Terra 29 septembre 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

Le bien-être animal, nouvel enjeu de l'élevage

Le mouvement L214 et quelques autres se sont depuis des années spécialisés dans les attaques médiatiques. Leur ambition est claire, pour supprimer les souffrances animales, il faut : fermer les élevages, fermer les abattoirs, promouvoir le "véganisme". Lors du Space, les coopératives se sont interrogées sur la nécessité de remettre de l'éthique dans l'assiette, non pour répondre à ces activistes de la cause animale, mais pour s'adresser au consommateur, trop souvent perturbé par les images et les messages. Faudra-t-il demain proposer un nouveau label ? Ouvrir les fermes ? une quasi certitude : l'immobilisme n'est plus permis. Coop de France Ouest a donné la parole à des acteurs des filières d'élevage.

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- © Claudine Gérard

La question du bien-être animal s'invite de plus en plus fréquemment dans les élevages. Yves-Marie Beaudet, producteurs d'œufs et responsable professionnel bien être animal au CNPO, rappelle que Casino a fait le choix de ne plus vendre d'œufs de poules élevées en cage. Cette décision "prise sans aucune concertation avec la profession", s'est accompagnée d'un "discours dénigrant l'élevage traditionnel. C'est sans doute ce qui est le plus grave".

Jeter le trouble

Casino qui représente 1,5 % du marché a une clientèle essentiellement urbaine, voire d'hyper-centre. Mais en prenant cette décision, cette enseigne de la grande distribution a jeté le trouble dans l'esprit de tous les consommateurs, très mal informés sur le sujet. Les éleveurs ont le sentiment d'être constamment mis sur la sellette alors qu'ils estiment avoir déjà répondu à beaucoup de demandes. Selon Yves-Marie Beaudet "il a fallu s'adapter à pas moins de trois réglementations successives". "Les éleveurs ont investi plus d'un milliard d'euros de travaux dans les mises aux normes, et réalisé des investissements qu'ils vont devoir amortir sur 10 à 12 ans minimum. On ne peut pas prendre de tels virages. Passer tous les animaux en plein air nécessiterait 30 à 35 € d'investissements supplémentaires par poule et de trouver pas moins de 20 000 hectares de parcours. C'est tout simplement impossible", explique-t-il en rappelant que l'éleveur est le premier sensibilisé à la santé et au bien-être de ses animaux.

Apprendre à se parler

Cette question du bien-être animal est-elle une préoccupation réelle, une véritable attente sociétale ? Ou alors ne s'agit-il que d'un épiphénomène, voire un levier médiatique dont se servent certains ? Claude Guillaumot, directeur qualité du groupe Terrena a son idée sur le sujet : "L'urbanisation des consommateurs a créé une rupture du lien avec l'élevage". Il est clair qu'aujourd'hui cette question sensible est installée au centre des débats."Il n'est  pas possible de s'affronter en permanence. Il va falloir apprendre à se parler, d'autant que les distributeurs sont extrêmement sensibilisés à ces questions" insiste-
t-il, conscient qu' "un seul acte mal réalisé peut détruire tout le capital confiance et tous les efforts réalisés par la filière".

Et "comme il n'est pas possible d'amener tous les consommateurs dans les fermes... il faudra amener demain les agriculteurs dans les magasins !", suggère Philippe Goetzmann, directeur des relations institutionnelles d'Auchan. Et d'ajouter : "Il faudra aussi occuper l'espace public, ne pas laisser totalement libre cet espace de communication, comme c'est le cas actuellement".

Dans le Nord de l'Europe, cette question du bien-être animal est l'enjeu de débats virulents, voire violents. Ils sont beaucoup plus feutrés dans le Sud. Dit de manière plus diplomatique : "La question du bien-être animal est très corrélée avec le pouvoir d'achat". Mais le consommateur sait-il réellement de quoi il parle ?

Faire bouger les lignes

Pour autant, lorsque l'on regarde la façon dont cette question s'est imposée, on voit bien qu'il ne sera pas faire possible de faire marche arrière. Plusieurs directions sont possibles et ont d'ailleurs déjà été appliquées dans certains pays."Faire bouger les lignes en faisant évoluer les pratiques semble indispensable". Christine Roguet, chef de projet au pôle économique de l'Ifip-institut du porc, cite plusieurs points essentiels : "aller vers des accès au plein air, supprimer les cages, supprimer les mutilations, castration, dents, queues..." et "s'inscrire dans une démarche de progrès" . La question, essentielle pour les éleveurs, est de savoir si cette évolution des pratiques est une simple réponse obligatoire aux demandes des consommateurs ou s'il s'agit d'une démarche qui se doit d'être rémunérée.

Aux Pays-Bas ou au Danemark, la proportion des labels officiels mentionnant le bien-être animal représente jusqu'à 30 % du marché. Le producteur pouvant obtenir des gradiants de prix supplémentaires en fonction des efforts réalisés. En France aujourd'hui, ces labels ou certification n'existent que de façon marginale. Et bien sûr créer un label ou une certification jettera dans un premier temps le trouble, voire le discrédit sur tous ceux qui ne feront rien. De plus, si cette nouvelle segmentation crée une "niche de marché" nouvelle, elle augmentera l'écart entre d'un côté le "standard" et le bio, si ce dernier est reconnu comme le top des normes environnementales et de bien-être animal.

Jean-Yves Ménard, responsable du dossier bien-être animal à Coop de France savait qu'il n'abordait pas un sujet facile en ouvrant cette conférence. Mais le fait que ce sujet soit abordé publiquement (même si les quelques manifestants de L214 étaient restés à l'extérieur de l'enceinte du Space), face à une salle comble, montre bien qu'un pas a déjà été franchi, que les acteurs des filières ont d'ores et déjà intégré ces questionnements. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir s'il faut faire, mais quoi faire, comment, quand et avec qui ?

Une étude à l'échelle européenne

La Commission européenne a interrogé en novembre et décembre 2015 près de 28 000 citoyens des 28 Etats-membres, sur le bien-être animal. Sans surprise, 94 % des Européens considèrent qu'il est important de protéger le bien-être des animaux d'élevage. Les scores les plus élevés sont enregistrés au nord de l'Europe. Qu'entend-on précisément par bien-être animal ? 46 % des Européens estiment qu'il s'agit de respecter tous les animaux. 40 % pensent que c'est leur offrir une meilleure qualité de vie. Les réponses deviennent plus floues et un peu contradictoires au fur et à mesure des questions. 64 % des Européens aimeraient avoir plus d'informations sur les conditions dans lesquelles les animaux d'élevage sont traités dans leur pays. Le consommateur ignore ce qui se passe dans les élevages. Pas étonnant alors que la diffusion d'images choc et l'absence d'images contradictoires, le perturbe. 89 % des Européens estiment qu'une obligation légale de prendre soin des animaux devrait s'imposer au niveau de l'UE pour toute personne qui utilise des animaux à des fins commerciales. 43 % des Européens estiment que cette question du bien être animal devrait être traitée entre les pouvoirs publics et les entreprises. 52 % des Européens rechercheraient un label avec les notions de bien être animal au moment de l'achat, 40 % non, et ils sont 10 % à ignorer l'existence de tels labels. 59 % des Européens seraient prêts à payer plus cher pour un produit labelisé, mais ils sont 35 % à le refuser tout net considérant qu'il s'agit là d'une obligation de production.

Le véganisme

Le véganisme s'inscrit dans une action générale pour la défense des droits des animaux consistant en une pratique alimentaire végétalienne excluant donc la viande et le poisson, les produits laitiers, les œufs et le miel. Le véganisme exclut la consommation de tout produit issu des animaux, de leur exploitation ou testé sur eux. Il exclut également l'utilisation d'animaux dans le cadre des loisirs (chasse...).

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