Terra 09 juillet 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Elevage en détresse : les éleveurs font entendre leur colère

En Bretagne et dans le grand Ouest, mais aussi partout en France, les éleveurs ont manifesté en nombre dans la nuit du 2 juillet à l'appel de la FNSEA lors d'une "nuit de la détresse". L'importance de la mobilisation est révélatrice d'une situation intenable. Sans signal du secteur aval et de l'Etat, la FNSEA annonce de nouvelles mobilisations pour septembre. Sur le terrain, les éleveurs à bout, maintiennent la pression.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
A Saint-Brieuc, un millier de personnes rassemblées sur la place de la préfecture. (© terra) Convois de tracteurs, banderoles et lâcher de cochons, les agriculteurs ont manifesté leur colère avec des feux de pneus près du tribunal de Saint Brieuc. © terra A Quimper, 300 agriculteurs se sont retrouvés place de la Résistance, pour un barbecue géant avant des prises de parole des responsables de la FDSEA et des JA pour dénoncer des prix de vente qui ne couvrent pas le coût de © terra A Rennes, la mobilisation a été très forte avec environ 500 tracteurs, venus de tout le département, qui ont convergé vers la préfecture. Après les prises de parole des présidents de la FDSEA et des © terra A Vannes, 500 personnes, dont beaucoup de jeunes, se sont rassemblées dans le calme pour montrer leur détermination, devant la préfecture. © terra Rassemblement à Saint-Brieuc où était présent le président de la FNSEA. © terra

Alors que le porc, la viande bovine et le lait, tour à tour, avancent dans la crise, l'élevage, dans la nuit du jeudi 2 juillet, a manifesté sa colère à travers toute la France. Partout, les éleveurs dénoncent la chute des revenus et la situation dramatique dans laquelle s'enlise l'élevage. C'est dans le grand Ouest que se sont concentrées les plus importantes mobilisations : "Eleveurs en détresse", "agriculture en faillite"... tags, opération escargot, gravats, feux de pneus, les préfectures comme les grandes surfaces étaient visées.  A Rennes, 500 tracteurs ont convergé vers la place de la Préfecture ; à Vannes, 500 manifestants étaient rassemblés. A Saint-Brieuc, où Xavier Beulin, président de la FNSEA et Dominique Barrau, secrétaire général étaient présents, ils étaient près d'un millier de manifestants. La tension en fin de soirée a franchi un cran. A Saint-Brieuc comme à Quimper, des feux de pneus ont été allumés. Dans le Finistère, des manifestants s'en sont pris à un magasin Lidl.

Plus de prix
et moins de normes

Quelques semaines après les engagemens pris par les filières porcine et viande bovine de faire progresser les prix au producteur, les premiers chiffres des hausses de cotation en viande bovine sont bien en deça des accords. Le président de la FNSEA a demandé le respect des accords par les distributeurs et les industriels. "Il n'y a pas de justification objective à faire baisser les prix. Si nous sommes mobilisés, c'est pour l'application des engagements", a expliqué le président de la FNSEA. Xavier Beulin ne s'est pas adressé qu'au seul secteur aval. L'Etat doit aussi envoyer des signaux "en cessant les contraintes et les réglementations excessives". Il a averti : "les prix doivent remonter pendant l'été", promettant "sans signal sur les prix et les normes", un mois de septembre "jamais vu". Enfin, il a appelé les manisfestants à se mobiliser autour de la mise sous surveillance des entreprises et des distributeurs afin d'obtenir les revalorisations escomptées du prix du porc, de la viande bovine et du lait. "Tant que l'on n'obtiendra pas le prix de revient, on continuera", a-t-il martelé. Dans une ambiance tendue, Xavier Beulin s'est fait quelque peu chahuter par des éleveurs de porcs, en tant que président du groupe Avril (ex Sofiprotéol), qui détient une filiale -l'abattoir Abera- présente au Marché du porc breton.

Confirmation des baisses de revenus

La publication des chiffres du revenu 2014 confirme la détresse qui s'est exprimée dans la nuit du 2 juillet. - 14,7 % de revenu en viande bovine par rapport à 2013 à 15 900 EUR (1) ; - 13 % pour le porcs à 24 800 EUR. Un revenu global en retrait de 15 % par rapport à la moyenne des 3 dernières années. On le sait, les revenus 2015 seront plus touchés, avec des disparités importantes. "Tout le monde a sa paye, pourquoi pas nous ? On veut seulement faire vivre nos familles !", a crié à bout un jeune agriculteur. "Travailler dès le matin à 6 heures et finir sa journée à 20 heures, pour encore perdre de l'argent. Cette situation est vraiment triste", confiait un autre éleveur, traduisant un sentiment partagé de gâchis économique, humain, technique. Car la question qui se pose est bien celle du sauvetage de l'excellence de l'élevage français et des ambitions politiques pour l'agriculture française ? Que veut-on ? "Que les entreprises privées de transformation, en l'absence d'agriculture locale, aillent s'approvisionner aux 4 coins du monde, à l'heure où le consommateur demande plus d'origine et de traçabilité ?", demande Xavier Beulin. Le réveil des consciences est bien long.

Emmanuelle Le Corre

 

 

(1) Revenus agricoles 2014 par an, avant impôt par actif non salarié (Commission des comptes de l'agriculture).

Quelques jours après la mobilisation des éleveurs, le cabinet du ministère de l'agriculture a annoncé lundi l'organisation le 8 juillet d'une réunion par le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll avec les différents opérateurs de la filière viande bovine, autour des travaux du médiateur des relations commerciales agricoles, Francis Amand. Le médiateur devait faire le point sur les engagements de hausse des prix à la production pris par l'aval des filières viande bovine et porcine. Il s'est d'abord intéressé à la filière viande bovine. A partir du 8 juillet, il concentrera ses travaux sur la filière porcine. "Qui après la table ronde que nous avons organisée sur le porc ou sur la viande bovine a joué le jeu ou ne l'a pas joué ? Nous allons faire un point très clair. Il y aura des engagements à prendre et chacun devra prendre sa responsabilité ", a déclaré le ministre sur la chaîne BFM. Par ailleurs, Stephane Le Foll devait rencontrer, le 9 juillet, les opérateurs de la filière laitière.

 

Agra

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes