Terra 23 février 2018 à 09h00 | Par Jean Dubé avec actuagri

Soutenir le modèle français

Le modèle d’élevage français est l’un des plus vertueux, mais ses qualités sont insuffisamment reconnues au niveau national comme international. Au-delà du nécessaire travail des éleveurs pour valoriser leur métier, le secteur attend surtout un message politique positif et cohérent de la part du gouvernement français.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le ministre de l'agriculture est venu clore le congrès de la FNB à Évreux.
Le ministre de l'agriculture est venu clore le congrès de la FNB à Évreux. - © Terra

Le modèle d’élevage bovin français est l’un des plus durables au monde, ont rappelé les différents intervenants au congrès de la fédération nationale bovine (FNB), les 7 et 8  évrier à Évreux, dans l’Eure. "C’est un modèle que l’on a envie de défendre, mais on ne va pas y arriver tout seuls", explique Alexandre Merle, vice-président de la FNB. En France, "on peut jouer sur la compétitivité hors prix", précise-t-il, pour faire reconnaître la qualité des modes de production... à condition d’avoir une PAC suffisamment forte pour accompagner les éleveurs. "Le développement d’autres politiques ne doit pas se faire au détriment de la PAC", soutient Henri Brichart, vice-président de la FNSEA. Le budget sera primordial dans la future PAC pour rester en cohérence avec les enjeux sociétaux.

Des accords de libre-échange déséquilibrés

"Il y a un vrai travail de positionnement de ce modèle français à l’échelle de la planète et des instances internationales, qui pourra permettre de le protéger dans le cadre de ces accords", a rappelé Bruno Dufayet, président de la FNB, devant le ministre de l’agriculture Stéphane Travert. Car ces accords, que ce soit le Ceta, entre l’UE et le Canada, ou celui en négociation avec les pays du Mercosur, mettent en concurrence la viande bovine française avec des viandes produites dans des conditions de durabilité bien moindre. Le président poursuit : "la France apporte son plein soutien à la conclusion d’accords de libre-échange qui, selon l’institut de l’élevage, pourraient aboutir à la disparition de 30 000 éleveurs sur nos territoires ! Le Ceta est déjà appliqué avant même d’avoir été ratifié par nos parlementaires et a ouvert le marché européen à 65 000 tonnes de viandes canadiennes. Des viandes issues de feedlots de 26 000 bovins en moyenne, engraissés aux OGM, aux farines animales, aux antibiotiques ! Un accord avec le Mercosur portant sur un nouveau contingent de 99 000 tonnes pourrait être signé, dans les tous prochains jours, alors même que ces viandes ne présentent aucune garantie sur le plan sanitaire."

 

Préciser la loi EGA

Ces orientations paraissent contradictoires avec la volonté de soutenir le modèle français, affichée dans le cadre des États généraux de l’alimentation dont les professionnels agricoles ont salué la dynamique. "Notre modèle d’élevage n’a d’avenir que si l’éleveur peut nourrir sa famille", rappelle ainsi Emmanuel Bernard de la FNB. "Nous avons besoin d’une loi beaucoup plus précise que celle qui a été présentée la semaine dernière", continue-t-il. Le député Jean-Baptiste Moreau, répond qu’"un certain nombre de choses sont à améliorer", même si la loi lui semble être une bonne base. Il invite donc les éleveurs et les agriculteurs à travailler avec lui pour préciser ce qui doit l’être, avant le passage de la loi à l’Assemblée nationale, fin mars.

 

 

- © Terra

Les éleveurs de bovin ne veulent pas rater le train de la modernité

Sébastien Sachet parlait au nom de la délégation bretonne au congrès de la FNB, à Évreux en Normandie. Pour lui "il ne faut pas se résigner, il faut se battre pour l’élevage allaitant et de veaux de boucherie en France. Imaginer des solutions d’avenir, pour que les éleveurs de viande bovine ne ratent pas le train de la modernité et assurent la pérennité de leur activité". Il ajoute que l’ouverture de pistes de réflexion est primordiale pour pérenniser l’élevage allaitant en France. "Nous pensons en Bretagne qu’il faut ouvrir le débat et réinventer un dispositif de soutien à la viande bovine qui permette un équilibre de marché, et un encouragement des éleveurs à produire par un juste retour de la valeur ajoutée produite. La filière veau a montré le chemin : fin du couplage des aides, modernisation des élevages, colorimétrie, amélioration des prix payés voilà ce qu’ont vécu les producteurs de veau récemment. Il faut maintenir le budget de la PAC et se poser la question du maintien du couplage des aides".

Côté produits, une revalorisation des prix est nécessaire avec le retour de la valeur jusqu’à l’éleveur par la contractualisation.

Mais l'évolution des modes de consommation et des marchés n'est pas forcément favorable : la consommation de viande hachée progresse au détriment des morceaux nobles, une viande hachée peu exportable pour des questions sanitaires. Malgré tout, des marchés s’ouvrent, la Turquie par exemple demande des jeunes bovins dont les cours progressent. Certains abattoirs vont obtenir les autorisations d'exporter cet été vers la Chine. Mais la place de la viande française reste à faire auprès de ces consommateurs.

La liste des services rendus à la société par l’élevage est très longue… mais peu valorisés. L’élevage bovin breton entretient les zones les plus difficiles de la région par son troupeau de vaches et génère une activité économique locale respectueuse de la charte des bonnes pratiques de l’élevage. "Il faudra aussi faire évoluer la fiscalité pour permettre d’inscrire l’élevage allaitant et de veaux de boucherie dans le XXIe siècle".

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui