Terra 30 juin 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

Quelles stratégies d’adaptation en filière laitière ?

Le 4 juillet auront lieu les rencontres laitières du grand Ouest, qui regroupent une palette d’intervenants du monde scientifique, technique, économique, et les acteurs du lait et de la filière. Ils réfléchiront autour du projet pour l’élevage demain. Rencontre avec Marcel Denieul qui présidera ces journées.

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Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine
Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine - © Terra

La filière laitière est focalisée sur le prix. La rencontre du 4 juillet peut-elle amener des réponses aux éleveurs ?

Marcel Denieul. La question du prix et surtout du revenu des éleveurs est un problème majeur, et je reconnais qu’il n’est pas évident d’envisager l’avenir quand le présent est difficile. Mais c’est malgré tout un exercice indispensable. Notre objectif est de lever la tête. De regarder comment le monde laitier évolue.

Depuis les accords de Marrakech, l’agriculture européenne est ouverte au monde, et cela a un impact sur nos filières. En porc, ce qui s’est passé en Chine a redressé le porc français et européen. La crise laitière actuelle est d’origine européenne mais trouve aussi des explications dans l’international : l’embargo russe, des achats chinois en baisse, l’impact de la "crise pétrolière"… Le prix du lait dépend de nos politiques françaises et européennes, mais aussi d’événements qui se passent loin de chez nous. Il est important d’en avoir conscience et de les comprendre. Je ne sais pas lire dans le marc de café, ni la poudre de lait, mais il faut essayer de comprendre le jeu des acteurs importants. Dans une région laitière comme la nôtre, il est essentiel d’avoir des apports de la part de personnes qui ne sont pas court-termistes, qui ne dépendent pas d’acteurs intéressés, et qui ont une liberté d’analyse et de parole. Le marché chinois est-il un feu de paille ou pas ? Quel est l’avenir des poudres infantiles ? Quelles sont les perspectives de marché sur la Chine, mais aussi l’Asie, les zones pétrolières, les grandes métropoles africaines ? Y aura-t-il demain adéquation entre production et consommation ? Est-ce que, sur ces marchés, l’Ouest a des cartes particulières, des éléments stratégiques à jouer ?

Pour autant, l’Europe c’est 90 % des débouchés de la production européenne ?

M.D. Le marché européen est effectivement le premier marché laitier au monde. Mais c’est aussi un marché mature. Peut-on le protéger, peut-on le mettre à l’abri des fluctuations des grands marchés internationaux ? Comment atténuer les volatilités extrêmes que connaît ce marché, aujourd’hui l’un des plus volatils ? Nous exportons 10 % de notre production, mais nous importons aussi. Les 90 % internes à l’Europe doivent-ils suivre ou subir les valorisations issues des 10 % du marché international ? Des acteurs de l’industrie, français, ou européens viendront témoigner pour nous permettre de comprendre les jeux et les positionnements des acteurs.

En France, existe-t-il à l’échelle des exploitations des marges de manœuvre ?

M.D. Je suis intimement persuadé qu’il y a de l’avenir. Déjà nous avons un marché intérieur important. Nous devons peut-être mieux bâtir des stratégies autour des exigences du consommateur. Bâtir des relations plus structurées, et construire des relations partenariales qui nous exonèrent d’une partie de la volatilité. Des expériences existent en Irlande par exemple. Les régions dans le monde où il est possible de produire du lait pas trop cher, en gagnant sa vie ne sont pas si nombreuses que cela. L’Ouest en fait partie. Mais gagner sa vie reste un challenge difficile pour bon nombre d’éleveurs.

Alors justement, quels sont les axes de travail à l’échelle d’une exploitation ?

M.D. Ne faut-il pas changer notre point de vue ? J'étais la semaine passée à une porte ouverte Innov'action. Un  groupe d'éleveurs présentait son travail pour améliorer son coût alimentaire qui se situe entre 50 et 60 € /1000 litres, et leur permet de passer presque sereinement cette période compliquée. D'autres éleveurs ont le sentiment d'être dans une impasse, plus de volumes, plus de travail et pas de revenu.

Ne faut-il pas revoir nos données ? Il faut peut-être ne rien s’interdire en termes de pistes d’actions et regarder autour de nous. L’évolution se fera à l’échelle du groupe, pas seulement pour se comparer, mais pour se réassurer, s’aider et s’épauler. Certaines choses nous semblent acquises. Mais en fait rien n’est définitif. La réponse sera à trouver à l’échelle de chaque exploitation, dans l’autonomie au moment de la décision et les choix stratégiques. Les structures de services ont leur part de responsabilité et doivent aussi évoluer dans la pertinence du conseil et de l'accompagnement.

Le comportement du consommateur évolue. N’y a-t-il pas à travailler à ce niveau ?

M.D. La crise que vivent nos collègues de l’œuf interpelle tous les éleveurs. Ils se sont mis aux normes mais voilà... ce n’est pas ce qu'attendait le citoyen ! Quelles sont réellement les attentes des consommateurs ? L’élevage se sent interpellé par les questions sociétales. L’opinion publique s’interroge sur les façons de travailler, sur les conditions d’élevage des animaux. Les éleveurs s’interrogent, sur comment faire pour ne pas être hors jeu demain ? Parce qu'une fois réalisés, les investissements ne peuvent être changés. Nos projets d’élevages doivent être éclairées à la lumière de ce que l’on pense savoir des comportements des consommateurs.

 

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