Terra 29 avril 2016 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Pourquoi il faut réguler la production laitière

Un retour à la régulation de l'offre laitière en Europe est indispensable pour redonner de l'air aux producteurs asphyxiés. L'idée progresse en même temps que celle des organisations de producteurs transversales. Et d'ici là, il faut limiter les investissements. Trois messages qu'André Pflimlin, ancien membre de l'Institut de l'élevage a défendus, jeudi dernier à Grand-Champ devant plus de 300 éleveurs, toutes tendances syndicales confondues.

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Jeudi soir à Grand-Champ, plus de 300 éleveurs laitiers se sont réunis pour peser et convaincre.
Jeudi soir à Grand-Champ, plus de 300 éleveurs laitiers se sont réunis pour peser et convaincre. - © Terra

"Si la base ne pousse pas, rien ne changera... il faut qu'on reprenne notre destin en main", et c'est à ce motif que, convaincu, Guénaël Le Galliot, producteur de lait à Languidic, a transformé l'énergie de sa "colère saine, contre un système qui nous empêche de gagner notre vie", en volonté de "se fédérer". "On le fait ici, ça va essaimer", espéraient en se quittant les plus de 300 producteurs de lait réunis à Grand-Champ le 21 avril. Un moment historique ? Un nouveau rendez-vous devrait avoir lieu en juin car, pour tous, "il y a urgence".

Petits volumes et grands effets

Une urgence précipitée par la crise, dont "le bout du tunnel n'est pas pour tout de suite", a prévenu André Pflimlin, ancien chercheur à l'Institut de l'élevage qui, dès 2013, alertait sur la sortie des quotas et la crise de surproduction à venir. Nous y sommes. Pour mieux la comprendre et se doter des outils utiles pour agir, l'expert a décortiqué ce marché mondial,  "piégé", dans lequel coop et laiteries se sont engouffrées. Il ne repose que sur 7 % de la production mondiale (800 Mt) . "Il est marginal en volume et constitué de produits industriels très concurrentiels fournis à 70 % par la Nouvelle Zélande, les États-Unis et l'Europe". Et face à cette poudre de lait produite à bas coût, là bas, André Pflimlin affirme : "Les éleveurs européens ne peuvent pas être compétitifs, le combat est inégal, ce marché est piégé".

Une crise annoncée

Or les volumes continuent à croître de 2 Mt tous les ans, avec depuis 2014 un surplus de 11 Mt où l'Europe a ouvert ses vannes de production dans un contexte de restriction de la consommation. "La Chine avait réduit ses achats dès avril 2014 et la Russie a décrété son embargo". Les stocks étaient déjà là "mais Bruxelles ne le savait pas !", ironise-t-il  au fil de cette chronique d'une crise annoncée. Il en prédit que sa durée sera équivalente au temps necessaire pour résorberun excédent de 10 Mt... Ainsi en 2014, l'Europe a mis sur le marché mondial "trois fois plus de lait que la croissance annuelle mondiale". Rebelotte en 2015. "L'Europe est responsable de ce surplus avec plus 3,5 Mt alors que la Nouvelle Zélande et les États-Unis ralentissaient et que les prix chutaient avec une moindre demande".

Régulation, la solution

Conclusion ? "Il n'y a pas d’éclaircie à prévoir s'il n'y a pas de régulation de l'offre européenne". Quant au traitement de la crise par Phil Hogan, le commissaire européen à ? "De toutes les mesures proposées par la France, le commissaire a retenu la moins efficace, une réduction volontaire non indemnisée". Pour autant, André Pflimlin estime que l'idée de la "régulation des excédents européens s'impose car sans elle, OP et AOP resteront toujours en position de faiblesse". Et de plaider pour des AOP transversales régionales et de bassin "pour être plus solides face aux laiteries. Mais il faut convaincre vos députés européens qu'il faut réguler partout sinon, vous allez perdre beaucoup", a-t-il insisté, "c'est un combat de société pour sauver l'agriculture et tout ce qu'il y a autour". Reste la mise en garde : "Ce n'est pas le moment d'investir, attention aux dispositifs fiscaux qui favorisent cela. Tant que la régulation n'est pas là, investir c'est envoyer les gens au casse-pipe".

Ils ont dit

Frank Guéhennec, président de la FDSEA 56 / Aujourd'hui il y a un consensus sur les organisations transversales.

Laurent Kerlir, président de la chambre d'agriculture du Morbihan / On est tous OK sur cette régulation, elle doit être européenne, on l'a toujours défendue. Si l'OP transversale est avant les verticales, notre ambition est toujours la même. La difficulté reste de faire adhérer.

Pascal Nizan, administrateur Sodiaal Union / Le contrat peut être renégocié. Une grande AOP, ça rend les choses négociables, il faut que l'on reprenne le pouvoir sur les volumes.

Frédéric Daniel, JA 56 / On parle de régulation, invitons Phil Hogan dans l'exploitation d'un jeune installé pour lui présenter notre proposition.

Jean-Louis Le Normand, Confédération paysanne / Je ne vois pas beaucoup d'autres solutions que la reprise du pouvoir de négociation par les producteurs. Il faut maîtriser la collecte, organiser la production et avoir une vision sur le
marché.


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