Terra 11 décembre 2013 à 08h00 | Par Paul Jégat

Le pacte d'avenir, un permis d'anticiper

Le pacte d'avenir a été présenté et adopté mardi en conseil économique, social et environnemental de Bretagne, avant-dernière étape de débat avant la session du conseil régional hier et aujourd'hui, vendredi, à l'issue de laquelle le premier Ministre Jean Marc Ayrault devait apposer sa signature à coté de celle du préfet de région Patrick Strzoda et du président du conseil régional de Bretagne Pierrick Massiot. Sollicité par Terra au lendemain de la diffusion du pacte d'avenir, ce dernier revient sur la démarche engagée le 16 octobre dernier.

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Pierrick Massiot, Président du conseil régional de Bretagne.
Pierrick Massiot, Président du conseil régional de Bretagne. - © terra

Le pacte d'avenir sera signé aujourd'hui à Rennes par le premier ministre Jean Marc Ayrault. Ce pacte est-il l'aboutissement d'une crise ou un début d'une nouvelle politique pour la Bretagne ?

Pierrick Massiot. Pour tout ce qui est mesures d'urgence, c'est un abou-tissement, et c’est la mise en œuvre concrète d’un engagement, il faut les mettre en œuvre immédiatement pour apporter un soulagement aux gens qui en ont besoin, et apporter les moyens de rebondir aux entreprises et aux territoires fragilisés.

Pour toutes les autres mesures, c'est le début. Il faut maintenant que nous coordonnions nos efforts avec tous ceux qui nous ont aidés à construire ce pacte, pour bâtir progressivement tous les éléments dans les sept enjeux.

Le premier enjeu c'est l'urgence, les six autres réunissent ce qui peut être le futur de la Bretagne, que ce soit sur le plan économique, social ou sur celui de la culture, domaine sur lequel nous allons obtenir une délégation de compétence à titre expérimental.

Ce pacte de confiance va faire de la Bretagne une région expérimentale. Le Président de la République, que j'ai rencontré (NDLR, jeudi 5 décembre à Paris à l'occasion d'une entrevue de la Région avec les parlementaires bretons) a bien confirmé que la Bretagne le serait sur tout ce qui concerne la simplification administrative. Tout cela entraîne maintenant un dialogue avec l'ensemble des acteurs, par exemple sur le dossier de la simplification, il faut que nous entrions tous dans le détail des procédures qu'il est souhaitable de simplifier.

 

Entre les uns qui ont parlé "d'enfumage" et les autres pour qui ce document rappelle des politiques déjà énoncées dans d'autres programmes, le contrat de plan Etat-Région notamment, le pacte d'avenir suscite des commentaires très polémiques. Comment recevez-vous ces réactions ?

P.M. De quel contrat de plan parlent-ils ? Aujourd'hui, on ne connaît pas les enveloppes du futur contrat de plan, personne ne les connaît ! Je trouve extraordinaires les gens qui, sans avoir pris connaissance du document, disent, ou bien que c'est une coquille vide, ou bien qu'il s'agit d'enfumage alors qu'ils ne l'ont pas lu. C’est un procès d'intention.

Nous n'avons pas écrit ce pacte tout seuls. Il a été construit à partir de trente réunions que nous avons tenues, le préfet de Région et moi-même, avec l'ensemble des acteurs bretons et en tenant compte de la centaine de contributions écrites que nous avons reçues. Ces contributions correspondent à un moment où des gens où des associations ont pris la peine de réfléchir et de nous écrire pour dire "voilà ce qui serait bien". Une grande partie de ces expressions a été intégrée au document, d'autres contributions ne l'ont pas été parce qu’à notre avis, elles relevaient davantage de la contribution à venir sur les contractualisations, dont le futur contrat de plan, les fonds européens, les futurs contrats de pays, soit autant de programmes qui ne sont pas bouclés. Et pour cause, leur négociation n'a pas commencé.

Il y a tout de même, dans ce pacte, un certain nombre d'éléments qui, il y a un mois, n'étaient pas connus. Je le répète, le contrat de plan n'est pas défini, les fonds européens, on n'en connaît qu'une partie, les programmes des investissements d'avenir qui vont concerner, entre autres, l'agriculture et l'agroalimentaire ne sont par définition pas connus, eux non plus. On va les bâtir ! Affirmer de telles choses sur le pacte d'avenir, c'est ne pas respecter les gens qui ont travaillé sur ce document, je ne parle pas de nous, je parle de centaines de personnes en Bretagne qui ont accepté de nous faire part de leurs idées et qui croient en ces idées. Respectons-nous les uns les autres.

 

Vous demandez donc aux personnes réfractaires à ce pacte de se ressaisir ?

P.M. Je ne demande rien mais j'observe tout de même que le débat peut prendre des allures étonnantes. J'ai vu sur la chaîne de télévision parlementaire LCP un débat entre Thierry Merret, le co porte-parole des Bonnets rouges, Joël Labbé, sénateur écologiste, Pierre Méhaignerie, ancien député et maire de Vitré, et Michel Urvoy, journaliste à Ouest France, qui répétaient que ce n'était pas l'argent qui comptait, c'était le fait de laisser la Bretagne développer sa créativité. Oui, on dit aussi tout cela.

Mais tout de même, je constate que tous ceux qui se sont manifestés au début de la crise, c'était bien parce qu'il n'y avait plus de restitutions, pas assez de subventions ici ou là. Donc, soyons raisonnables ! Pour notre part, nous avons essayé de partir des projets : la méthanisation, la modernisation des bâtiments d'élevage, la modernisation des usines agroalimentaires de première transformation, en prenant en compte l'innovation et la recherche de valeur ajoutée. A partir de ces projets qu'on a mis progressivement sur la table depuis sept semaines et un peu plus, on a essayé de voir quels objectifs étaient envisageables. Par exemple, sur la méthanisation toujours, si nous voulons faire 30 méthaniseurs par an en Bretagne, avec une moyenne de 500 à 800 000 € minimum par unité, qu'est ce que cela représente comme modèle économique et, par rapport à ce modèle économique, pour faire effet de levier, combien faudrait-il d'argent public ?

C'est de cette façon que nous avons procédé. Sur les bâtiments d'élevage, nous avions déjà, à la Région, une ligne budgétaire concernant la modernisation, le PMBE, qui existe depuis des années et qui nous permet d'avoir une connaissance assez précise des besoins pour élaborer une fiche financière et se donner une idée des volumes financiers dont nous aurons besoin pour ne pas être dans "l'enfumage" et que ce soit quelque chose qui puisse se construire dans un calendrier, avec une prospective, une planification. Voilà comment nous avons procédé.

 

Quel mot utiliseriez-vous pour définir ce pacte ?

P.M. Je retiendrais le mot cohérence. Dans une approche par filières, si l'on prend la filière agricole et la filière agroalimentaire, on sait que celles-ci n'ont pas été touchées de manière globale ni de façon égale sur les territoires. La cohérence consiste à poser les bons diagnostics aux bons endroits. Si l'on décide de conserver une agriculture de masse, comment apportons-nous à la fois les investissements qui vont permettre aux agriculteurs de se moderniser en ayant des revenus convenables et en même temps, faire en sorte que les pratiques ne viennent pas percuter les efforts qui ont été faits depuis des années par les uns et par le autres pour assurer un meilleur équilibre environnemental. La cohérence passe par le respect de cet équilibre qu'on a eu beaucoup de mal à bâtir. Nous essayons de tenir les deux bouts de la chaîne en faisant en sorte que le dialogue continue d'exister, éventuellement avec notre médiation, et que l'on essaie avec les moyens dont on dispose d'avoir les effets de levier suffisants pour agir. Le raisonnement que je tiens pour les filières agricoles vaut pour les autres secteurs.

 

Comment appréciez-vous la signature de ce pacte par le Premier Ministre ?

P.M. Je crois que la signature de ce pacte est la mise en exergue de ce que nous réclamons, avec un certain nombre de composantes de la majorité régionale, sur ce qu'on appelle la différenciation. La Bretagne est une région qui n'est pas la même que l'Ile de France ou le Nord-Pas de Calais ; c'est une région qui a ses caractéristiques. Nous demandons à Paris de nous laisser faire émerger la créativité de cette région sans la museler ou l'inhiber par une volonté d'homogénéisation nationale. Nous pensons que la Bretagne a des choses à dire que, peut-être, d'autres régions n'ont pas à dire et, en tous cas, pas de la même façon.

Donc, ce que nous obtenons avec la signature de ce pacte, c'est une sorte de permis d'anticiper. Là où nous avons la conviction que nous détenons des projets menés par les professionnels, en accord avec les collectivités notamment, et les centres de recherche par exemple, alors, qu'on nous laisse faire les expérimentations et on verra si ça marche ou pas.

Mais qu'on ne nous oblige pas, systématiquement, à remonter dans les ministères pour faire valider un point sur lequel les gens de Paris n'ont absolument aucune compétence en plus de ne pas être sur le terrain. Voilà dans quel état d'esprit nous sommes.

 

 

Propos recueillis par Paul Jégat

 

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