Terra 12 décembre 2017 à 08h00 | Par Thierry Merret

Arrêtons avec la montée en gamme et une vision caricaturale de l’agriculture

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Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère
Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère - © FDSEA29

Le 29 novembre dernier, la Commission européenne a rendu publiques ses orientations pour la PAC d’après 2020. Celles-ci suscitent d’ores et déjà de nombreuses interrogations, tant sur le budget de la future PAC, sur un éventuel cofinancement du premier pilier, mais aussi sur le maintien du caractère commun de la politique agricole européenne. Les incertitudes liées au Brexit et aux élections européennes de 2019 pèsent également sur le calendrier de négociations. Boucler la négociation de la prochaine PAC en une année paraît assez improbable ! Alors même que la France n’a pas encore ratifié l’accord très sensible avec le Canada, l’Europe négocie des accords commerciaux à tour de bras avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay…), le Japon, la Nouvelle-Zélande, l’Australie… L’agriculture ne pèse souvent pas très lourd face à l’industrie et aux services. Ces accords, bien que très loin de nos champs finistériens, sont pourtant un véritable enjeu.

Peu de temps avant la communication de la Commission européenne, le Conseil régional de Bretagne avait dévoilé ses propositions. Ces dernières tendent à opposer une agriculture destinée à l’exportation et ne dégageant que "peu de valeur ajoutée", à une agriculture de proximité synonyme de haute qualité et rémunératrice. La diversité de l’agriculture bretonne est une force pour répondre à l’ensemble des demandes du consommateur, que ce soit sur le marché de proximité auprès de nos concitoyens, ou pour maintenir et conquérir des parts de marché à l’export. Arrêtons avec la "montée en gamme" qui, bien souvent, se cantonne à une vision caricaturale d’une agriculture et d’une alimentation locales, 100% bio, et même à des repas végétariens dans les cantines. Parlons plutôt de la capacité de l’agriculture et de l’agroalimentaire à s’adapter à l’ensemble des demandes du consommateur, fût-il à Brest, Paris, Dubaï ou Shanghai !

Le Conseil régional propose la mise en place d’aides couplées semi-contracycliques, considérant que les aides directes découplées sont un "gâchis d’argent public". Il proposerait une réduction drastique du budget de la PAC qu’il ne s’y prendrait pas mieux ! Pour le Conseil régional, l’échec de la PAC serait uniquement lié au découplage des aides. Il faudrait plutôt s’interroger sur les choix complexes opérés par la France lors de la dernière réforme de la PAC, sur la perte enregistrée par la Bretagne sur le retour du second pilier, sur l’absence de soutien à l’organisation des producteurs pourtant encouragée par l’Europe, mais aussi sur les distorsions de concurrence qui grèvent la compétitivité de l’agriculture française. Sans le soutien à une organisation des producteurs forte, il est illusoire de penser que les agriculteurs seront réellement en capacité de créer les conditions pour une meilleure rémunération, et de pérenniser leur activité.

Que l’on approuve ou non les propositions de la Commission européenne ou du Conseil régional de Bretagne, les enjeux sont immenses pour les agriculteurs bretons. L’Ouest n’aura d’autre choix que de porter à Paris, et encore plus à Bruxelles, une vision et des propositions concrètes pour la prochaine réforme de la PAC.

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