Terra 20 octobre 2017 à 08h00 | Par Arnaud Haye, chambres d’agriculture de Bretagne

Bœuf français : quelle place en Chine ?

Signe que les consommateurs chinois s’intéressent au bœuf, les importations chinoises de viande bovine explosent depuis quatre ans. Si elle veut profiter des opportunités offertes, la filière française devra d’abord surmonter des contraintes sanitaires puis séduire le consommateur chinois. Malgré un potentiel réel, ce débouché devrait demeurer un marché de niche, au moins à moyen terme.

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Bœuf de race Wagyu.
Bœuf de race Wagyu. - © Sophie Bourgeois

Acteur incontournable des marchés mondiaux du porc, des produits laitiers et du soja entre autres, la Chine se tourne depuis quelques années vers le bœuf. Résultat : ses importations de viande bovine ont triplé en quatre ans ! Le consommateur chinois est traditionnellement friand de porc, mais la hausse de son pouvoir d’achat et l’influence du mode de vie occidental conduisent de plus en plus de personnes vers cette viande. La production domestique étant fortement contrainte, le pays s’oriente logiquement vers l’extérieur pour répondre à cette demande. En 2016, la Chine importe ainsi près de 1,2 million de tonnes de viande bovine, ce qui la place en 2e importateur mondial, derrière les Etats-Unis. Elle est même le premier importateur si l’on prend en compte les flux illégaux en provenance d’Inde, estimés par l’Institut de l’Elevage à 600 000 tonnes. Autrement dit la Chine importe tous les ans l’équivalent de la production française ! Un débouché qui aiguise l’appétit des pays vendeurs. Mais le chemin qui mène à l’Empire du Milieu est semé d’embûches.

Montrer patte blanche sur le sanitaire

Malgré l’importance des besoins, la viande bovine européenne est quasiment absente de Chine. La faute à un embargo sanitaire existant depuis la crise de la vache folle au début des années 2000. Une étape importante est cependant franchie en mars 2017. Les autorités chinoises lèvent partiellement cet embargo pour la France. Pour l’instant, seuls les bovins âgés de moins de 30 moins sont autorisés. Cependant, il faudra attendre entre deux et quatre ans avant que des volumes puissent être expédiés : les exportateurs doivent se soumettre à différentes formalités telles que des audits du système sanitaire, des abattoirs etc. L’expérience montre que les autorités chinoises sont très tatillonnes, ce qui explique la durée du processus.

Séduire le consommateur chinois

Une fois ces obstacles administratifs levés, la viande française, et plus largement européenne, est confrontée à un autre obstacle de taille : la méconnaissance des consommateurs chinois de ce produit. Dans le segment des viandes importées haut de gamme, les chinois ne jurent que par les viandes très persillées issues de bovins de race type Wagyu australien. Cela s’explique par la présence depuis plusieurs années de la viande australienne, qui s’est imposée auprès des chinois comme la meilleure en termes de goût et de qualité.

Depuis quelques années, la viande sud-américaine est de plus en plus présente. Cette viande est plus maigre car l’élevage des bovins se fait à l’herbe. Elle s’impose dans le segment moyen de gamme. Son succès repose sur son prix très concurrentiel et sa disponibilité en volume.

Face à cet état des lieux, la filière française est confrontée à un dilemme évident. Si elle vise le moyen de gamme, elle est confrontée à la forte concurrence sud-américaine et est structurellement incapable de fournir en quantité et en régularité comme peut le faire le Brésil par exemple. Concernant le haut de gamme, la viande française ne correspond pas à l’image de qualité que se fait le consommateur chinois. Pour avoir une chance de percer, la filière française doit faire un gros travail de communication afin de faire connaître et apprécier ses particularités. Elle devra sans doute aussi adapter son offre pour se rapprocher de ce à quoi les chinois sont habitués. Cela nécessite un travail de longue haleine. Dans un premier temps, le débouché chinois devrait donc être un marché de niche. L’Europe du sud et le pourtour méditerranéen resteront pour un moment les destinations stratégiques pour l’export français.


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