Terra 15 février 2018 à 09h00 | Par Chantal Pape

Jeux de dupes et manipulations : attention à ne pas trop souffler sur les Breizh !

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- © C.Pape

Dès le lancement des Etats généraux de l’alimentation (EGA), la FDSEA a pris ses distances avec l’enthousiasme ambiant, qui confinait à la naïveté. Nous aurions préféré avoir tort1.

Emmanuel Macron a conclu le premier chantier des EGA à l’aube de la promesse d’une loi, et de la signature d’une charte d’engagement sur les négociations commerciales. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu, et c’était malheureusement prévisible. Très sincèrement, comment le Ministre de l’agriculture a-t-il pu croire à ce qu’il disait le jour de la signature de cette charte, qu’il qualifiait "d’accord historique", qui "engage moralement et politiquement les accords de la chaîne alimentaire" ? Si les truands avaient une quelconque morale, cela se saurait depuis longtemps ! Résultat, les négociations commerciales qui doivent s’achever au 28 février s’illustrent une fois de plus par des illégalités, des tensions, des rapports de force… le tout au détriment du producteur !

En parallèle, d’autres évènements ont contribué à souffler sur les braises : l’affaire Lactalis, avec le lait pour bébé contaminé à la salmonelle, qui a éclaboussé la grande distribution ; des remises de 70% sur le nutella et sur des couches, qui ont conduit à des scènes d’hystérie collective. On peut rabâcher aux paysans que les consommateurs sont prêts à mettre le prix pour leur alimentation : ils sont avant tout des clients à l’affût des promos ! Et avant le "nutellagate", quel média s’est ému des promos scandaleuses sur le chou-fleur, les côtes de porc, les yaourts ?... Le vrai scandale, ce ne sont pas les "émeutes pâte à tartiner", mais la guerre des prix mortifère entre la grande distribution et les industriels.

Les braises n’étant pas assez vives, Elise Lucet a soufflé un peu plus, avec la diffusion de l’émission Cash Investigation, Où va l’argent du beurre ? Tous les paysans connaissent les pratiques de cow-boy de Lactalis à l’égard de ses fournisseurs. La FNSEA et son réseau n’ont pas attendu la journaliste de France 2 pour dénoncer les agissements de cette multinationale, et d’autres entreprises industrielles ! Le focus sur Sodiaal a bien évidemment marqué les esprits. Beaucoup ont retenu les bégaiements du président de la coopérative face à l’interrogatoire mené par Elise Lucet. Au-delà du trouble, n’est-il pas surprenant que, soudainement, cette émission prenne la défense des agriculteurs, contre leur coopérative ?

Le rôle de notre syndicat est de dénoncer toutes les dérives, surtout quand elles viennent de nos propres outils ! Là encore, nous n’avons pas attendu Elise Lucet pour dénoncer l’opacité du fonctionnement coopératif, par exemple sur les accords de collecte, le business de l’approvisionnement de nos exploitations en agrofournitures, les marges arrière, les compléments de prix2… Notre devoir est aussi de rappeler que rien ne sera possible sans la voix et l’implication des agriculteurs – coopérateurs.

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