Terra 02 octobre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Bordon

Il faut avoir l'ambition de créer.

Après un été d'actions et de revendications, après les rendez-vous de Paris le 3 septembre et Bruxelles le 7 septembre, Frédéric Daniel, président des JA 56, fait le point sur la situation vue par les jeunes exploitants et sur les conditions d'installation des futurs agriculteurs.

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Comment avez-vous vécu les actions de l'été qui vient de passer ?

Frédéric Daniel. Nous avons voulu alerter les politiques et la population. Les JA ont donc fait du « manger français » leur cheval de bataille. Dans les cantines, par exemple, 80% de la volaille vient de l'étranger ; il est urgent d'agir. Il y a actuellement un vent de libéralisation qui supprime toute régulation, c'est incompatible avec le travail avec le vivant. Et le fait que les systèmes sociaux et fiscaux soient différents d'un pays à l'autre est aussi un sérieux handicap pour nos exploitations. Le système français semble déconnecté de celui des autres pays.

Avez-vous été entendus ?

F.D. Diversement. La GMS est d'accord pour étiqueter les produits français dans les régions d'élevage mais le fait-elle dans les grands bassins de consommation ? Quant aux élus, ils sont ceux qui nous ont amenés dans ce système libéral. Nous avons ressenti beaucoup de frustration en voyant les annonces qui ont été faites car ce que nous réclamions, ce n'était pas de l'argent mais des réformes. On a l'impression qu'ils ne font que de la communication pour apaiser la population sans jamais prendre de vraies décisions. Nos concitoyens ont en revanche bien compris et nous soutiennent majoritairement. Souvent, ils connaissent des difficultés qui ressemblent aux nôtres...

Qu'en est-il des jeunes agriculteurs dans ce contexte ?

F.D. A chaque crise, c'est la famille du paysan qui subit les conséquences et absorbe le choc. Les jeunes le comprennent et même s'ils sont motivés, quand ils voient le décalage entre l'implication que nécessite une ferme et le rythme d'un salarié, la raison l'emporte souvent sur la passion et ils renoncent.

Et l'installation ?

F.D. Les sommes nécessaires pour s'installer sont importantes. En moyenne 500 000 € pour le lait, 800 000 pour le porc, 600 000 pour la volaille et entre 1 et 2 millions pour des pondeuses. Un jeune qui reprend une exploitation doit en outre souvent faire des mises aux normes. Il en résulte que là où nos grands-parents ont investi sur 10 ans en s'installant et nos parents sur 12, nous, nous devons le faire sur 15 à 20 ans. Cela signifie que dès que les remboursements seront terminés, il faudra réinvestir. Les enjeux financiers sont donc très importants.

Il faut aussi savoir que ce ne sont pas les premières années qui sont les plus difficiles car le nouvel installé bénéficie d'allègements de charges importants. Ce sont plutôt les années 5 à 8 qui sont plus rudes.

Actuellement, les jeunes s'installent plus tard qu'auparavant, vers 29 ans en moyenne. C'est une bonne chose parce qu'ils ont souvent travaillé avant et cela aide à relativiser, notamment à ne pas idéaliser le salariat.

Quel conseil donneriez-vous aux candidats à l'installation ?

F.D. Le conseil que je donne aux jeunes est de voir très loin et d'envisager l'évolution de leur exploitation mais aussi de leur vie sur le très long terme. Par exemple, je suis peut-être célibataire au moment où je m'installe mais je dois prévoir comment évoluera mon travail si je me marie, que j'ai des enfants, et en tenir compte dès à présent dans la conception de mon système d'exploitation.

Il faut garder une place pour la vie privée. On n'est bien que si on est épanoui dans tous les domaines.

Comment voyez-vous l'avenir proche ?

F.D. Plus généralement, il faut y croire et ne pas broyer du noir. Il y a un malaise dû à un manque de rentabilité, des problèmes de trésorerie qui, chez certains, sont en train de se transformer en problèmes financiers. Mais il existe aussi des possibilités d'accompagnement, il faut faire le point avec les banques et avec le centre de gestion.

Malgré la crise, j'encourage les jeunes à s'installer : il faut avoir l'ambition de créer.

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