Terra 01 octobre 2015 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Quel avenir pour le marché du porc... et la filière ?

Le marché du porc breton est en pleine tourmente, son avenir menacé. Après Bigard, Cooperl annonce la fixation de son propre prix. Alors que les rebondissements se succèdent, il y a urgence à faire évoluer l'organisation de la filière porcine.

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Vendredi 25 septembre, JPA et Kermené ont cessé leurs achats à 1,40€. © Terra Ambiance grave parmi les rares éleveurs et observateurs ce jeudi 24 septembre. © Terra François Pot,  nouveau président  du MPB. © Terra

’instauration d’un prix "politique" depuis le début de l'éte, le départ du cadran des acheteurs Bigard et Cooperl début août considérant que le prix n'est plus la synthèse de plusieurs marchés, l’annonce par Bigard, le Space fini, de fixer son propre prix, puis Cooperl de lui emboîter le pas... placent le marché au cadran de Plérin aujourd'hui dans une situation extrêmement délicate et inédite. Jeudi 24 septembre, tout bascule. Alors que le bruit de la démission de Daniel Picart courait, au même moment, était annoncée l'absence de deux acheteurs Abera (groupe Avril) et Bernard (groupe Jean Floc'h), laissant seuls aux manettes Kermené et JPA. Après la hausse du précédent marché et la baisse de 6 ct du marché allemand la veille, à leur tour, ces abatteurs décidaient de suspendre leurs achats."C’était prévisible", explique un observateur présent. "Pourquoi n’y-a-t-il pas eu de propositions depuis un mois de la part des groupements vendeurs, c’est illogique. On va au casse pipe", disait un éleveur.

Kermené, JPA : fin de la cotation à 1,40 euros

Dès le lendemain, le marché reporté se déroulait en présence des quatre acheteurs. La situation retrouvait un semblant de calme par l'enchaînement de plusieurs éléments intervenus entre temps. D'abord l'annonce de l'UGPVB, de ne plus plus soutenir le "prix politique" de 1,40 €. La réaction de Michel-Edouard Leclerc ne s'est pas faite attendre. Dans un message délivré sur son blog, le patron des magasins Leclerc ironise : "après moultes échanges, E.Leclerc a considéré que la solution la plus sage était d’acquiescer à la demande de l’UGPVB". Vendredi 25 septembre, JPA et Kermené ont donc cessé leurs achats à 1,40 €. En deux marchés, la cotation a perdu 5 ct, tombant à 1,327 € lundi dernier. Cette décision répond aux attentes des industriels tournés en partie vers les marchés exports, et au souhait fort d'un retour à la fluidité dans les élevages.

Puis c'est Daniel Picart, président du MPB depuis 2011, d'être débarqué, remplacé par François Pot, vice-président du MPB, élu à l'issue d'un conseil d'administration électif annuel ce même 24 septembre. Ses relations avec les abatteurs et ses propos vifs à l'encontre de Bigard et Cooperl après leurs annonces de retrait du cadran ont certainement pesé dans la balance, à l'heure où le MPB tente de renouer le dialogue avec Bigard et Cooperl.

Cooperl et Bigard reviennent autour de la table

Enfin, réunis à Loudéac ce jeudi 24 septembre, les élus du MPB et les représentants de l'ensemble des outils industriels ont convenu de retravailler la convention. Le marché du porc breton ne dispose que de peu de temps pour apporter des réponses techniques aux abatteurs et aux éleveurs."Nous nous sommes donné 15 jours pour réformer le marché au cadran", confirme Michel Bloc'h, président de l'UGPVB. La Cooperl exigeait en août la supression de deux points essentiels de la convention : le prix de retrait et l'obligation d'affectation. Pour Michel Bloc'h, il est impossible de "se passer du système de redistribution", "par contre le marché à un tour fait son chemin", confie-t-il. Mais ces discussions autour de la convention du marché seront-elles suffisantes pour faire revenir Bigard et Cooperl. Et si Bigard et Cooperl décident de ne plus se présenter au cadran, qu'adviendra-t-il alors du marché ?

Colère des éleveurs et réflexion en cours

Ce prix de 1,40 € balayé par un communiqué, est le résultat des actions syndicales menées tout au long de 2015. Éleveurs, syndicats et chambres d'agriculture s'élèvent contre un marché ajusté sur le coût le plus bas. "Il est clairement impossible de continuer dans cette voie", revendique la FRSEA Bretagne. Un groupe de travail s'est constitué entre professionnels et syndicalistes pour trouver des solutions concrètes, entre contractualisation ou mutualisation (maintien d'un prix rémunérateur et compensation de l'écart de prix des marchés export). Une attente également partagée par le ministre, Stéphane Le Foll, qui dénonce une stratégie "low cost" et qui souhaite pousser la filière porcine vers la contractualisation. "Il n’y a pas un seul prix pour tout le monde. [...] mais une valorisation et une sécurisation pour tout le monde", disait le ministre le 23 octobre en conférence de presse. Les groupements de producteurs seront-ils réceptifs à ces nouvelles propositions de relations commerciales ? C'est la question...

Le ministre pousse la filière à contractualiser

Stéphane Le Foll - qui estime que son rôle tient dans la "mise en place des outils" de la contractualisation - a lancé "un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la mise en place de contrats" dans la filière porcine. Un questionnaire sera adressé à tous les acteurs de la filière ; un "guide des bonnes pratiques" sera réalisé à partir des réponses de la filière, rendu dans un mois. À ce titre, il a annoncé l’élaboration de "conditions fiscales avantageuses" à la création de caisses de sécurisation, réservées aux entreprises qui contractualisent (contrat tripartite). Il pourra s’agir de contrats de livraison physique ou sans livraison, comme le Swap de Syproporcs. "Il faut explorer de nouvelles formes d’organisations", a plaidé le ministre. Selon lui, la filière porcine française doit sortir de la "stratégie low cost", être plus à même de "cibler des niches, des demandes spécifiques d’industriels ou des marchés à l’exportation".

(D'après Agra Presse).

Après Bigard, la Cooperl emboîte le pas

Le Space terminé, on se doutait que la Cooperl, après Bigard, sortirait du bois. Dans un communiqué, la coopérative annonce sa décision de payer le vif sur la base d'un "prix d'acompte" à compter du 28 septembre, fixé chaque semaine par une commission interne composée d’administrateurs et de cadres opérationnels. Et la coopérative de préciser : "l’idée générale est de maintenir ce prix au niveau du prix cadran, s’il renaît et tant que celui-ci ne se déconnecte pas déraisonnablement du cours allemand". Elle exige par ailleurs la mise en place, des réformes structurelles de la convention du marché, demandées depuis le 10 août, menaçant de suspendre le prélèvement des cotisations MPB sous un mois.

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