Terra 11 janvier 2018 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Méthaniser, c'est aussi diversifier son activité

Installés à Pipriac (35) en production porcine, Jean-Luc Levesque et son cousin Tanguy ont choisi de diversifier leur activité avec l'installation d'une unité de méthanisation d'une puissance de 250 kw/h opérationnelle depuis un peu plus d'un an.

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Vue d'ensemble de l'unité de méthanisation, avec à droite les serres du maraîcher.
Vue d'ensemble de l'unité de méthanisation, avec à droite les serres du maraîcher. - © Terra

Installé en 1985, Jean-Luc Levesque est rejoint sur l'exploitation quelques années plus tard par son cousin Tanguy. En plus de la production porcine, le Gaec compte un atelier lait. Et c'est finalement une suite de circonstances qui va les amener à s'interroger sur la diversification de leur activité. "Notre vacher avait décidé de s'installer et Tanguy, lui, n'était pas passionné par la production laitière . Sans compter que nous aurions dû faire des investissements car les bâtiments étaient vétustes", explique Jean-Luc Levesque. Si on ajoute à cela un besoin de céréales pour les cochons et un besoin de gestion des effluents, les deux hommes décident d'arrêter l'atelier lait et commencent à réfléchir à un projet de méthanisation. Le premier contact aura lieu au Space en 2013, avant de se rendre au salon biogaz, "avant tout pour voir comment il fallait aborder les choses". Après avoir consulté les banques, les deux associés décident de se lancer. Ils montent la SCEA Ar Kouerien et choisissent de passer par un bureau d'étude. "C'est un choix qui a été important pour monter notre cahier des charges, on ne le regrette pas", témoigne Tanguy Levesque. Dans cette aventure, ils ont aussi apprécié, le travail et la réactivité des organismes bancaires. Après le dossier administratif, il a fallu mener de front une réflexion sur le plan d'épandage, puis la déclaration ICPE, réaliser les demandes de subvention... et contractualiser pour les gisements qui alimentent le méthaniseur. "Notre méthaniseur reçoit les lisiers et fumiers de l'exploitation, ainsi que du marc de pommes d'une cidrerie, les tontes de pelouse d'un paysagiste. On va aussi à la pêche aux déchets de céréales", développe Jean-Luc Levesque. Les déchets solides sont incorporés via une mélangeuse distributrice et le lisier par une pompe en direct.

Un moteur V8

Après environ 55 à 60 jours de rétention, le biogaz alimente un moteur thermique V8 qui fait tourner une génératrice et l'électricité ainsi produite est vendue à EDF avec un contrat de 20 ans et un tarif de 20,5 centimes le kW. Le digestat repart lui sur les terres dans le cadre du plan d'épandage. Par ailleurs, la chaleur produite est envoyée dans les serres d'un voisin maraîcher bio, suite à un contrat d'approvisionnement signé entre les deux exploitations (lire encadré).

Côté technique, l'installation comprend un digesteur et un post digesteur. Ce dernier est à la fois un élément de sécurité et permet également d'augmenter le rendement. Pour gérer au mieux et au plus près l'unité de méthanisation, Jean-Luc et Tanguy Levesque disposent aussi d'une application smartphone. Pour leur méthaniseur, il faut à la fois des spécialistes moteurs, mais aussi de biologie pour gérer les rations des gisements. Un peu à l'image de la gestion de l'alimentation d'un troupeau. "Si on change les ingrédients, on doit le faire progressivement et on prend soin des bactéries".

Enfin, côté financier, l'investissement pour cette installation aura été de 1,7 millions d'euros, avec des subventions de l'Ademe, du conseil régional et du conseil départemental. L'amortissement est programmé sur 7 ans pour la partie co-génération, 10 ans sur tout ce qui est matériel (mélangeuse, bâches, distribution...) et 15 ans sur les ouvrages béton.

- © Terra

La chaleur valorisée chez un maraîcher bio

Ancien salarié de l'exploitation de Jean-Luc et Tanguy Levesque, Damien Hervé s'installe en 2008 en maraîchage et production laitière bio. Il décide finalement de se consacrer au maraîchage et produit notamment courgettes, tomates....

"Je cherchais alors une solution pour chauffer mes serres et comme Jean-Luc faisait partie de la même Cuma que moi, nous avons eu la possibilité d'échanger sur ce sujet et de nous mettre d'accord sur la valorisation de la chaleur de leur méthaniseur", explique Damien Hervé.

Il décide donc d'installer une serre de 5 000 m2 sur une parcelle de 7 000 m2 après avoir réalisé la conversion des terres, juste à côté de l'unité de méthanisation.

Grâce à la chaleur dans les serres, Damien Hervé gagne surtout en précocité. Les premiers plants de tomates ne vont d'ailleurs pas tarder à être plantés. Au printemps, la chaleur permet aussi de lutter contre l'humidité pour éviter des maladies telle que le mildiou.

Jean-Luc et Tanguy Levesque.
Jean-Luc et Tanguy Levesque. - © Terra

Le Gaec en chiffres

2 associés et 3 salariés à temps plein, Cuma intégrale, 380 truies en naisseur-engraisseur, 120 ha de SAU (orge, blé, maïs, cives et un peu de prairie).

Caractéristiques techniques de l'unité de méthanisation :

Capacité du digesteur : 900 m3. Capacité du post digesteur : 500 m3

Rendement électrique du moteur : 39 %. Rendement thermique du moteur : 43 %

Charge organique : 4,6 kg/m3/jour

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