Terra 26 janvier 2018 à 01h00 | Par Soisick Héloury

Sous Led, les plantes poussent plus vite et mieux

Le projet de recherche Irradiance vise à accélérer le cycle de production des plantes d’ornement grâce à la technologie Led. Des plantes compactes et ramifiées qui correspondront mieux aux canons d’un marché urbain exigeant.

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Laurent Crespel, enseignant-chercheur à Agrocampus-Ouest et Philippe Morel, ingénieur de recherche à l’Inra Nantes-Angers, devant des rosiers sous Led, en enceinte close.
Laurent Crespel, enseignant-chercheur à Agrocampus-Ouest et Philippe Morel, ingénieur de recherche à l’Inra Nantes-Angers, devant des rosiers sous Led, en enceinte close. - © Terra

Comment obtenir des plantes d’ornement belles, harmonieuses, ni trop hautes ni trop étendues, qui tiennent gentiment leur place sur un balcon ou une terrasse, et qui, si possible, demandent peu d’entretien ? Voilà brossées grossièrement, les attentes du marché urbain des plantes d’ornement. À Angers, des scientifiques planchent actuellement sur le sujet, dans le cadre du projet Irradiance, piloté par l’Inra, Agrocampus Ouest et l’Astredhor (institut technique de l’horticulture). "L’enjeu, c’est de bien maîtriser le développement des plantes dans l’espace, afin de répondre aux exigences commerciales", explique Laurent Crespel, enseignant-chercheur à Agrocampus-Ouest et spécialisé dans l’architecture des plantes.

S'affranchir de la saisonnalité

Les travaux d’Irradiance s’appuient sur le rosier, mais ils seront transposables à d’autres plantes d’ornement. Le principe ? Faire pousser des jeunes plants en conditions contrôlées, sous des Led. Pendant cette phase, les paramètres sont contrôlés : température, hygrométrie... afin d’influer sur l’architecture de la plante (essentiellement le nombre de ramifications et leur longueur). En jouant sur les longueurs d’onde de lumière (du bleu et du rouge clair principalement), les scientifiques arrivent à agir sur la morphologie de la plante. L’avantage de l’éclairage Led, c’est de pouvoir placer les plantes dans des conditions identiques, quelle que soit la saison. "C’est un printemps continu que l‘on mime", illustre Philippe Morel. Le cycle de production initial de la plante en est fortement raccourci. La preuve, "en un mois et demi, on arrive à produire un jeune plant de rosier très correct, ramifié, compact et fleuri, au lieu de deux à trois mois en système traditionnel". On comprend donc les économies possibles pour la production grâce aux lampes Led, très lumineuses et au bon rendement énergétique. Ce système va aussi permettre une économie de main-d’œuvre, puisque la culture de ces jeunes plants se fait avec peu d’intervention humaine. Elle ne nécessite ni pincements, ni applications de régulateurs de croissance. En enceinte confinée, les risques phytosanitaires seront davantage maîtrisés et les travaux seront ainsi réalisés avec très peu ou pas de produits phytosanitaires.

Une innovation de rupture

La production horticole pourrait ainsi éviter d’immobiliser des serres très longuement. Les deux chercheurs prennent l’exemple du géranium, dont le cycle de production pourrait être considérablement réduit. Aujourd’hui, les pieds-mères sont produits en Afrique, les plantes sont bouturées en septembre, pour n’être vendues qu’au printemps suivant, nécessitant de grandes surfaces de serres chauffées. "On chauffe en hiver des plantes qui poussent peu, poursuit Philippe Morel. C’est coûteux, et en plus ce n’est pas optimal d’un point de vue qualitafif".

Une fois validé le volet agronomique du projet, il s’agira d’étudier la faisabilité technique et la rentabilité économique d’une telle production en enceinte confinée. "Avec les Led, on accède à une vraie innovation de rupture, souligne Laurent Crespel. On peut ainsi imaginer des bâtiments de "10 mètres de hauteur, avec six ou sept étages de plantes". Pour verticaliser la production, il faudra robotiser le déplacement des plantes et se doter d’équipements technologiques.

Une fois le jeune plant produit en enceinte confinée, il passera, si besoin, par une phase d’acclimatation en culture sous serre, puis sera commercialisé soit en petite plante, soit en plante finie à plus forte valeur ajoutée. L’acclimatation des plants ainsi produits va être testée dans trois stations de l’Astredhor situées sous différentes latitudes : dans le Sud-Ouest, en Pays-de-la-Loire et en Bretagne. Ensuite, en fin de projet, la coopérative angevine Fleuron d’Anjou étudiera la faisabilité pour d’autres plantes, comme des pélargonium ou encore les campanules.

S'adapter au marché urbain

Le projet Irradiance se réalise dans le cadre de l’UMT (unité mixte technologique) Stratège, une plateforme collaborative de recherche et développement dédiée au végétal en milieu urbain. Son objectif est d’élaborer de nouvelles stratégies techniques et marketing afin de favoriser la compétitivité des entreprises horticoles françaises.

Le milieu urbain présente en effet de nouvelles opportunités pour la filière, puisqu’en 2014, 61 % des foyers français habitaient dans une commune de plus de 20 000 habitants, soit 27,6 millons de foyers (source TNS Sofres). Et d’après les prévisions de l’ONU, la part de Français vivant en zone urbaine devrait atteindre 86 % en 2050. Stratège cherche aussi à comprendre les 18 % de Français qui n’achètent jamais de plantes.

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