Terra 10 novembre 2016 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

La filière forêt-bois prend les devants

Élus et personnels des administrations ont visité cinq entreprises de la filière forêt-bois pour mieux comprendre les besoins à moyen et long terme de cette production souvent méconnue. Organisée par Abibois (le réseau des professionnels du bois en Bretagne), cette journée marathon répond à l'ambition de "développer le bois d'œuvre pour assurer la pérennité de la filière".

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(© H.B)

La filière forêt-bois régionale représente plus de 15 000 emplois et plus de deux milliards d'euros de chiffre d'affaires. La forêt bretonne couvre 14 % du territoire (soit 390 000 ha). Très majoritairement privée (92 %), la forêt régionale appartient à plus de 116 000 propriétaires. Une situation qui morcelle les surfaces et rend difficile la gestion du bois mais permet de maximiser la production sur toutes les surfaces disponibles. "Les agriculteurs sont souvent les premiers à pouvoir intégrer du bois dans leurs parcelles. Il ne s'agit pas de prendre des surfaces agricoles dédiées aux cultures pour en faire du bois mais bien de boiser des territoires qui ne sont pas valorisés sur le plan agricole", précise Michel Hamon, président d'Abibois. Un raisonnement qui se veut rassurant. Aujourd'hui, les ressources utilisées sont issues du peuplement réalisé entre 1960 et 1980. Ces bois arrivés à maturité constituent la ressource disponible actuellement, et elle est suffisante. Les inquiétudes portent principalement à échéance 10/15 ans et au-delà. "Il faut penser ces investissements à très long terme. Ce n'est pas nous qui les utiliserons mais il faut penser maintenant aux générations futures. L'enjeu est de pérenniser le premier maillon de la filière : la forêt", insiste Michel Hamon.

Valoriser le bois d'œuvre

Dans la perspective de pérenniser le massif productif breton, les acteurs de la filière sont unanimes : il faut développer le bois d'œuvre pour la construction puis, dans un second temps, le bois énergie qui reste un sous produit. Un choix porté par toute la filière qui ne se veut pas contradictoire avec le développement des chaufferies collectives... "La taille des entreprises est à la taille de la ressource. Aujourd'hui, l'offre de la filière bois-énergie est très bien structurée mais le nombre de chaufferies (650) en fonctionnement n'est pas suffisant pour y répondre", assure Olivier Ferron, délégué général d'Abibois. La priorité du bois d'œuvre se pose dans un contexte où entre 2012 et 2014, la part de marché de la construction bois en Bretagne est passée de 11,3 % à 8,5 % alors que la moyenne nationale est de 10 %. A noter que la capacité de production bretonne est estimée à 280 000 m2 de murs à ossature bois alors que le marché actuel est estimé à 140 000 m2. "La journée d'aujourd'hui doit permettre d'interpeller les politiques pour un vrai engagement régional et local dans ce domaine", explique Michel Hamon. Et à Philippe Hercouët, conseiller régional de rapeller "que la Région s'engage à travers le bois-énergie mais aussi via ses bâtiments publics comme les lycées".

Des programmes d'aides

Forêt, bois construction, transformation et négoce, emballage et bois énergie, la filière est large et les aides associées sont parfois difficiles à mesurer. De nombreux programmes sont en place et trouvent parfois un écho timide sur le terrain. Ainsi, le plan Breizh Forêt Bois, lancé en 2015 par la région Bretagne visant à reboiser 4 000 ha d'ici 2020, atteint à peine plus de 400 ha à ce jour. Des résultats décevants dûs à des freins en passe d'être levés comme la réserve des agriculteurs à implanter des arbres sur leurs territoires et des financements publics qui ont tardé à venir. Les représentants d'Abibois insistent sur la nécessité de "plus communiquer sur ces programmes, de sensibiliser et d'accompagner les propriétaires forestiers" et incitent "la région Bretagne à poursuivre le soutien financier au delà de 2020". Outre les aides d'implantation de la forêt, les élus professionnels prônent l'introduction de critères favorables au bois dans les dispositifs d'aides existants via des éco-conditionnalités et l'amplification des taux bonifiés notamment pour les bâtiments agricoles ainsi que l'incitation à la commande publique intégrant le matériau bois. Dans ce sens, l'État s'est engagé dans une charte nationale "Alliance Bois" qui a pour objectif d'engager des maîtres d'ouvrage... à prendre en compte l'usage du bois dans la construction. Cet engagement devrait être décliné en charte régionale. D'autres programmes nationaux comme "forêt bois" s'apprêtent à être mis en place en région suite au passage de la loi Avenir 2014. "La dynamique de la filière bois est clairement remise en avant", estime Virginie Alavoine, directrice adjointe de la Draaf Bretagne qui ajoute que "le financement global prévu est de 13 millions d'euros sur six ans. L'objectif est de l'exploiter au mieux".

Une filière locale

15 000 emplois en Bretagne. La filière forêt-bois est porteuse d'emplois... "et ils ne sont pas délocalisables", insiste Michel Hamon, président d'Abibois. En 2016, 20 % du bois de construction est produit en bois local. Dans un contexte de recul de la construction bois, la Bretagne produit tout de même 440 000 m3 de bois dans le secteur du bâtiment et 20 % des sciages proviennent des entreprises de transformation locale. Pour la filière, l'enjeu principal est de créer un lien entre la ressource forestière bretonne et les opportunités de marché du bois dans la construction. Un programme d'action porté par Abibois "+ de bois d'ici" est mis en place pour communiquer sur le bois de construction et accompagner les porteurs de projets dans la mise en relation offre/demande.
Philippe Samson, dirigeant de la société d'Emballages Samson
Philippe Samson, dirigeant de la société d'Emballages Samson - © Terra

S'approvisionner au plus près

Très attaché à l'Èconomie locale, Philippe Samson défend une vision territoriale de son entreprise. Implantée en Côtes d'Armor, en milieu rural, l'entreprise d'emballages Samson se veut à proximité de son marché (le maraîchage) et cherche à s'approvisionner au plus près pour maximiser son efficience et préserver l'emploi régional.

Pouvez-vous nous décrire l'activité de votre société d'emballage ?

Philippe Samson. Créée en 1938, la société d'emballages Samson fabrique des emballages légers en bois type cagettes, destinés essentiellement au conditionnement de légumes pour la marque "Prince de Bretagne". L'entreprise assure l'ensemble du cycle de fabrication, de l'achat de la matière première (le bois de peuplier) jusqu'au produit fini et sa commercialisation.

Comment s'organise votre approvisionnement en bois ?

P. S. L'approvisionnement est multiple (debout, bord route ou franco). Entre 30 et 35 % du bois provient de la Bretagne, dans un rayon de 80 km autour des deux usines situées à Plancoët et Ploumagoar, le reste provenant du grand Ouest. Pour le moment, nous n'avons pas de problème sur la ressource. On ne peut pas dire que nous manquons de bois, le problème se situe sur les replantations. Si on fait un effort de communication auprès des administrations, d'ici 25 ans on pourrait s'approvisionner en bois de peuplier 100 % breton.

Que faites-vous pour vous prémunir contre ce manque de bois à venir ?

P. S. Le peuplier est un bois qui pousse très vite, entre 15 et 20 ans. Nous avons du mal à évaluer s'il y aura un manque et quand, mais dès maintenant, nous travaillons sur l'éco-conception en optimisant l'efficacité de nos machines et en adaptant les produits (-1 cm de bois sur les cagettes représente une économie de plusieurs milliers de mètres cubes de bois).


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