Terra 22 mars 2018 à 15h00 | Par Chantal Pape

Lutter contre l'antibiorésistance, un travail de longue haleine

Alors que le plan Ecoantibio 2 s'est mis en place l'an passé, la maison de l'élevage du Finistère a profité du festival Agri Deiz pour organiser un colloque sur l'antibiorésistance. Vrai problème de santé publique, elle provoquera, si rien n'est fait, plus de décès que le cancer à l'horizon 2050. Mais à condition que chacun y mette du sien, médecine de ville, hospitalière et vétérinaire, les raisons d'espérer sont là !

Abonnez-vous Réagir Imprimer
De gauche à droite : André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, Jean-François Tréguer, président de l'association régionale sanitaire de Bretagne, et Cyrielle Le Page, chargée de mission santé et protection animale à la Draaf Bretagne.
De gauche à droite : André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, Jean-François Tréguer, président de l'association régionale sanitaire de Bretagne, et Cyrielle Le Page, chargée de mission santé et protection animale à la Draaf Bretagne. - © Terra

"Quand les antibiotiques sont apparus, pendant la Seconde Guerre Mondiale, ils ont été considérés comme un produit miraculeux, qui a transformé la médecine", rappelle Antoine Andremont, pédiatre et professeur émérite à la faculté de médecine de Paris-Diderot. Aujourd'hui, impossible d'imaginer une réanimation, une greffe, une chimiothérapie ou de la chirurgie lourde sans eux...

Autant de morts que sur la route

Victimes de leur succès, les antibiotiques ont été utilisés massivement, en médecine humaine comme en élevage ou chez les animaux domestiques. Et les bactéries sont peu à peu devenues résistantes. S'il y a 20 ans, ce phénomène était totalement inconnu, "aujourd'hui, en Europe, 25 000 personnes décèdent tous les ans à cause de cette antibiorésistance, autant que les accidents de la route", indique Jean-Yves Madec, directeur scientifique à l'Anses, l'agence nationale de sécurité sanitaire. "Et si on ne fait rien, on estime qu'à l'horizon 2050, elle provoquera 10 millions de morts par an dans le monde, plus que le cancer", rajoute le professeur Andremont.

Une antibiorésistance que l'on va acquérir lors de traitements antibiotiques répétés mais aussi au contact d'individus ou d'animaux excrétant des bactéries résistantes, ou lors de voyages dans les pays tropicaux, où l'antibiorésistance est bien plus développée que sous nos latitudes. "Une étude, sur près de 600 Français, a démontré qu'en moyenne 50 % d'entre eux sont revenus de voyage avec des bactéries résistantes : 31 % de ceux qui s'étaient rendus en Amérique du Sud, 47 % de ceux qui avaient été en Afrique et 72 % de ceux qui avaient voyagé en Asie du Sud-Est".

Un plan Ecoantibio efficace

Même s'il est un problème encore invisible, l'antibiorésistance commence à alerter. Au niveau mondial, l'ONU ou l'OMS ont déjà tiré la sonnette d'alarme. "Il faut appuyer sur le frein, en diminuant les consommations inutiles". C'était tout l'esprit de la communication "les antibiotiques, c'est pas automatique", lancée il y a quelques années. Mais si les résultats avaient alors été au rendez-vous, la consommation en médecine humaine est repartie à la hausse. Et Antoine Andremont de citer les Pays-Bas, qui utilisent trois fois moins d'antibiotiques par personne que la France. "Et ils n'ont pas plus de soucis que nous pour soigner les gens".
Dans le monde, les animaux reçoivent, en moyenne, quatre à cinq fois plus d'antibiotiques que les humains. Mais là aussi, la prise de conscience a eu lieu. Ainsi, l'Europe a interdit l'usage des antibiotiques comme facteurs de croissance pour les animaux d'élevage dès 2006. Et la France a adopté son premier plan Ecoantibio en 2012. Un plan couronné de succès puisqu'en cinq ans, "l'exposition des animaux aux d'antibiotiques a diminué de 37 % en moyenne, de 40 % pour le porc, la volaille et le lapin", détaille Cyrielle Le Page, chargée de mission santé et protection animale à la Draaf Bretagne. "Et même de 81 % pour les AIC, les antibiotiques d'importance critique que sont les céphalosporines et les fluoroquinolones", rajoute Jean-Yves Madec.

Un travail d'équipe

"Contrairement aux idées reçues, on a su faire", souligne André Sergent, le président de la chambre d'agriculture du Finistère. "Je reste optimiste, indique Jean-François Tréguer, président de l'ARS, l'association régionale sanitaire de Bretagne, alors que se met en place le plan Ecoantibio 2, 2017-2021. On a su mener un vrai travail d'équipe, avec tous les acteurs de la santé animale. Revenir aux fondamentaux que sont l'hygiène, la prévention, les bonnes pratiques d'élevage". "Et l'observation de nos animaux", rajoute André Sergent. Un travail de longue haleine, à poursuivre sans relâche pour que diminuent les bactéries résistantes.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes