Terra 23 novembre 2017 à 08h00 | Par Paul Jégat

Les violences faites aux femmes, en agriculture aussi

Chaque 25 novembre est une journée pour l'élimination des violences à l'égard des femmes. Et jusque-là, il faut bien le dire, cette journée passait inaperçue. Profitant de l'écho récent donné à ce fléau, le groupe régional "Égalité-parité : agriculture au féminin" n'a pas l'intention de passer cette date aux oubliettes, parce que les violences faites aux femmes existent aussi dans le monde agricole. Les imbrications entre activité professionnelle et vie familiale y posent un lourd couvercle de silence sur les faits commis.

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Nathalie Marchand, présidente de l'association Agriculture au féminin et Annie Guillerme, présidente régionale des centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF).
Nathalie Marchand, présidente de l'association Agriculture au féminin et Annie Guillerme, présidente régionale des centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). - © Terra

Parce que, soudainement, le voile du secret s'est levé sur quelques affaires de violences faites aux femmes, il se pourrait bien qu'en 2017, cette journée trouve un peu d'écho. C'est tout ce que souhaitent les agricultrices, membres du comité de pilotage "Égalité-parité : agriculture au féminin" d'Ille-et-Vilaine, réunies la semaine passée à Rennes. Elles ont pour la première fois mis ce sujet des violences faites aux femmes à l'ordre du jour, comme une manière pour elles de marquer leur solidarité et leur soutien à toutes les femmes victimes de violences. La présidente d'Agriculture au féminin, Nathalie Marchand, l'affirme très clairement : "En agriculture aussi, ça existe !". Le constat est confirmé par Annie Guillerme, la présidente de la fédération bretonne des centres d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Le réseau est implanté dans chacun des départements bretons où il assure des permanences au plus près des habitants. Cette position en fait un observateur privilégié des violences faites aux femmes, toutes les violences, conjugales, familiales et autres. Et, le plus souvent, ces violences s'expriment hors de portée de tout témoin. Alors, à Agriculture au féminin, on insiste pour "que la parole se libère".

Victime, pas coupable

"Enfin !", ose même Nathalie Marchand. Elle se dit convaincue que la crise agricole accroît les tensions ; elle constate aussi la position de variables d'ajustement que peuvent occuper certaines femmes, contraintes d'aller chercher à l'extérieur de la ferme le revenu que leur travail sur l'exploitation ne fournit plus... même si elles continuent à faire ce travail. Mais surtout, la présidente d'Agriculture au féminin met en évidence le fait que l'isolement, plus fréquent en agriculture que dans d'autres professions, rend les victimes de violences plus vulnérables encore. "Dans un premier temps, les victimes se sentent responsables" de ce qu'elles subissent et cherchent toutes les raisons d'endurer ce qu'elles endurent, constate Nathalie Marchand. Or, rappelle Annie Guillerme, la réalité est bien plus simple : qu'elles soient morales, verbales, physiques ou encore sexuelles, les violences exercées sur quiconque et pour quelque raison que ce soit, font d'elles des victimes et de leurs auteurs des coupables. La première démarche à enclencher par les victimes consiste à "se dire qu'on est bien victime", affirme Annie Guillerme. Cette étape est la plus difficile à franchir, elle passe par la parole... à condition que quelqu'un soit là pour entendre. Les médecins sont a priori les mieux placés, mais pas les plus réactifs à signaler des faits de violences conjugales, observe la présidente régionale des CIDFF. Ce réseau assure 77 permanences régulières dans les quatre départements bretons, trop peu sans doute pour aller au plus près des drames vécus dans les campagnes, mais assez pour établir que les situations de violences faites aux femmes "concernent toutes les catégories et tous les milieux".

Imbrication entre le familial et le professionnel

Il existe pourtant une particularité "agricole" dans l'appréciation des violences faites aux femmes, notamment des violences conjugales. C'est que leur signalement par celles qui en sont victimes engendre une cascade de conséquences très concrètes. Elles peuvent aller jusqu'à la perte d'emploi et de ressources. Parce que, en agriculture, vies familiale et professionnelle sont souvent très entremêlées. Les membres du groupe sont très conscientes de cette imbrication. Il se peut même que leur engagement pour l'égalité et la parité en agriculture ait tout à voir avec ce quotidien très mélangé et pas toujours simple à vivre. Elles savent donc que, dans un tel contexte, la simple expression d'une difficulté personnelle relève de l'exploit et sont d'autant plus réceptives et motivées à ce que les femmes victimes de violences dans le monde agricole "osent en parler et sachent qu’elles peuvent être accompagnées, elles ne sont pas seules".

Le 3919

Le 3919 est un numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés. Les appels sont anonymes et gratuits.

Une équipe professionnelle assure une écoute bienveillante dans un climat de confiance qui permet à la personne (femme victime, tiers) de parler de la situation. L'objectif est de permettre à la personne d'agir, grâce à une information appropriée sur les démarches à suivre.

Mais, le 3919 n'est pas un numéro d'urgence. En cas de danger immédiat, appelez la police, la gendarmerie ou les pompiers en composant le 17 ou le 18.

À retenir

En moyenne, chaque année, on estime que 223 000 femmes agées de 18 à 75 ans sont victimes de violences conjugales dans ses formes les plus graves (violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint). Parmi elles, 14 % ont déposé plainte.

Sur un an, de novembre 2014 à octobre 2015, 82 636 faits de violence commis par conjoint ou ex-conjoint ont été récensés par les forces de sécurité en France métropolitaine. Dans 88 % des cas, la victime est une femme.

Source : La lettre de l'observatoire national des violences faites aux femmes.

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