Terra 24 août 2017 à 08h00 | Par Alain Coic, conseiller aménagement forêt bocage, chambres d'agriculture de Bretagne

Le Spernot, un bel exemple de valorisation du bois local !

La chaudière bois du Spernot, inaugurée en novembre 2016 alimente le réseau de chaleur de Brest Métropole qui est en voie de doublement (25 km étendu à 50 km). Dès le départ, l’ambition politique est claire : s’approvisionner avec du bois local, dont le bois "forestier" issu d’un périmètre de 90 km autour de Brest. Les produits d’élagage sont aussi utilisés. Aujourd’hui le bilan est très positif. Explication.

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Au premier plan le bâtiment de la chaudière bois du Spernot avec son bardage bois et toit végétalisé. La moitié de la surface est consacrée au stockage du bois. Les portes des quatre silos sont visibles sur la photo. Au second plan, l’unité de valorisation énergétique des déchets.
Au premier plan le bâtiment de la chaudière bois du Spernot avec son bardage bois et toit végétalisé. La moitié de la surface est consacrée au stockage du bois. Les portes des quatre silos sont visibles sur la photo. Au second plan, l’unité de valorisation énergétique des déchets. - © Terra

La chaudière bois du Spernot est située sur le site du Spernot à proximité de l’usine de valorisation des ordures ménagères. La Sotraval (Société de traitement et de valorisation des déchets) qui gère la chaudière est une entreprise publique locale. Elle est portée par les EPCI du nord Finistère (500 000 habitants et 144 communes). Ce sont actuellement 30 000 équivalents logement dont Brest Métropole Habitat, le CHU, le Clous qui sont chauffés. L’usine fonctionne six mois par an pour les besoins spécifiques du réseau en hiver.

Les bénéfices d’une telle implantation s’égrènent comme autant de perles autour du chapelet : économies d’énergies fossiles, création d’emplois locaux, respect des normes environnementales…

Une entreprise économiquement viable

L’implantation de cette grosse chaudière à Brest a permis non seulement d’économiser des énergies fossiles et ainsi d’avoir un retour financier local mais aussi de créer des emplois sur le territoire (bucherons, exploitants forestiers, paysagistes, transporteurs…) et de valoriser des débouchés pour des bois de faible qualité. Cette chaudière pourrait être aussi une opportunité pour les agriculteurs du territoire qui possèdent eux aussi du bois à valoriser.

…co responsable

Si la société peut se targuer de créer des débouchés et emplois (deux salariés pilotent l’installation : un contrôleur qualité bois et un opérateur de pilotage et de maintenance), l’unité répond également aux dernières normes environnementales concernant la filtration des fumées rejetées, l’isolation acoustique…

L’approvisionnement se fait avec des grosses plaquettes bois (10 cm) avec une humidité de 40 % avec peu de fines (poussières).

 

Chaudière bois, comment ça fonctionne ?

La chaudière du Spernot est de marque Weiss avec une puissance de 12 MW thermique consommant 4 tonnes de bois par heure et a un rendement de 85 %. La production d’énergie se fait sous forme de vapeur qui, via un échangeur à plaques, transforme son énergie en eau surchauffée à 150°C et 16 bars en sortie et le retour est à 80°C. Ce circuit primaire alimente via des échangeurs un circuit secondaire d’eau chaude pour la distribution aux usagers.

Le stockage du bois se fait dans trois silos intégrés au bâtiment (1 400 m³ au total). Le silo actif est muni d’un système de racleur pour alimenter le foyer et est lui-même alimenté par un grappin automatisé d’une capacité de 8 m³.

L’alimentation se fait par camion à fond mouvant de 90 m³ (8 à 10 camions par jour en saison). L’autonomie du stockage est de quatre jours. La consommation annuelle est de 15 000 tonnes sur les six mois de la saison froide.

 

Alain Hindré, élu de la chambre d'agriculture du Finistère
Alain Hindré, élu de la chambre d'agriculture du Finistère - © Terra

Une complémentarité entre agriculteurs et collectivités

La chaudière bois du Spernot est-elle pour vous une bonne initiative ?

Alain Hindré. Oui, utiliser des énergies renouvelables comme le bois est une excellente idée que l’on peut comparer à la méthanisation en agriculture et les panneaux photovoltaïques sur les bâtiments agricoles. L’objectif est de développer les réseaux locaux et d’accompagner les entreprises locales.

› Et vous voyez donc un intérêt pour l'agriculteur du pays de Brest ?

A.H. Oui, il y a une complémentarité entre les deux mondes qui doivent travailler ensemble : l’agriculture et les collectivités. L’agriculteur peut développer les énergies renouvelables en valorisant les bois de talus et d’élagage. À ce titre, il faudrait sans doute revoir en lien le Pays de Brest, la métropole et Sotraval l’étude du gisement bois sur le pays de Brest réalisée par la chambre d’agriculture.

 

Relation entre puissance de la chaudière et consommation de bois

Maison individuelle : 30 kW 5 t bois/an

Réseau de chaleur petite commune : 110 kW 50 t/an

Piscine : 500 kW 500 t/an

Serre tomates : 1 000 kW/ha 1 000 t/ha/an

Spernot Brest : 12 000 kW 15 000 t/an

Sill Plouvien : 12 000 kW 20 000 t/an

Chaufferie Rennes : 33 000 kW 117 000 t/an

Chaudière Gardanne (la plus grosse de France) : 150 000 kW 885 000 t/an

 

En ordres d'idée.

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