Terra 14 décembre 2017 à 08h00 | Par Chantal Pape

Le Finistère expérimente un soutien à la reconversion des agriculteurs

Si, à la suite d'un licenciement économique, les salariés peuvent bénéficier d'un CSP, un contrat de sécurisation professionnelle, rien de tel n'existe pour les agriculteurs contraints à quitter leur exploitation. Pour les aider, eux aussi, à rebondir, la chambre d'agriculture a réussi à fédérer MSA, conseil départemental et régional et services de l'Etat autour d'une expérimentation.

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Tous les ans, dans le Finistère, 60 à 70 agriculteurs en difficulté sont suivis par un comité de pilotage. Créé en 2009 par la chambre d'agriculture, la MSA, le Conseil départemental et les services de l'Etat, il permet de repérer les situations les plus fragiles. "Mais nous voulions aller plus loin", indique Bernard Simon, le président de la MSA d'Armorique. Et quand le Conseil départemental renouvelle son PDI, son programme départemental d'insertion, Alain Hindré, vice-président de la chambre d'agriculture saisit immédiatement la balle au bond. "Pourquoi les agriculteurs ne pourraient pas, eux aussi, bénéficier d'un programme spécifique d'accompagnement quand ils sont contraints de quitter leur exploitation ?"

Alain Hindré, vice-président de la chambre d'agriculture, porte ce dossier d'aide à la reconversion des agriculteurs depuis 2014.
Alain Hindré, vice-président de la chambre d'agriculture, porte ce dossier d'aide à la reconversion des agriculteurs depuis 2014. - © Chantal Pape

1 000 €/mois pendant un an

Entre les différents partenaires du comité de pilotage, l'idée d'une expérimentation voit peu à peu le jour. L'idée ? Proposer à ces agriculteurs une indemnité de reconversion de 1 000 €/mois sur un temps suffisamment long, un an, pour leur donner le temps de se retourner. "Ils ont besoin de reprendre confiance en eux, analyse Alain Hindré. Ils pourront bénéficier d'un bilan de compétences et accéder, si besoin, à des formations". Et, comme les salariés en CSP, un interlocuteur référent sera chargé de les aider dans leurs démarches pour trouver un nouvel emploi.

"Ils ont de multiples compétences à faire valoir, note Patrick Vet, directeur de la Direccte Bretagne. Il y a fort à parier qu'ils ne mettront pas un an à trouver un emploi". Mais, même en le sachant, prendre la décision d'arrêter est souvent difficile. L'indemnité peut alors agir comme un levier.

De gauche à droite : Bernard Simon, président de la MSA d'Armorique, Stéphane Péron, élu en charge de l'agriculture au Conseil départemental, André Sergent, président de la chambre d'agriculture, Olivier Le Bras, élu au Conseil régional, et Patrick Vet, directeur de la Direccte Bretagne, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.
De gauche à droite : Bernard Simon, président de la MSA d'Armorique, Stéphane Péron, élu en charge de l'agriculture au Conseil départemental, André Sergent, président de la chambre d'agriculture, Olivier Le Bras, élu au Conseil régional, et Patrick Vet, directeur de la Direccte Bretagne, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. - © Chantal Pape

RSA et fonds d'Etat

Une fois le projet esquissé, restait à trouver le financement. "Chacun apporte sa pierre à l'édifice", se félicite Stéphane Péron, élu en charge de l'agriculture au Conseil départemental, qui versera 500 €/mois au titre du RSA. L'autre moitié du budget sera versé par les services de l'Etat, via la Direccte, tandis que le Conseil régional financera le cabinet chargé d'accompagner la reconversion.

Dès janvier prochain, 12 à 15 agriculteurs devraient rejoindre ce dispositif expérimental, "que les services de l'Etat suivront de près, indique Patrick Vet. Nous avons tout à apprendre ! Contrairement aux salariés en CSP, la reconversion des agriculteurs touche aussi leur famille et leur patrimoine". "Et pourquoi ne pas proposer un dispositif similaire demain aux chefs d'entreprise", rajoute Stéphane Péron.

Accompagner les difficultés

Pour le moment, tous les membres du comité de pilotage souhaitent que ce dispositif, une fois établies les preuves de son utilité, puisse rapidement s'étendre aux autres départements et à un public plus nombreux. "Attention, souligne André Sergent, le président de la chambre d'agriculture. Notre volonté n'est pas du tout d'encourager les agriculteurs à partir ! Mais une fois que les difficultés sont là, nous nous devons de les accompagner". "N'ayez pas peur du lendemain, leur lance Olivier Le Bras, aujourd'hui conseiller régional mais il n'y a pas si longtemps salarié licencié de l'abattoir Gad. Si vous êtes accompagnés, le chemin sera moins difficile".

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