Terra 10 juin 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Paul Jégat

"Etre présent sur l'ensemble du territoire"

Georges Galardon préside la représentation bretonne de la structure Coop de France Ouest. Pour celui qui est aussi président de la plus importante coopérative bretonne, Triskalia, la mission n'est pas simple en ces temps de crise. Les situations sont tendues dans les entreprises comme elles le sont dans les exploitations agricoles qui, dit-il, sont "le prolongement" des coopératives. Dans l'Ouest et particulièrement en Bretagne, celles-ci sont omniprésentes.

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Georges Galardon, co président de Coop de France Ouest et président de Triskalia.
Georges Galardon, co président de Coop de France Ouest et président de Triskalia. - © Terra

La conjoncture est difficile pour les productions d'élevage. Les coopératives de l'Ouest sont-elles fragilisées ?

Georges Galardon. Il faut tout de même se rappeler que les coopératives sont dans le prolongement des exploitations agricoles. En conséquence, si la situation est difficile pour les agriculteurs, elle l'est forcément pour les coopératives. Cela d'autant plus que le problème flagrant aujourd'hui, c'est bien celui du manque de trésorerie et que les banques ne financent pas au-delà de ce qu'elles peuvent couvrir. Alors ce sont les coop qui prennent le relais, nous sommes donc bien en phase avec nos adhérents. Et nous avons aussi les mêmes difficultés.

Dans ce climat très tendu, la relation entre les coopératives et leurs adhérents n'est-elle pas compliquée ?

G.G. C'est vrai, que le niveau des chiffres d’affaires est parfois important. Mais cela ne reflète pas les résultats, qui eux restent modestes, de l’ordre de 0,5 % du chiffre d'affaires. Cependant, dans une conjoncture compliquée, les agriculteurs ont parfois du mal à comprendre. Aujourd’hui, leur souci principal, c'est de disposer d'une trésorerie. C'est pour cette raison que nous coopératives, nous accompagnons nos adhérents dans la mesure du possible. Et nous les aidons à investir pour garder leur compétitivité. Tout comme nous devons investir également pour préserver notre propre compétitivité.

Cette nécessité pour les coop d'investir est-elle comprise ?

G.G. Quand un agriculteur n'a pas de trésorerie, il se retourne logiquement vers tous ceux qui pourraient lui permettre de se renflouer. Mais nous sommes obligés de raisonner plus globalement pour préserver la pérennité de nos filières, tout en accompagnant à court terme nos adhérents dans la mesure de nos capacités. Cela dit, c'est vrai que dans un marché tendu comme c'est le cas actuellement, c'est un exercice très compliqué.

Les coopératives sont nées de la volonté des agriculteurs de maîtriser la commercialisation de leurs productions. Cette ambition est-elle toujours d'actualité, comment se décline-t-elle ?

G.G. Bien-sûr, c'est toujours notre volonté de mettre en commun l'ensemble de nos productions. C'est le but de la coopération, cela nous permet d'avoir une meilleure rémunération de nos productions, équivalente entre chaque coopérateur. Le plus important est bien de nous organiser ensemble pour proposer nos produits à nos clients que sont les enseignes de la grande distribution, les centrales d'achat et plus globalement ce qu'on appelle les marchés. Mais n'oublions pas pour autant les difficultés de nos adhérents. Nous devons faire face à tout cela.

Malgré tout, les coopératives ne sont pas des entreprises comme les autres !

G.G. C'est vrai, elles ne sont pas des entreprises comme les autres car nous n’avons pas la même finalité ni la même gouvernance. Pour autant, les coopératives sont aussi dans l’économie de marché, ce qui nécessite une gestion drastique pour maintenir leur cap. Notre grande différence est que, lorsque nous avons du résultat, il est aussitôt retourné aux adhérents.

Les pouvoirs publics reconnaissent-ils cette différence ?

G.G. Je pense que les pouvoirs publics comme les politiques connaissent cette particularité coopérative, du moins je l'espère ! De là à la défendre, ce n'est pas toujours aussi clair. Nous avons par exemple été surpris des positions des politiques lorsque le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) s'est mis en place et que les coopératives ont été écartées de ce dispositif. Cette impossibilité pour nous d'en bénéficier a constitué un manque à gagner colossal. Et nous attendons toujours une compensation que l'on nous promet depuis quelques temps déjà. Un accord de principe sur cette compensation a bien été validé mais nous attendons sa mise en place.

L'implantation coopérative est-elle plus importante à l'Ouest que sur l'ensemble du territoire ?

G.G. C’est le cas à double titre : d’abord parce que la part des agriculteurs qui s’organisent en coop est plus forte qu’ailleurs, avec 9 agriculteurs sur 10 dans l’Ouest, contre 3 sur 4 au plan national. Ensuite, parce que les outils coopératifs de l’Ouest ont une place importante et croissante dans les filières alimentaires. Les coop sont présentes partout sur le territoire, même dans les zones difficiles, ce qui n'est pas le cas des entreprises industrielles classiques ou de négoce qui ne s'implantent pas dans les zones où la densité du tissu économique est moindre. Nous, notre volonté est d'être présents là où sont nos adhérents, sur l'ensemble du territoire, ce qui génère quelquefois des problèmes de rentabilité. Mais nous sommes là pour rendre service à nos adhérents, c'est même notre raison d'être. Notre proximité leur permet de s'approvisionner et de vendre leurs produits. D'autres grandes entreprises non coopératives ferment les portes dès que la rentabilité n'est plus là. A contrario, nos coop sont contraintes de se réorganiser et de se regrouper pour préserver leur rentabilité qui permet cette implantation sur tout le territoire.

 

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