Terra 22 mars 2018 à 14h00 | Par Propos recueillis par Hélène Bonneau

"La notion de coût de production moyen n'a pas de sens"

Il était l'Invité de la session de la chambre d'agriculture de Bretagne lundi dernier à Mûr-de-Bretagne (22). Direct et franc, le président de l’observatoire de la formation des prix et des marges alimentaires ne mâche pas ses mots. Outre une remise en question de l'introduction des coûts de production dans la construction du prix, Philippe Chalmin estime que les changements d'attitudes ne viendront pas par la loi mais via un travail de fonds pour changer les mentalités et apprendre à travailler ensemble.

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© HB

Quel est le rôle de l'observatoire des prix et des marges alimentaires que vous présidez ?

Philippe Chalmin. Dans un contexte marqué par d'extrêmes tensions entre les distributeurs, les transformateurs et les agriculteurs, l'observatoire est un outil de transparence sur les prix du champ à l'assiette. Le rapport annuel que nous remettons, signé par toutes les parties prenantes, doit être au service de tous. L'observatoire doit être un lieu neutre pour s'exprimer de manière complétement indépendante. Je ne suis pas plus vendu à la distribution que je ne défends le monde agricole. Trois équivalents temps plein travaillent pour l'observatoire et notre rôle est de constater l'évolution des prix agricoles à partir des élements que nous collectons. Aujourd'hui, nous récupérons facilement les données de la part de la grande distribution, c'est moins facile avec certains transformateurs. Si nous parvenons à établir quelles sont les marges brutes, l'établissement rigoureux des marges nettes est plus compliqué à calculer au stade du rayon (magasin), car il faut également estimer les frais financiers, immobiliers... que nous n'avons pas toujours.

 

Que pensez-vous du "juste prix" que réclament les agriculteurs ?

P. C. Le juste prix est extrêmement difficile à définir puisqu'il y a autant de justes prix qu'il y a d'exploitations agricoles. On peut se dire spontanément que le juste prix est ce qui permet de couvrir les coûts de production et une juste rémunération. Mais d'autres indicateurs peuvent être intégrés comme le prix à la marque, un prix à la reconstitution des réserves... et même le juste salaire de l'agriculteur qui entretient la nature. Or, confronté à des prix mondiaux, quel est le juste prix ? Celui de la rencontre entre l'offre et la demande. L'agriculteur n'a alors qu'autre choix que d'essayer de s'adapter à des prix agricoles qui sont passés du stable à l'instable. Pour autant, si depuis 2006 nous assistons à un détricotage complet des prix agricoles face à une guerre des prix bas, le consommateur a pu noter une stabilité des prix des produits alimentaires de base, qui n'ont presque pas bougé depuis dix ans.

 

Le projet de loi des États généraux de l'alimentation serait-il donc déjà caduc ?

P. C. La notion de coût de production moyen n'a pas de sens. Chacun a sa propre vérité sur le sujet. Cependant, le coût de production, auquel les EGA font référence, est un élément dont nous pouvons tenir compte dans un certain nombre de productions où l'impact du prix extérieur est moins important. Notamment dans la construction d'un contrat laitier où le prix de marché interviendra via les cours mondiaux du beurre et de la poudre de lait. La valorisation des matières premières utilisées pour l'ulta-frais et le fromages peuvent également être pris en compte de manière dissociée en fonction du mix de chaque laiterie, de chaque entreprise.

Ceci dit, à grande échelle, cela restera difficile à mettre en place. D'autant que le coût de production est de plus en plus difficile à mesurer.

Par ailleurs, les articles relevant du seuil de revente à perte et de l'encadrement des promotions me semblent symboliques. S'il est certain que le consommateur doit comprendre que les produits alimentaires ont une valeur, les mentalités ne changeront pas avec des textes de lois.

 

Comment dans ce cas, conserver une agriculture française performante ?

P. C. Je suis dans l'horrible position de l'économiste sans cœur. Bien entendu, j'aimerais dire que je crois au juste prix, mais chacun le voit avec sa propre vision du juste... En revanche, ce que je crois, c'est qu'il faut s'adapter à ce passage à l'instable en allant à l'encontre des nos vieilles traditions françaises et entrer dans une logique de contractualisation de long terme où l'ensemble des parties prenantes (production, transformation, distribution) sont capables de prendre des risques.

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