Terra 15 mars 2018 à 11h00 | Par Chantal Pape

Sangliers : les agriculteurs tirent... la sonnette d'alarme

De plus en plus nombreux, les sangliers causent des dégâts croissants dans les cultures. Mais avec la peste porcine africaine qui sévit en Pologne, ce sont surtout les risques sanitaires que craignent les agriculteurs. Dans le Finistère, la chambre d'agriculture a demandé à étendre la durée de la chasse d'un mois, jusqu'à fin mars.

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Des reproductions plus précoces avec plus de marcassins par portées et une moindre mortalité juvénile.
Des reproductions plus précoces avec plus de marcassins par portées et une moindre mortalité juvénile. - © FNC

"Depuis quelques temps, je suis sans cesse interpellé par des agriculteurs confrontés à des dégâts de sangliers, dans des zones du département où il n'y en avait pas jusqu'à présent", indique André Sergent, le président de la chambre d'agriculture du Finistère. "Depuis les années 2000, les sangliers sont de plus en plus nombreux et les portées de plus en plus grandes", confirme Didier Goubil. Élu à la chambre d'agriculture et membre de la CDCFS, la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, il est également chasseur et a eu la surprise de voir une troupe de 18 sangliers dans l'une de ses parcelles il y a 15 jours !

Déclarez vos dégâts

"Les dégâts de gros gibier sont indemnisables, rappelle André Sergent. Il faut impérativement que les agriculteurs fassent des déclarations". "Mais il faut simplifier la procédure, plaide Didier Goubil. La rendre plus attractive. Car depuis trois ans, elle est si administrative qu'elle en devient dissuasive...".

De forts risques sanitaires

Mais même s'ils peuvent être considérables dans certains secteurs, les dégâts aux cultures ne sont pas les seuls griefs que nourrit l'agriculture contre les sangliers. "Ils peuvent transmettre tout un tas de maladies, dont la peste porcine africaine, devenue une catastrophe dans les pays de l'Est", rappelle André Sergent. Un risque que ne veulent pas prendre les producteurs de porcs bretons. "D'autant qu'on nous parle régulièrement de lâchers de sangliers d'élevage, en provenance de ces pays". Fake news ou vrai comportement de chasseurs irresponsables ? Pour le moment, impossible d'en avoir la preuve. Mais la colère gronde dans les campagnes...

"Il faut agir avant qu'il ne soit trop tard", prévient Didier Goubil. Déclaré nuisible dans le Finistère, le sanglier peut continuer à être traqué en-dehors des périodes de chasse par la dizaine de lieutenants de louveterie que compte le département. Pas suffisant pour les agriculteurs, qui se sont rapprochés de la fédération départementale de chasse pour obtenir une meilleure régulation des populations. "Et ensemble, nous avons demandé aux services de l'État un allongement de la durée de la chasse d'un mois, jusqu'à fin mars", rajoute André Sergent.

 

En Ille-et-Vilaine, la chasse prolongée au 31 mars

Le 26 février dernier en Ille-et-Vilaine, à la demande de la chambre d'agriculture et des responsables syndicaux, une réunion a eu lieu car les surpopulations de sangliers causent de nombreux dégâts et ce malgré les prélèvements réalisés lors de la saison de chasse 2017-2018, bien qu'en augmentation. En conséquence, Christophe Mirmand, préfet d’Ille-et-Vilaine, a décidé de maintenir temporairement une pression de chasse importante en vue de contenir la population de sangliers dans le département. Des autorisations individuelles de "chasses particulières" seront délivrées par la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), après avis de la fédération départementale des chasseurs, pour la période s’étalant du 1er au 31 mars inclus. En abaissant le droit de chasse à 5 euros, les autorités espèrent que cette mesure sera incitative.

Pour l'année prochaine, les responsables agricoles souhaiteraient voir la mise en place d'un observatoire du suivi des objectifs, avec un bilan à mi-saison. En attendant, les détenteurs de plan de chasse sont invités à retirer le formulaire de demande d’autorisation de "chasses particulières" pour l’espèce sanglier, auprès de la fédération départementale des chasseurs d’Ille-et-Vilaine.  / Arnaud Marlet


Évolution de l’indemnisation pour dégâts aux cultures dans le Morbihan depuis 2000.
Évolution de l’indemnisation pour dégâts aux cultures dans le Morbihan depuis 2000. - © Terra

Quand les chasseurs indemnisent les dégâts

Depuis 2000, c’est aux chasseurs et leurs fédérations départementales, et à eux seuls, que revient d’indemniser les dégâts occasionnés aux cultures par le gibier ; près de 640 000 euros en 2017 en Bretagne. Une indemnisation qui ne cesse de croître. Focus sur le Morbihan.

"Sur la saison 2006-2007, on abattait 984 sangliers en Morbihan pour moins de 75 000 euros de dégâts indemnisés. L’an passé, soit dix ans plus tard, nous sommes à 2 090 sangliers chassés pour plus de 140 000 euros de dégâts", pointe Bruno Jaffré, directeur de la fédération des chasseurs du Morbihan. Et la courbe est ascendante.

 

Bracelets, timbres ou taxes

"L’État compte sur nous". Pour financer ces indemnisations en hausse*, comme les y oblige la loi Voynet depuis 2000, les fédérations de chasse collectent des recettes issues des ventes de bracelets "grand gibier" (chevreuil et cerf) autorisées par les plans de chasse entérinés par les préfets. S’y ajoute, plus marginale, celle des bracelets "sanglier", gibier pour lequel le plan de chasse n’est pas obligatoire car "on laisse au territoire, la liberté de les gérer". Ainsi près de 250 000 euros sont collectés en Morbihan, dont 150 000 grâce au seul bracelet "chevreuil". "C’est lui qui finance l’indemnisation des dégâts occasionnés à 95 % par le sanglier", cible Bruno Jaffré. Pour mettre fin à cette disparité et mieux coller à la pratique des battues, à l’instar du Finistère, la fédération des chasseurs du Morbihan change de fusil d’épaule.

 

Partout le gîte et le couvert

La fédération des chasseurs du Morbihan institue l’achat à 10 € d’un timbre-cotisation commun à tout gros gibier chassé. "On espère que 8 000 chasseurs de sanglier vont le prendre". Reste que prélever n’est pas synonyme de réguler. "On est très prudent, c’est complexe". Ainsi, la recrudescence du cochon sauvage est observée partout. "Les raisons sont multifactorielles", analyse Bruno Jaffré : modification des pratiques culturales avec la généralisation du maïs, multiplication des zones de répit que sont les friches et délaissés, changement climatique avec des hivers moins longs et moins froids, agrainage de dissuasion ou de regroupement... ont favorisé des reproductions plus précoces avec plus de marcassins par portées et une moindre mortalité juvénile. Aussi la fédération des chasseurs du Morbihan a-t-elle décidé de supprimer à l’avenir cette pratique de l’agrainage.

Claire Le Clève

 

* Dans l’Est ou le Sud de la France, le montant annuel des indemnisations peut atteindre le million d’euros. Dans ces départements, les chasseurs s’acquittent d’une taxe à l’hectare, en fonction des dégâts subis sur la commune. Une incitation à la chasse de régulation pour éviter de s’en prendre au porte-monnaie.

En chiffres

Indemnisation par département pour la saison 2016-2017 :

Ille-et-Vilaine : 234 440 euros d’indemnisation, 2 560 sangliers abattus ;

Côtes d’Armor : 147 810 euros d’indemnisation, 1 388 sangliers abattus ;

Morbihan : 143 609 euros d’indemnisation, 2 090 sangliers abattus ;

Finistère : 107 555 euros d’indemnisation, 541 sangliers abattus.

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