Terra 16 juin 2017 à 08h00 | Par Aurélie Parois

Les 25 et 26 avril dernier, toute la filière du veau de boucherie s’était donné rendez-vous

Tous les cinq ans, un des pays concernés par la production et la consommation de viande de veau organise un symposium international destiné aux professionnels de la filière. La France, par l’intermédiaire de son interprofession nationale Interbev, a accueilli cette édition, qui s’est déroulée à La Baule (44), les 25 et 26 avril dernier. Retour sur cet évènement qui a rassemblé 450 participants de 10 nationalités et 40 experts intervenant sur 10 thématiques.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Avec  450 participants, la salle du centre des congrès était pleine.
Avec 450 participants, la salle du centre des congrès était pleine. - © Terra

Le bâtiment du futur 2.0

Le bâtiment d’élevage est un élément clé, contribuant aux réponses à fournir face aux enjeux de bien-être et de santé des animaux, de performance technique, mais également de renouvellement des générations et de développement durable. Ainsi, le Symposium a été l’occasion d’imaginer le "bâtiment 2.0" : un bâtiment connecté, où l’ambiance et la ventilation sont pilotées par les nouvelles technologies, où les tâches les plus pénibles sont automatisées pour que les éleveurs gagnent en confort de travail et disposent de plus de temps pour l’observation sereine de leurs animaux, où caméras thermiques et 3D permettent un suivi en temps réel de l’état physiologique des veaux, un bâtiment à la fois économe en énergie et producteur d’énergies alternatives. Découvrez ce bâtiment dans une animation vidéo sur Internet à l’adresse suivante https ://www.youtube.com/watch ?v=S3lMslJkd-g

La valorisation du cuir de veau

Pour Frank Boelhy, président du Conseil national du cuir, "la particularité de la filière française du cuir s’explique par sa capacité à créer des emplois, à innover et à participer au rayonnement international. La filière cuir représente 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont 10 milliards à l’export" mais, "cette position de leader pourrait se fragiliser". En effet, si le cuir de veaux français est reconnu pour sa grande qualité et que la France est le leader mondial, moins de 20 % des peaux françaises sont transformées en cuirs répondant aux critères de qualité de l'industrie du luxe ; ce chiffre descend à 5 % des peaux dans le cas du "super" premier choix. Les quatre principaux défauts des peaux sont liés à des problèmes en élevage (blessures par les pipettes, boulons, …), au parasitisme (teigne, poux), à l’hygiène des bovins à l’abattage et enfin à la nature de la peau (depuis le début des années 2000, il y a une explosion du nombre de peaux présentant des veines. Or ce défaut est rédhibitoire pour l’industrie du luxe. Ce phénomène pourrait être à relier à la génétique, à la modification des régimes alimentaires,…).

Pour accroître la production de cuir de veaux de qualité, la filière française du cuir a présenté ses propositions. Cela passe, en élevage, par de bonnes pratiques d’élevage (attention à la tonte), des opérations boulons, de la vaccination et à l’abattoir par des formations du personnel afin de conseiller sur les bonnes pratiques de dépouille et de conservation des peaux. Pour Frank Boelhy, il s’agit "d’objectifs simples et d’un partenariat durable entre les différents acteurs", avant d’ajouter que "le prochain défi sera d’être en mesure d’assurer la traçabilité des peaux". La technologie laser est en test afin de graver le numéro du veau sur la peau et ainsi pouvoir remonter au lieu d’abattage et à l’éleveur.


Un usage raisonné des antibiotiques

Pour Jean-Yves Madec de l’Anses, "les débats autour de l’antibiorésistance répondent à un enjeu de santé publique majeur et deviennent une question internationale. Le progrès ne passe toutefois pas forcément par le "zéro antibiotique", et la question des alternatives mérite réflexion, sans négliger les pistes d’amélioration que sont la qualité des jeunes veaux, le bâtiment, etc…". Corinne Jauréguy, vétérinaire, a rappelé les initiatives françaises engagées à l’instar du plan Écoantibio 2011-2016 qui avait pour objectif de diminuer de 25% l’usage des antibiotiques dans toutes les filières animales. En 2015, Interbev veaux a également lancé une vaste campagne de sensibilisation des acteurs de la filière : une action qui a débouché sur une charte interprofessionnelle de bonne maîtrise sanitaire et de bon usage des traitements médicamenteux signée par 63% des éleveurs de veaux.


Animal et société

Aujourd’hui, selon Christine Roguet, ingénieur agronome et chef de projet à l’Ifip Institut du porc, "les débats de société sont très vifs et universels entre les pays d’Europe en particulier. La question environnementale était prégnante dans les années 80 ; celle du bien-être animal a commencé à se poser dans les années 90 ; la prise en compte de la santé humaine en lien avec l’usage des antibiotiques a été très présente à partir des années 2000, et depuis on observe une critique générale de l’élevage dans sa globalité". Le débat est désormais philosophique et porte d’avantage sur le droit animal et sa place face à l’homme et à la société. La filière veau est consciente de ces changements : évolution des systèmes d’élevage et transparence sur les pratiques doivent faire partie de sa feuille de route. C’est dans cet esprit, qu’en France, l’interprofession Interbev a amorcé des relations avec quatre ONG welfaristes, qui œuvrent pour une amélioration des conditions d’élevage mais pas contre l’élevage d’animaux. Enfin, Bert Van den Berg, responsable de projet pour une ONG néerlandaise de protection animale, a présenté la démarche "Beter Leven" créée en 2007 aux Pays-Bas et reposant sur la mise en place d’un label bien-être.

La filière est également confrontée à l’évolution de l’alimentation. Tout comme les autres viandes de boucherie, la consommation de viande de veau s’érode depuis quelques années. Parmi les raisons principales, trois semblent se démarquer : la crise économique qui pousse les consommateurs à choisir d’autres protéines moins coûteuses, l’insuffisante présence à l’esprit de la viande de veau (particulièrement chez les jeunes), et l’évolution du comportement du consommateur "zappeur" : sur 14 repas par semaine, le consommateur va investir de l’argent sur 3 à 4 repas mais sur les 10 autres non. Dans une réflexion sur la segmentation du marché, ce phénomène est à prendre en compte.

Le consommateur a également un nouveau comportement pour faire ses courses avec le développement du drive notamment. Dès lors, Olivier Dauvers, expert en grande distribution, a expliqué que pour attirer de nouveaux les clients, les points de vente doivent répondre à ces évolutions en métamorphosant leurs rayons, en ré-enchantant la zone "marché" (fruits, légumes, boucherie, poissonnerie) et en proposant des produits adaptés aux attentes de rapidité et de praticité des consommateurs, à l’instar du haché de veau qui a le vent en poupe grâce à son rapport prix/ goût/ praticité.

Pour Nathalie Hutter Lardeau, nutritionniste, la filière veau a également tout intérêt à rappeler les qualités nutritionnelles du produit car "la nutrition remobilise par rapport à la santé et à la prévention". En effet, la viande de veau a toute sa place dans un régime alimentaire sain et équilibré : elle apporte tous les nutriments essentiels (fer, protéines, minéraux et vitamine B12). D’ailleurs la viande de veau est la plus riche en vitamine B12 !

Ce symposium a permis de tracer des perspectives pour relever les différents défis auxquels sera confrontée la filière veau dans les années à venir.

 

 

Sébastien Sachet, éleveur en Ille-et-Vilaine, responsable veau à la FDSEA 35
Sébastien Sachet, éleveur en Ille-et-Vilaine, responsable veau à la FDSEA 35 - © Terra

Il a dit

Le bâtiment de demain doit être à énergie positive, c’est-à-dire produire plus d’énergie qu’il n’en consomme. Cela passera par le solaire thermique, le photovoltaïque, la méthanisation … tout est à imaginer ! Du côté des équipements, l’automatisation de la distribution des aliments doit nous libérer, nous éleveurs, des tâches les plus pénibles et répétitives. Loin de nous éloigner des veaux, ces équipements doivent nous permettre de gagner du temps pour observer sereinement nos animaux. La filière veau doit prendre le tournant technologique pour se moderniser et attirer des jeunes.

 

 

 

Laëtitia Bouvier, éleveuse en Ille-et-Vilaine, responsable veau à JA 35
Laëtitia Bouvier, éleveuse en Ille-et-Vilaine, responsable veau à JA 35 - © Terra

Elle a dit

Je retiendrai de ce symposium le message de la filière cuir, qui est en demande de cuir de veau de très haute qualité. Ce à quoi j’ai répondu que les éleveurs étaient prêts à consentir des efforts pour améliorer la qualité du cuir de leurs veaux mais avec un juste retour de la valeur ajoutée vers eux.

 

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui