Terra 19 mai 2016 à 08h00 | Par Christophe Sartin

Fruits et légumes à forte valeur solidaire

n Bretagne, un circuit de valorisation des dons de fruits et légumes est mis en place pour lever les freins logistiques et de conditionnement des dons agricoles. Ces deux maillons sont majeurs pour faciliter le don aux associations. Après l’acheminement des gros volumes de dons, l’association Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires) expérimente le tri-conditionnement par les travailleurs des Esat (établissement spécialisé d’aide par le travail).

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Nicolas David, arboriculteur à Nouvoitou en Ille-et-Vilaine, n'a pas hésité à participer : "Nous produisons 1 200 à 1 500 tonnes de pommes chaque année. On a eu beaucoup de pommes en 2015, donc on n’a pas hésité à donner à Solaal. Et on a dit oui pour le tri avec l’implication des Esat".
Nicolas David, arboriculteur à Nouvoitou en Ille-et-Vilaine, n'a pas hésité à participer : "Nous produisons 1 200 à 1 500 tonnes de pommes chaque année. On a eu beaucoup de pommes en 2015, donc on n’a pas hésité à donner à Solaal. Et on a dit oui pour le tri avec l’implication des Esat". - © Terra

Depuis février dernier, des travailleurs en situation de handicap de Vitré et de Saint-Symphorien (35) trient et reconditionnement des fruits et légumes donnés aux associations d’aide alimentaire. Plus de 20 tonnes de pommes et de pommes de terre sont données pour leurs bénéficiaires. L’expérimentation est conduite sur 6 mois et associe des producteurs locaux. Mardi 10 mai, la presse a rencontré les acteurs impliqués dans le circuit mis en place.

Valoriser la proximité

En Bretagne, une expérimentation de tri-conditionnement a été lancée il y a trois mois dans les Esat. La démarche associe des producteurs locaux pour les dons de pommes et de pommes de terre, un fabricant d’emballages pour des dons de cagettes (Norman Emballages, installé à Dinan), des associations d’aide alimentaire et le conseil départemental d’Ille-et-Vilaine.

L’aide du Département assure le financement de l’opération conduite sur six mois et permet de lever les freins logistiques et de tri-conditionnement. Il y a tout juste un an, un circuit d’acheminement des dons en gros volumes a été mis en place en partenariat avec Carrefour Supply Chain, au Rheu (35). Cette année, le tri-conditionnement vient lever la contrainte des gros volumes soulevée par les associations. Il contribue également à l’optimisation et la valorisation des dons agricoles de proximité.

Pour les Esat, la prestation du tri-conditionnement participe au développement de leur activité et de compétences nouvelles pour leurs personnels. Dans un objectif d’inclusion sociale, les établissements de Saint-Symphorien et de Vitré ont été intégrés pour créer du lien social, favoriser l’économie sociale et solidaire. Les 10 tonnes de pommes de terre triées puis données aux associations ont été cultivées par un producteur voisin de l’Esat de la Simonière. Les 8 tonnes de pommes ont été offertes par un producteur de Nouvoitou. En retour, les travailleurs qui ont réalisé le tri-conditionnement en sont ravis. Marlène encadrant à l’établissement de Vitré se souvient encore : "Au départ, on s’est dit oh là ! Maintenant, ça se passe très bien et ça nous change de nos activités habituelles et de la mise en sachet". À l’Esat de la Simonière, le constat est le même pour la responsable des ateliers Fabiola Alcantara : "Nous sommes ravis de participer à ce projet".

 

 

Solaal se déploie en Bretagne

Sur le terrain, Solaal s’appuie sur un réseau de 13 relais régionaux à travers la France notamment via le réseau des chambres d’agriculture. Entre 2013 et 2015, en France 11 millions d’équivalents repas ont été offerts via l’association créée par Jean-Michel Lemétayer. Pilotées par les chambres d’agriculture de Bretagne, les actions initiées et expérimentées en Ille-et-Vilaine sont en cours de déploiement dans les trois autres départements. Le déploiement régional implique d’agir de concert avec différents acteurs des filières agricoles et agroalimentaires, les décideurs (collectivités locales), en particulier à l’échelle territoriale. Des axes de travail qui s’inscrivent dans les politiques publiques initiées au niveau national et déployées dans nos territoires. Des actions qui contribuent à la réduction des déchets et du gaspillage alimentaire (ex. les territoires ZDZG, Zéro déchet, Zéro gaspillage pilotés par l’Ademe).

 

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"Un appel pour consolider ce qui est entrepris", Laurent Bourgeon, directeur de líEsat de VitrÈ

Notre établissement a l’habitude de mobiliser du personnel en conséquence pour de gros chantiers. L’atelier de sous-traitance effectue du tri pour d’autres secteurs d’activité et d’autres produits. Les denrées agricoles est une première, une vraie expérimentation. La démarche permet aux personnes en situation de handicap d’avoir une activité qui sorte de l’ordinaire. Elle a du sens à plusieurs titres. C’est aussi un acte fort de solidarité. Le personnel des Esat prend aussi conscience de la réflexion autour du gaspillage alimentaire, de la valorisation des produits. Trier et reconditionner des pommes produites localement pour être données à des personnes en difficulté, les bénéficiaires, ils éprouvent un sentiment de fierté !

Lançons un appel pour trouver un budget dans le but de consolider annuellement ce qui est entrepris. Des surplus de produits agricoles (hors calibres ou autres) existent. Les producteurs-donateurs s’engagent. Chaque jour les associations d’aide alimentaire sont sollicitées par les bénéficiaires. Pour le tri et conditionnement, les ESAT ont démontré leur savoir-faire dans cette chaîne de solidarité. Certes, on ne gagne pas de l’argent sur une activité comme celle-là. Mais, l’engagement a toutefois du sens. Créer du lien social et solidaire via le monde agricole et de façon durable, c’est possible.

 

 

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"Nos bénéficiaires leur disent merci", Ginette Delavaud, responsable distribution Croix-Rouge de Rennes

À la Croix-Rouge, nous apprécions beaucoup d’avoir des dons triés en amont. Pour nos bénévoles, ça facilite beaucoup le travail au quotidien. C’est moins de charges lourdes à soulever moins de manipulations des fruits et légumes. Voir des personnels handicapés, dévoués et engagés pour aider les autres c’est très appréciable. Nos bénéficiaires leur disent merci. Ils sont ravis d’avoir des pommes et des pommes de terre en direct du producteur. Juste une anecdote, une maman avec sa fille est venue à l’antenne nous ramener un jour une part de tarte aux pommes en remerciement. Ils les cuisinent et apprécient de consommer des fruits frais. Faire rencontrer bientôt ceux qui donnent, ceux qui reçoivent et les bénévoles et aussi les Esat, c’est notre souhait.

 


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"J'encourage les producteurs ‡ faire des dons", Jean-Baptiste Mainsard, vice-président de la chambre 'íagriculture d'Ille-et-Vilaine, élu référent Solaal

Le producteur bénéficie d’une réduction fiscale à hauteur de 60 % de la valeur des produits en stocks. Rappelons que la fonction première pour un agriculteur c’est de produire pour vendre et pouvoir en vivre. La conjoncture est aussi difficile en ce moment pour nos producteurs. Le don n’est pas une finalité c’est un moyen. De tout temps, ancré dans son territoire, l’agriculteur a toujours su faire preuve de générosité et créer du lien social.

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