Terra 31 mars 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

"Le soutien d'un groupe quand j'étais en miette"

En 2012, Monique Mouvaux, maraîchère bio en Côtes d'Armor, décroche épuisée. Le burn-out. En participant aux ateliers "Avenir en soi", elle se reconstruit au sein d'un groupe uni et solidaire.

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L'épuisement physique extrême, ou burn-out, fait partie des maladies professionnels qui peuvent toucher les agriculteurs.
L'épuisement physique extrême, ou burn-out, fait partie des maladies professionnels qui peuvent toucher les agriculteurs. - © Bruno Compagnon

Monique Mouvaux a voué une passion exclusive à son travail pendant trente ans. Installée seule sur son exploitation maraîchère en agriculture biologique, elle élève ses deux enfants, seule également. Petite femme à l'allure frêle, elle a fait face : mener de front l'éducation de ses enfants, gérer la ferme et le travail au quotidien.

Mais un jour, les premiers signes d'épuisement apparaissent. "Cela faisait 2-3 ans que je sentais une fatigue extrême", décrit-elle. En 2012, c'est la rupture, le burn-out, son corps lâche, ne répond plus, elle est à bout de force. "J'étais tellement épuisée que je n'arrivais plus à m'alimenter. Je me suis sentie mourrir", témoigne-t-elle de sa voix douce.

L'agricultrice plonge dans une situation précaire : installée seule, sans chômage, ni indemnités journalières, elle n'a plus de revenu. Aidée de la MSA, elle va peu à peu trouver le chemin et sortir de cet effondrement général.

Un groupe uni et solidaire

C'est une assistante sociale de la MSA qui, dans un premier temps, aide Monique à sortir de cette précarité immédiate par le versement d'une petite pension d'invalidité. Puis, elle intégre le programme d'accompagnement "Avenir en soi", encadré par deux animatrices de la MSA. Au sein d'un groupe composé de quatre autres agriculteurs et agricultrices, également en situation difficile, le travail de reconstruction durera une petite année, à raison d'un après-midi par semaine. Pour Monique, c'est une véritable renaissance qu'elle décrit comme "une remise en vie". "Le groupe fut pour moi un soutien protecteur pendant un an. Nous étions unis comme les 5 doigts de la main. Il y avait entre nous une confiance bienveillante, une écoute réciproque et aussi... de la tendresse. Le cadre pédagogique a créé une véritable alchimie entre nous", décrit-elle. Au sein d'un groupe soudé, entourés de la sollicitude des accompagnatrices, les participants parviennent à raconter leur parcours de vie, à se confier. Les barrières finiront par tomber, les certitudes aussi... "Chacun a présenté au groupe un autre projet de vie. Pour certains, cela était totalement inimaginable", rapporte Monique. Puis, le travail de groupe a pris fin, le groupe s'est dispersé, chacun a repris les rênes de sa vie. Un temps de sevrage sera nécessaire : "Tous les cinq, nous avions besoin de nous téléphoner, de refaire le bilan. Aujourd'hui, nous sommes toujours un peu en contact", explique-t-elle.

La vie d'après

Depuis le 1er janvier 2016, Monique Mouvaux n'est plus agricultrice. Elle cultive toujours un bout de jardin pour subvenir à ses besoins alimentaires et exerce l'activité d'auxiliaire de vie auprès de son père âgé. Ses enfants sont grands et autonomes. L'ex-agricultrice l'avoue : il lui a fallu un long travail de libération du regard sociétal pour se réaproprier ses valeurs profondes. "Physiquement, je ne pouvais plus. Or, je croyais qu'en n'étant plus maraîchère bio, je ne serais plus rien aux yeux des autres. Il m'a fallu deux ans pour faire le deuil de mon métier", dit-elle. Du temps, elle en a maintenant pour s'occuper des autres et d'elle-même. Bien dans sa nouvelle vie, elle conserve une grande gratitude envers le service social de la MSA. "Bon sang", conclut-elle, "il y a une vie après l'agriculture".

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