Terra 17 juin 2016 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Pourquoi et comment manger français ?

Avec la crise qui touche toutes les filières agricoles bretonnes, les Jeunes agriculteurs sont persuadés que des progrès sont possibles sur la reconquête du marché français. Tendances de consommation, étiquetage, restauration hors domicile et collective... Autant de sujets abordés lors d'un débat public à Romillé (35).

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Dominique Denieul, maire de Piré sur Seiche, Christiane Lambert, 
vice présidente de la FNSEA, Michel Rieu de l'Ifip, et Nicolas Briand, chef cuisinier au Château d'Apigné.
Dominique Denieul, maire de Piré sur Seiche, Christiane Lambert, vice présidente de la FNSEA, Michel Rieu de l'Ifip, et Nicolas Briand, chef cuisinier au Château d'Apigné. - © Terra

Environ 300 personnes ont répondu à l'invitation des JA d'Ille-et-Vilaine, qui le 9 juin dernier, organisaient une soirée débat à Romillé, sur le thème du Manger français."Il n'existe pas un seul type de consommateur, mais plutôt des tendances de consommation et l'origine des produits est aujourd'hui un critère qui compte dans les démarches d'achats", a d'emblée expliqué Michel Rieu, économiste de l'Ifip. Pour autant, dans un marché ouvert, l'origine n'est pas forcément si simple a démontré. Les quelques scandales alimentaires qui ont agrémenté ces dernières années ont contribué à créer un climat de défiance. Si pour tout ce qui concerne les viandes fraîches, l'étiquetage de l'origine est obligatoire, ce n'est pas le cas pour les produits transformés. "Nous avons obtenu une avancée avec une pétition que nous avons lancée au SIA", a rappelé Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA. Et depuis, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll a obtenu de l'Europe, l'autorisation d'expérimenter l'étiquetage sur les produits transformés. Si l'origine des produits est devenue un critère qui compte pour le consommateur, il fait toujours attention à celui du prix. "Avec le temps, les générations changent de comportement, et les jeunes aujourd'hui sont très attentifs à la praticité des produits", estimait Michel Rieu. Chef cuisinier au Château d'Apigné et avec une expérience professionnelle en Russie, Nicolas Briand a confirmé que la France rayonne à l'étranger par ses produits alimentaires. "Mon travail, c'est aussi d'aller sur les marchés ou chez les producteurs. Et au restaurant, ce n'est pas rare que les clients me demandent d'où viennent mes produits", a ainsi témoigné le chef cuisinier. Des produits plus chers ? "Oui mais en même temps si j'ai besoin de petites quantités, c'est aussi possible". Pour ce type de restauration, l'approvisionnement en circuit court est une bonne réponse. Il existe toutefois plusieurs types de consommation, et donc plusieurs types de circuits de distribution. D'ailleurs, pour Christiane Lambert, "il faut faire attention à l'idéalisation du circuit court. Oui ils ont leur place, mais les circuits courts ce n'est pas forcément que le "petit" producteur".

Des efforts ‡ faire dans nos filières

Difficile de parler du Manger français, sans évoquer la question de la compétitivité. Et parmi les facteurs importants, figure celui du coût de la main d'œuvre, avec des distorsions en fonction des pays mais aussi des différences d'interprétation des règlements européens. "Sur la partie sanitaire, on tend globalement à une homogénisation des cahiers des charges", a rappelé Philipe de Guenin, Draaf Bretagne. Et si l'excellence française en matière d'alimentation n'est pas un vain mot, "il y a aussi des efforts à faire dans nos filières et tout n'est pas mauvais dans les autres pays", estimait pour sa part Michel Rieu.

Le dossier Manger français, en termes de débouchés, c'est aussi et même surtout, la restauration hors domicile, qui comptabilise 6,2 milliards de repas par an, pour un chiffre d'affaires de 67,8 milliards d'euros. S'approvisionner en produits français n'est peut être pas toujours aisé, mais des efforts ont été réalisés pour plus de facilité, notamment pour la restauration collective, avec un assouplissement dans la rédaction des appels d'offres. Dominique Denieul, maire de la commune de Piré-sur-Seiche a apporté la preuve qu'avec une volonté politique, les restaurants scolaires peuvent s'approvisionner en produits locaux, français et même que la maîtrise de toutes les opérations et la transformation sur place permet de limiter les coûts. "Pour nous, c'était une question d'éducation. On a fait le choix de construire une cuisine où tout est fait sur place. Il faut aller plus loin dans la simplification des marchés publics et surtout, on n'achète pas des denrées alimentaires comme des kilomètres de bitume !".

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