Safer Bretagne

"C’est la première fois depuis 1962 qu’on rétrocède plus de 5 000 hectares la même année", constatent les dirigeants de la Safer Bretagne, Jean-Paul Touzard, président de la structure et Thierry Couteller, son directeur. Ce chiffre de 5 000 ha est symbolique, preuve que l’activité foncière ne faiblit pas. "On savait que, par la pyramide des âges, 50 % des éleveurs devraient quitter le métier dans les dix prochaines années. On y est", note le directeur de la Safer, pointant également le fruit d’une conjoncture difficile qui accentue les arrêts d’activité et la vente du foncier. "Le marché se ré-ouvre".

Priorité à l'installation

Priorité dans sa mission agricole est donnée à l’installation. La Safer y a consacré 57 % de ses cessions. "Nous sommes au delà des objectifs fixés", relèvent les responsables (voir encadré Repères), sur l’action en faveur du renouvellement des générations. "C’est la priorité des priorités pour préserver l’agriculture, les 70 000 emplois de l’agro-alimentaire et tous les emplois qui en découlent", situent-ils, saluant le travail en partenariat avec les chambres d’agriculture, conseils départementaux et Région..."Toutes nos opérations permettent de préserver le potentiel agricole et environnemental, sans oublier notre mission de développement des territoires", résument-ils en rappelant les quinze années de travail d’animation foncière autour de la Ligne Grande Vitesse, LGV, les réserves foncières constituées pour préserver des entités agricoles. Ce travail s'est achevé en 2016. "Sur nos 2 561 ha de stocks fonciers, 2 400 le sont autour de grands ouvrages routiers, pour l’axe central breton, la RN 164 mais aussi la Rennes-Angers, la Rennes-Redon, pour que les agriculteurs retrouvent des terres en compensation". Un vrai travail d’anticipation.

Transparence des marchés

De ses missions de service public, celle de la transparence des marchés n’est pas la moindre. "Nous avons reçu 21 000 notifications de notaires que nous diffusons auprès de tous les syndicats agricoles". Un rôle d’information et de large diffusion assumé sur les terres à vendre avec publication dans les médias spécialisés et sur site Internet... Autre sujet abordé, celui de l’artificialisation des terres. "Elle repart à la hausse, cela a concerné 1 612 ha l’an passé. On souhaite tirer la sonnette d’alarme pour que les terres soient mieux protégées", insistent les responsables de la Safer, incitant à reconstruire "la ville sur la ville". Et de pointer dans la première région agricole de France, un prix du foncier "homogène et stable". Autant d’éléments pour souligner le "rôle des Safer dans la politique foncière", sujet de la table ronde notamment avec Emmanuel Hyest, président national des Safer. Et de découvrir "l’outil de régulation que constituent les Safer en France à contrario des pays qui n’en disposent pas".

 

 

Le foncier agricole en Europe : concentration sans homogénéisation

Laurent Piet, ingénieur de recherche à l'Inra de Rennes, a présenté une étude sur l'évolution des exploitations en Europe. La tendance de fond pousse vers une concentration des exploitations dans l'ensemble des Etats membres. En France, entre 1955 et 2010, le nombre d'exploitations a été divisé par cinq alors que la taille moyenne a été multipliée par quatre. Un exemple qui illustre un mouvement global, plus fort encore pour les nouveaux Etats membres (Estonie, Lutuanie, Slovaquie...). Laurent Piet précise que "la concentration des exploitations européennes n'indique pas une homogénéisation puisque, à contrario, les différences entre les "très petites" (- de 20 ha) et les "très grandes" (+ de 100 ha) s'accentuent". Et de noter que si l'historique des pays en matière agricole et le développement des nouveaux pays membres jouent pour beaucoup dans cette transformation, les politiques menées dans les différents Etats de l'UE influent également sur les choix des exploitants. La politique des structures en France et l'activité de la Safer, ou d'autres formes d'organisation du foncier en Europe, réduisent l'inégalité des structures agricoles. L'ingénieur indique également que les calculs sont de plus en plus compliqués à réaliser au vu du développement des sociétés agricoles.  / Hélène Bonneau


Repères

En 2016, sur les 30 000 ha agricoles vendus en Bretagne, 17 000 ha étaient libres à la vente. La Safer Bretagne en a acheté 4 878 ha et revendu 5 012 ha dont 57 % ont été consacrés à l’installation de 114 jeunes dont 79 avec DJA et 39 hors cadre familial.

17 % des surfaces ont été revendues en faveur du bio permettant d’accompagner 85 projets bio et 89 projets en circuits courts.

1 472 ha ont permis l’agrandissement et l’amélioration parcellaire.

73 % des surfaces revendues répondent à des missions de protection de la ressource en eau.

Au travers de 111 conventions signées avec des collectivités territoriales, ce sont aussi des missions de développement du territoire que la Safer assume.

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