Terra 08 mai 2015 à 08h00 | Par Paul Jégat

Portrait - Pierre Weill président de Valorex

Il a le regard clair, le visage rieur. Pierre Weill est le patron atypique d'une entreprise atypique d'alimentation animale qui a tout misé sur les aliments riches en oméga 3. Concept marketing ? Pierre Weill répond "biologie".

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- © Terra

"Ajouter de l'huile de poisson dans le lait, c'est plus simple que d'aller chercher du lait chez un éleveur qui a nourri ses animaux au lin", explique Pierre Weill avec un sourire désarmant de sincérité. Lui sait très bien où va sa préférence, Il rêve à  voix haute que Bleu Blanc Cœur devienne un signe de ralliement des éleveurs et des consommateurs. Il y croit tout simplement. Il y croit depuis les années 90 lorsqu'il constate que le lait des vaches nourries à l'herbe présente un meilleur gras que le lait de celles qui sont nourries au maïs. La révélation tombe comme une évidence, l'herbe contient des oméga 3 qui expliquent une grande partie de la santé des vaches et de la qualité du lait. Mais il sait déjà qu'il lui faudra bien plus d'arguments pour convaincre les uns et les autres de l'intérêt de mettre des oméga 3 dans le beurre et le pâté. Comment ? En nourrissant les animaux avec des aliments riches en oméga 3, tout simplement. Homme d'intuition, Pierre Weill est convaincu qu'il lui faudra passer par une longue phase de tests et de résultats probants pour obtenir l'adhésion des éleveurs et de leurs filières. Alors il crée l'association Bleu Blanc Coeur pour fédérer les bonnes volontés autour de son projet, il rencontre aussi quelques alliés déterminants, un médecin endocrinologue nutritionniste Bernard Schmitt, ou encore les ingénieurs agronomes Philippe Brunschwig  et Philippe Augeard avec lesquels il lance en 1993 des essais de "recherche collaborative" à la ferme
expérimentale des Trinottières. "Nous avons trouvé là tous les germes de ce que nous avons développé par la suite", explique Pierre Weill qui se souvient aussi du soutien déterminant d'un éleveur, Jean Pierre Pasquet, dans cette "aventure". Le mot n'est pas trop fort pour comprendre la démarche. Il se souvient surtout que l'affaire n'était pas gagnée. Il lui a fallu convaincre et convaincre encore, en commençant par le patron de l'usine d'aliment où il travaille alors à Combourtillé près de Fougères. Une toute petite usine vieillissante dont leur seul atout sera d'être bientôt équipée d'un extrudeur. C'est sa première intuition, cet outil qui vient des USA travaille alors exclusivement le soja. ll convainc son employeur que cet équipement travaille d'autres graines, lupin, féverole, pois, colza, puis bientôt lin pour les incorporer dans la formule d'aliment du bétail.

1992, la société dépose le bilan, il participe à une offre de reprise et en deviendra le patron. "C'était dramatique et ça a été un coup de chance" relève-t-il. L'aliment Valorex (comme "valorisation par l'extrusion") rencontre un succès qui n'a fait que se confirmer, au point que le logo Bleu Blanc Cœur soit devenu un argument de référencement en grande distribution. Aujourd'hui, à 61 ans, le regard pétillant, Pierre Weill  pense à transmettre l'outil à ses collègues qui en détiennent déjà un tiers du capital. Encore une intuition, celle qu'une transmission réussie serait d'abord une transmission de valeurs.

Roy Lewis : Le livre de l'américain Roy Lewis raconte la préhistoire au cœur d'une famille dont le père découvre des innovations majeures, le feu et la cuisson des aliments, l'arc, le dessin, etc. Pierre Weill, qui est aussi président du pôle de compétitivité Valorial, a relu plusieurs fois l'ouvrage.

"Né en 17 à Leidenstadt" : La chanson de Jean-Jacques Goldman le touche particulièrement... S'il était né en 17, Pierre Weill, aurait été... Allemand, lui, l'Alsacien issu de la communauté juive la plus ancienne d'Europe, et décimée sous l'occupation nazie.

Témoin : Auteur de trois livres importants sur l'alimentation, Pierre Weill travaille désormais à l'écriture d'un document autour du témoignage de sa mère. D'elle, il a compris récemment que son activité pouvait être reliée au métier de  ses aïeux, éleveurs laitiers en Alsace mais interdits de posséder la terre.

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