Terra 12 juillet 2017 à 08h00 | Par Paul Jégat

55,5 millions d'euros pour éliminer les algues vertes

Cette fois, c'est fait, le plan de lutte contre les algues vertes est acté. 55,5 millions d'euros viendront soutenir les actions déjà engagées dans huit bassins versants bretons les plus touchés par le phénomène de prolifération de ces algues.

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La plage de l'Hotellerie à Hillion en baie de Saint Brieuc où les algues vertes sont réapparues en grandes quantités depuis le printemps, sous l'effet des fortes chaleurs et d'une faible houle hivernale.
La plage de l'Hotellerie à Hillion en baie de Saint Brieuc où les algues vertes sont réapparues en grandes quantités depuis le printemps, sous l'effet des fortes chaleurs et d'une faible houle hivernale. - © Terra

Accouché dans la douleur, le premier plan algues vertes (2010 2015) et ses 100 millions d'euros de financement annoncés avait eu du mal à démarrer. Il avait fallu tout inventer... En commençant par le commencement, créer autant de dynamiques locales susceptibles de transformer les bonnes intentions en résultats probants. Le tout en évitant querelles et conflits, en évitant aussi de transformer le monde agricole en coupable tout désigné de ce déréglement du milieu littoral. Car si la prolifération de ces algues vertes est liée à une surconcentration d'azote dans les eaux littorales, la solution ne peut venir que d'une diminution sévère de ces rejets par les activités agricoles... Ce à quoi est parvenu le premier plan, confirmé par une réelle baisse des teneurs en nitrates des eaux brutes dans tous les bassins versants concernés, au point que la Commission européenne elle-même décide de lever son action en contentieux pour non respect de la directive nitrates en Bretagne. Du jamais vu. Pour autant, tout n'est pas réglé, les teneurs en nitrates des eaux brutes ne diminuent pas avec la même rapidité dans tous les bassins versants visés. Et les algues vertes n'ont pas disparu. Au contraire, les chaleurs printanières extrêmes les ont fait proliférer à nouveau après cinq années de dimimution des échouages (et des ramassages) sur les plages bretonnes. Ainsi en baie de Saint Brieuc, on était passé de 20 000 tonnes ramassées en 2010, à moins de 5 000 tonnes par an depuis. Or, le début de la saison de collecte 2017 n'est pas bon du tout. Si les enlèvements continuaient à ce rythme, on dépasserait les tonnages les plus élevés observés en 2009. Raison de plus pour rester prudent, et sur les bénéfices de la lutte engagée depuis 2010, et sur les raisons de ces proliférations...Elles sont nourries par l'azote bien-sûr... Mais aussi par des combinaisons complexes de phénomènes imprévisibles. Ainsi la faiblesse des houles hivernales de début de cette année, cinq fois inférieures à une année "normale" aurait empêché la dispersion des algues avant leur prolifération accélérée par les chaleurs exceptionnelles de mai. L'explication est avancée par le Ceva (Centre d'étude et de valorisation des algues).

Pas de troisième plan

Mercredi dernier, à Rennes, le comité de pilotage du plan de lutte contre les algues vertes ne s'est pas laissé émouvoir et a décidé d'enclencher un deuxième plan doté des moyens financiers comparables à ceux réellement engagés dans le plan 1 : 55,5 millions d'euros. Ce qui ne veut pas dire que ce nouveau plan a été aussi facile à boucler. Un an de travail a précédé son élaboration sans oublier une longue période pré électorale qui a sensiblement contrarié les calendriers des uns et des autres et aurait pu remettre en question les consensus instaurés jusque là... Mais, tout le monde a tenu bon, focalisé sur l'objectif d' "affamer les algues en azote". Et, prévient aussi Thierry Burlot, le vice président de la Région en charge de l'environnement, "Il n'y aura pas de troisième plan, c'est la réglementation qui s'appliquera". Chacun espère donc que ce deuxième plan produise tous ses effets d'ici 2022 au plus tard, y compris dans les territoires algues vertes les plus lents à agir. Car tous les bassins versants ne partent pas de la même ligne de départ, et tous n'avancent pas avec la même capacité à produire des résultats tangibles.

Réuni sous la présidence du préfet de région Christophe Mirmand, le comité de pilotage a validé les projets de territoires de chacun des huit bassins versants concernés, La Fresnaye, Saint Brieuc et La Lieue de Grève pour les Côtes d'Armor, Locquirec et l'Horn Guillec, Guissény, Douarnenez et Concarneau pour le Finistère, en leur accordant une enveloppe financière globale de 22,1 millions d'euros auxquels s'ajouteront 22,8 millions d'euros au titres des aides européennes aux exploitants via les MAE (mesures agro-environnentales) mais aussi 6,5 millions pour le volet "curatif" de ramassage des algues vertes et 2 millions d'euros à la recherche sur le phénomène des algues vertes.

Dans chacun des huit bassins versants, des incitations à agir seront ainsi proposées aux agriculteurs engagés dans la maîtrise des fuites de nitrates (couverture des sols, mise en pâturage, aménagements de talus, mais aussi incitations à réorienter les exploitations vers des systèmes à l'herbe) dans un objectif de double performance économique et environnementale. Ce deuxième plan débutera dès ce second semestre 2017.

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