Terra 28 septembre 2017 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

PAC 2020 : se concerter, s'unir et agir

La Région Bretagne lance une vaste consultation publique concernant l'avenir de la PAC 2020. L'objectif annoncé est d'ouvrir le débat à la société civile pour alimenter une réflexion qui s'articule autour de la pérennité de l'activité agricole et l'adaptation des exploitations aux enjeux sociétaux.

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Lundi à Pleyben (photo), mardi à Quintin, mercredi à Baud, jeudi à L'Hermitage, le conseil régional de Bretagne a tenu quatre réunions publiques très suivies, sur le thème de la PAC de l'après 2020.
Lundi à Pleyben (photo), mardi à Quintin, mercredi à Baud, jeudi à L'Hermitage, le conseil régional de Bretagne a tenu quatre réunions publiques très suivies, sur le thème de la PAC de l'après 2020. - © Terra

À l'initiative du conseil régional, quatre réunions publiques autour de la PAC de l'après 2020 se sont déroulées cette semaine en Bretagne. Des agriculteurs de toutes productions et de tous les modes de production, des élus locaux attachés à une PAC juste et en lien avec l'élevage, des consommateurs, chacun est venu exprimer ses attentes pour l'agriculture bretonne, comme c'était le cas lundi dernier à Pleyben (29). Pour les entendre, Olivier Allain, vice-président de la Région en charge de l'agriculture, désormais rompu à l'exercice, prend le temps d'écouter mais aussi de répondre aux interrogations. "L'État a confié aux régions le second pilier de la PAC. L'intérêt de cette politique décentralisée, c'est que ça colle à la réalité des agriculteurs sur le terrain. La profession est complètement impliquée dans l'application des mesures du développement rural. Si la Région reste l'arbitre, la concertation doit être globale et continue", estime Olivier Allain. Après un bilan rapide de la PAC en cours et des "problèmes de paiements lamentables", Marion Guilcher, en charge du pôle agriculture au conseil régional dresse un contexte compliqué pour les négociations de la  PAC de l'après 2020, au terme du cycle enclenché par la dernière réforme en 2015. "L'impact du  Brexit sur le budget, les nouvelles priorités de l'Union européenne autour de la défense, de la sécurité, pèseront sur le maintien du budget de la PAC. Parallèlement, les efforts de simplification et les crises successives du monde agricole devront être pris en compte". Cette ancienne lobbyiste agricole à Bruxelles explique que "sur les cinq pistes étudiées sur l'avenir des finances européennes, quatre prévoient une réduction du budget de la PAC". Le constat qui n'ébranle pas la détermination des agriculteurs présents, ils n'en doutent même pas,  "pour assurer ses ambitions -sanitaire, bien-être, environnement, climat- l'Europe doit donner des moyens à l'agriculture".

Des défis communs

Afin de définir les orientations bretonnes à défendre à Bruxelles, la Région a dressé une liste des défis que la prochaine PAC doit permettre de relever. "Le renouvellement générationnel, le changement climatique, le soutien du revenu agricole, la création de la valeur ajoutée, la compétitivité... sont autant de challenges qui doivent être soutenus par des politiques publiques fortes", explique Olivier Allain. Des propos largement partagés par l'assemblée qui propose des mesures qui favorisent le pâturage, le maintien des aides au bio, le développement des circuits courts et la compétitivité à l'export. Si parfois les demandes peuvent être antinomiques, le sujet du statut de l'actif, lui, rassemble. Stéphane Cornec, agriculteur à Quimper, défend la position des Jeunes Agriculteurs, en soutien aux propos d'André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, qui estime que la notion d'actif est une priorité. "Les budgets ne seront pas extensibles, à minima il faut qu'ils aillent dans les poches des agriculteurs, et non des collectivités ou des propriétaires comme c'est encore le cas aujourd'hui. Le budget est trop dilué". Le vice-président de la Région entend et prend note.

Le prix s'invite dans le débat

Alors que le sujet de la prochaine PAC était au menu, les agriculteurs présents ont invité le manque de revenu et les prix bas à la table. Si la moyenne du montant des aides perçues par exploitation est de 18 050 €, la part que prennent les aides PAC dans le revenu est bien plus significative. Quand elle est de 20 % en légumes, elle atteint 80 % en élevage laitier et jusqu'à 135 % en bovin viande. Pour la salle, le constat est clair : "la PAC, c'est d'abord une mine d'or pour la grande distribution et les industriels". A Hervé, agriculteur d'ajouter : "c'est impensable que les industriels n'aient pas encore fait une AOC beurre/crème en Bretagne, on se fait piller notre savoir-faire". Sous ses questionnements, des revenus en berne, pour lui les éleveurs cherche à "court-circuiter la grande distribution en parlant directement aux consommateurs, et en les intégrant aux processus de fabrication et de négociation". Un message directement adressé à Olivier Allain et à sa casquette de coordonateur des États généraux de l'alimentation.

 

Hervé Guyomard, Inra Rennes.
Hervé Guyomard, Inra Rennes. - © Terra

Quelle ambition pour les agriculteurs de l'Ouest ?

La FRSEA et les chambres d’agriculture avaient invité Hervé Guyomard de l’Inra et Fabien Santini de la direction agri à la Commission européenne au Space pour échanger sur l’ambition pour la PAC après 2020 pour les agriculteurs de l’Ouest. Un débat encore difficile à faire progresser tant les incertitudes restent nombreuses et importantes.

Au bout de 30 ans, le bilan de la PAC est plutôt contesté. Il l’est par les agriculteurs eux mêmes qui lui reprochent sa complexité, son côté administratif tatillon, l’explosion de la volatilité des marchés et l’incertitude des revenus depuis quelques années. Il l’est par beaucoup de politiques qui parlent de son coût et mettent en avant les questions environnementales, et l’emploi. Il l’est enfin par les consommateurs, qui ont beaucoup de mal à l’appréhender.

Quelle ambition alors pour l’après 2020 ? Pour Fabien Santini de la direction agri de la Commission européenne, "tout le monde s’attend à une baisse du budget européen. On peut difficilement envisager que la stabilité budgétaire soit un objectif réaliste".
Faut-il alors redouter la remise en cause des 38 % que représente encore le budget agricole dans le
budget total de l'Union européenne ? Et à quel moment, les États membres prendront la décision d’une réforme qui sera probablement difficile à conduire et à construire à 27. Pour Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, qui concluait les débats, poursuivre une PAC ambitieuse s’impose, et impose un budget à la hauteur  : "On ne peut pas demander plus aux agriculteurs et leur proposer moins de budget. Il faut continuer à affirmer qu’il faut défendre un modèle agricole européen qui ne soit pas basé sur la logique d’un prix toujours plus bas".

Mais les forces centrifuges qui s’opposent sur ce sujet de la PAC après 2020 sont nombreuses. Difficile de mettre tout le monde d’accord en Europe -et même en France- entre régions, productions, systèmes de production. Les débats seront très ouverts, d’où la nécessité de construire des "partenariats" autour des points de convergence, avec notamment les responsables politiques.

Jean Dubé

Le calendrier de la PAC 2020

En Bretagne :

- 4 réunions territoriales

- 1 consultation en ligne

- Les auditions

- 1 réunion de restitution à Pontivy / Fin octobre

En Europe :

- Commission européenne / Novembre 2017

- Entrée en vigeur du réglement Omnibus (simplification) / Début 2018

- Sortie du Royaume-Uni ? / Mars 2019

- Election du parlement européen / Mai 2019

- Négociation PAC 2020

Si le calendrier est précis, reste à savoir s'il sera respecté au vu des enjeux autres que celui de la PAC.

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