Terra 24 novembre 2016 à 08h00 | Par Actuagri

Agriculture, ce qu'en disent les candidats

Dimanche aura lieu le second tour de la primaire de la droite et du centre. Alors qu'on les disait blasés, fatigués de la politique, les Français se sont passionnés pour ces débats de la primaire. La crainte de l'avenir est là. Les nuages assombrissent de plus en plus les perspectives d'un point de vue économique et social au niveau national et international. Les Français attendent donc un cap. Ils ont envie de connaître les orientations qui seront données au pays. Mais avec cette primaire, ils ont aussi la possibilité d'influer sur ces choix ... et ils ne s'en sont pas privés dimanche dernier ! Arrivés en tête, François Fillon et Alain Juppé expriment ici leur vision de l'agriculture, celle qu'ils pourront mettre en avant lorsque l'un ou l'autre aura été désigné candidat à l'élection présidentielle. Et bien sûr, nous donnerons également la parole aux candidats de la primaire à gauche, qui pourrait avoir lieu fin janvier. Les élections américaines, le Brexit ont été une sorte d'électrochoc, qui a montré la montée d'une exaspération, d'une forme de populisme, d'un risque de repli sur soi. La campagne électorale française sera-t-elle à la hauteur, permettra-t-elle l'écoute et la prise en compte des aspirations nombreuses et probablement contradictoires. L'enjeu n'est pas seulement le choix d'un candidat, mais celui de notre avenir commun.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
François Fillon.
François Fillon. - © Terra

La PAC ne protège  plus les agriculteurs

 

Comment jugez-vous l’état de l’agriculture française ?

François Fillon. Les agriculteurs français subissent, depuis plusieurs années, une dégradation de leurs revenus due à plusieurs facteurs. Il y a indéniablement une perte de compétitivité, avec une concurrence de nos voisins européens de plus en plus marquée. à cela s’ajoutent des normes et des règles franco-françaises, un embargo russe et une guerre des prix entre distributeurs.

 

Que faudrait-il faire pour remettre l’agriculture sur de bons rails ?

F. F. Je propose d’abord de remettre le pays en marche avant. Cela passe par un nécessaire rééquilibrage entre soutien du pouvoir d’achat des consommateurs et soutien à l’investissement et à la modernisation des moyens de production à la fois dans les exploitations mais aussi dans l’agroalimentaire. La France, pays où la démographie est la plus dynamique d’Europe, doit résolument mettre en œuvre une politique de l’offre. Aujourd’hui, lorsqu’on distribue 100 euros de pouvoir d’achat, cela génère 70 euros d’importations ! Je proposerai également des mesures d’allégement des normes, ainsi qu’une modernisation de la fiscalité agricole. Notre diversité doit être valorisée par des prix rémunérateurs pour les producteurs agricoles. Il est par ailleurs indispensable de restaurer des relations commerciales plus équitables entre toutes les parties prenantes de la chaîne alimentaire. Je suis favorable à un renforcement des contrats entre producteurs et transformateurs. Enfin, j’ai rencontré des centaines de femmes et d’hommes, bourrés de talent et d’imagination mais souvent désabusés par un principe de précaution sclérosant, des délais administratifs incompréhensibles et des banques frileuses. Oui, j’ai la volonté de réformer notre pays pour que ce potentiel fabuleux s’exprime.

 

Et Bruxelles, la PAC, le Brexit ?

F. F. Là aussi, je l’affirme, la PAC ne protège plus les agriculteurs. On le voit depuis deux ans : les crises économiques et climatiques ne trouvent pas de réponses dans la PAC, pas plus non plus face à l’embargo russe. Il faut restaurer des protections et des moyens ; l’assurance climat en est une mais il faut sans doute être imaginatif. Le plus important, et je m’y engage, c’est que la France retrouve sa vraie place à Bruxelles. Quant au Brexit, attendons de voir ce que décidera le parlement britannique. Quoiqu’il en soit, je veillerai personnellement à ce que nos intérêts agricoles soient préservés. Je sais que nous avons un solde commercial agricole très positif avec le Royaume-Uni de plus de 3,5 milliards d'euros, ça n’est pas rien ! De même, aussi bien avec Mr Poutine qu’avec Mr Trump, je serai à la fois loyal et ferme sur les sujets agricoles et agroalimentaires. C’est l’intérêt des agriculteurs. C’est l’intérêt de la France.

 

Plus généralement, n’y a-t-il pas un malaise social plus profond dans nos campagnes ?
Les hommes et les femmes politiques l’entendent-ils ?

F. F. Durant ces derniers mois, j’ai eu l’occasion d’entendre cette colère et ces souffrances. Je ne me suis pas seulement rendu dans les villes ! Bien sûr, on m’a souvent parlé de difficultés économiques, de suradministration, de voisins qui "profitent du système", du médecin qui n’a pas été remplacé, d’accès limité à internet et même au téléphone mobile, de services publiques inadaptés, et de bien d’autres choses. J’entends ce désarroi qui conduit parfois à des votes extrêmes. Il n’y a pas de solutions uniques mais il y a, en lien avec les collectivités et des initiatives gagnantes, des solutions adaptées pour chacun de nos territoires. Les agriculteurs et tous les acteurs qui gravitent autour sont indispensables à la dynamique des territoires ruraux. Je considère que la France leur doit beaucoup. Aussi notre pays doit savoir les accompagner dans ces moments difficiles.

Alain Juppé.
Alain Juppé. - © Terra

Ètablir un nouvel équilibre entre producteurs, transformateurs et GMS

 

Quelle place accorder à l’agriculture dans une société de plus en plus urbaine et mondialisée ?

Alain Juppé. L’agriculture n’est pas une activité comme les autres. En plus d’être un atout stratégique ou un secteur économique majeur, elle assure une mission essentielle : celle de l’alimentation. Par ailleurs, elle façonne depuis toujours nos paysages et participe à l’équilibre de nos territoires ruraux qui sont, aujourd’hui, en plein désarroi. Dans ce contexte, il ne fait aucun doute que la place de l’agriculture est très importante. Mais je ne souhaite pas uniquement me contenter de mots ! Je veux traduire cette conviction dans les actes. C’est pour cela que le premier des cahiers programmatiques que j’ai publié en avril dernier traitait de l’agriculture (ndlr : "Agir pour l’agriculture", avril 2016). J’y ai affirmé mes convictions, mon ambition et mes objectifs.


Comment peut-on revoir les relations au sein de la chaîne alimentaire pour donner
davantage de place aux producteurs ?

A.J. Les rapports de force au sein de la chaîne alimentaire sont aujourd’hui destructeurs de valeur et la guerre des prix entre les grandes enseignes fragilise l’ensemble de l’édifice. Il faut donc renforcer significativement le poids des agriculteurs en les encourageant à s’organiser en OP et en associations d’OP. Il faut aussi établir un nouvel équilibre entre producteurs, transformateurs et grande distribution, en faisant évoluer le droit de la concurrence pour corriger les dérives de la LME. Au-delà, la contractualisation doit être encouragée pour donner, à terme, à la négociation interprofessionnelle la même force que les accords de branche dans les entreprises.


Quelle serait votre stratégie de reconquête de parts de marché pour l’agriculture française ?

A.J. La reconquête des parts de marché est d’abord un sujet de compétitivité. Il s’agit de rattraper notre retard en la matière en réduisant les charges fiscales, sociales et réglementaires qui pèsent sur l’agriculture, et en soutenant l’investissement et l’innovation dans les exploitations grâce, notamment, aux crédits du Feader. La reconquête des parts de marché passera aussi par la diversification de l’offre : nous devons continuer à développer, par exemple, l’agriculture biologique ou les circuits courts, qui sont complémentaires de l’agriculture de production. Il nous faut, enfin, mieux valoriser les productions françaises, en insistant sur l’origine des produits et en encourageant les efforts liés à la prospection de nouveaux marchés, à la logistique et au développement de marques solides revendiquant l’origine "France". Je serai particulièrement vigilant quant au contenu des accords de libre-échange susceptibles d’être conclus, pour que notre agriculture n’en souffre pas mais en profite, au contraire, pour développer ses exportations.

 

Vous souhaitez réorienter la PAC : doit-on en faire une priorité française ?
Quels types de mécanismes défendez-vous en faveur des agriculteurs ?

A.J. La PAC reste absolument essentielle pour l’agriculture européenne. C’est une priorité ! Elle doit avant tout être défendue contre tous ceux qui souhaitent sa disparition. Mais cette défense implique que nous la fassions évoluer. Les instruments d’hier ne peuvent plus être réactivés. En premier lieu, la PAC doit protéger les entreprises agricoles contre les risques qui leur sont propres, qu’il s’agisse des risques climatiques et sanitaires ou des fluctuations excessives des marchés. à cet effet, un observatoire européen indépendant des volumes et des prix doit être mis en place. L’Europe doit ensuite se doter d’une réglementation encadrant l’intervention financière sur les marchés à terme des produits agricoles, en vue de prévenir la volatilité des cours. Enfin, il s’agit de développer des mécanismes d’assurance permettant d’assurer un revenu minimum en cas d’aléa climatique ou lié à l’évolution des prix. Il pourrait s’agir d’une assurance "revenus" ou "chiffre d’affaires" : à la prime minimum que devrait verser l’agriculteur s’ajouterait un cofinancement sur le budget de l’Union européenne par redéploiement d’une partie des aides directes. Ces mécanismes devront naturellement être complétés par des dispositifs de gestion des crises au niveau international, européen et national, mais aussi au niveau des exploitations, en rénovant la fiscalité agricole.

 


Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes