Terra 04 mai 2017 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Produits alimentaires : les circuits de distribution en mutation

La guerre des prix des produits alimentaires que se livrent les distributeurs ne profite finalement à personne. Le dernier observatoire des prix et des marges l'a encore récemment montré. Pour sortir de cette guerre des prix et faire progresser les marges à la production, il va falloir mieux équilibrer les relations commerciales, développer les circuits courts et informer le consommateur. C'est en tous cas l'avis du Conseil économique, social et environnemental que son rapporteur, Albert Ritzenthaler est venu présenter le 31 mars à l'IUT de Pontivy.

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Les circuits courts ont aujourd'hui la confiance du consommateur. Le Cese préconise de les développer, notamment en soutenant des projets alimentaires territoriaux.
Les circuits courts ont aujourd'hui la confiance du consommateur. Le Cese préconise de les développer, notamment en soutenant des projets alimentaires territoriaux. - © La Marne agricole

"Ce n'est pas en jetant la pierre aux uns et aux autres qu'on va s'en sortir. C'est en faisant tous des efforts et en partageant les responsabilités". Les circuits de distribution, leurs évolutions et leurs problématiques, Albert Ritzenthaler les connaît bien. Il est le rapporteur d'un travail du Conseil économique, social et environnemental (Cese) sur le sujet. Et depuis sa publication en mai 2016, Albert Ritzenthaler s'attache à faire vivre l'avis du Cese et à nourrir la réflexion de personnes engagées dans les secteurs concernés, en intervenant dans les ministères, dans les Régions, ou dans les chambres d'agriculture. "On est très écoutés par les politiques", estime le rapporteur pour qui la force du Cese est "d'émettre un avis sur la base du plus grand consensus mais pas d'avoir un avis au rabais". Ce qui suppose "d'aller le plus loin possible" et, remarque-t-il, "c'est sévère dans les négociations". Le travail du Cese a ainsi mis un an à aboutir après de vifs débats entre les 195 membres - agriculteurs et environnementalistes - de la section agriculture.

Le 31 mars à l'IUT de Pontivy, Albert Ritzenthaler présentait le rapport sur les circuits de distribution à des représentants des salariés de l'agroalimentaire, invités comme chaque année par les chambres d'agriculture de Bretagne à une journée de réflexion et d'échanges.

Regagner la confiance du consommateur

Le consommateur a changé. S'il est multiple et parfois contradictoire dans ses achats alimentaires, il y a une tendance lourde vers un consommateur très sensible à ce qu'il peut voir. Il est devenu suspicieux, en quête d'information et de contact avec celui qui produit. Pour Albert Ritzenthaler, il faut "parier sur la qualité" pour regagner la confiance du consommateur. Le Cese préconise notamment de "mieux identifier les signes de qualité". "Les produits sous signe de qualité font l'objet de contrôles par l'Inao. Il ne faut pas que le consommateur les confonde avec les produits de l'année !", souligne le rapporteur. Il faudrait aussi "améliorer la traçabilité", et donc étendre à tous les produits, le travail engagé au niveau européen sur le lait et la viande. Cependant, en faisant la promotion du "manger français", "il ne faut pas se tromper" selon Albert Ritzenthaler : "ce n'est pas une question de chauvinisme. Manger français, c'est plus de qualité, c'est en cela que c'est important, sans parler du coût environnemental". Le Cese propose d'ailleurs de "sensibiliser les consommateurs aux impacts sociaux et environnementaux" des produits qu'il achète. Par exemple via des produits emblématiques dans les supermarchés sur lesquels serait indiquée la part du prix qui revient au producteur, au transformateur, au distributeur. Ou encore grâce au label "Relations fournisseurs responsables" garantissant une charte de bonne conduite dans la répartition de la valeur.

Quant aux circuits courts de distribution - ils représenteraient 8 % du commerce alimentaire aujourd'hui -, le Cese préconise de les développer, notamment en soutenant des projets alimentaires territoriaux et en réimplantant des structures de transformation de proximité.

Améliorer les relations commerciales

Suite aux préconisations du Cese en mai dernier, certaines avancées ont été obtenues en matière de relations commerciales. Et notamment que soit dressé un bilan de la loi de modernisation de l'économie de 2008, que beaucoup accusent d'être à l'origine de la guerre des prix entre distributeurs. Le dernier observatoire des prix et des marges l'a d'ailleurs encore pointé.

Le Conseil économique, social et environnemental se félicite également que les négociations commerciales aient été davantage contrôlées avec parfois "des sanctions très lourdes jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires qui ont quand même calmé un peu les distributeurs", observe Albert Ritzenthaler. Renforcer le rôle des interprofessions et faire des organisations professionnelles des interlocuteurs des négociations sont aussi des conditions pour que les relations commerciales soient mieux équilibrées selon le Cese.

 

44% des consommateurs sont éclectiques

Le Cese a dressé plusieurs constats. La guerre des prix depuis 2010 épuise tous les acteurs, producteurs en premier lieu mais aussi transformateurs et distributeurs, pour des résultats qui se réduisent à peau de chagrin selon l'observatoire des prix et des marges. Et sans finalement que le consommateur soit conscient d'être gagnant de cette guerre des prix, avec des prix agricoles qui ont décroché de 40 % des prix des produits alimentaires depuis 1975. 1975, c'est "une année charnière", souligne Albert Ritzenthaler. Celle du développement de la grande distribution, de l'arrivée de la consommation de masse, et aussi celle du début du décrochage des prix agricoles et alimentaires. "À cette époque on pensait que les supermarchés allaient devenir le seul modèle de consommation. On voit qu'on n'en est plus là". Les consommateurs considèrent les hypermarchés comme trop grands, pénibles... et seulement 56 % y sont toujours fidèles. À contrario 44 % sont "éclectiques" en diversifiant leurs circuits d'achat (marché, artisans, enseignes de proximité...).

Le Cese pointe aussi des déséquilibres entre acteurs : 4 centrales d'achat pour 16 000 entreprises de transformation (dont 98 % de PME) et 450 000 exploitations agricoles. Cela pose forcément souci dans les rapports de force. Sans compter que les interprofessions ne sont pas toujours efficientes, entre autres parce qu'elles sont soumises à la règle de l'unanimité. "Elles ne peuvent pas jouer sur les prix mais elles pourraient sur les volumes". Ce qui représenterait une marge de manœuvre.

Les négociations commerciales, elles, se tendent, avec des pressions extrêmes de la part des distributeurs. "Cela aboutit à la recherche de gains de productivité dans les entreprises de transformation qui se caractérisent déjà par leurs bas salaires. Les conditions de travail sont dégradées, il y a plus de recours à du travail intérimaire pour faire face aux commandes en urgence".


4 propositions du Cese

- Réunir les conditions d'un meilleur équilibre dans les relations commerciales

- Développer les circuits courts par la territorialisation

- Informer le consommateur, s'appuyer sur ses choix et renforcer sa confiance

- Répondre aux enjeux du numérique

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