Terra 12 janvier 2018 à 08h00 | Par Stéphane Bréhier

À la découverte de l'agriculture malgache

Destination Madagascar pour neufs bretons emmenés par Afdi Bretagne du 19 octobre au 3 novembre dernier. Combinant voyage d’étude agricole et de tourisme solidaire, ils ont, pendant deux semaines, vécu au cœur de l’île rouge.

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Le groupe de bretons visite les exploitations malgaches.
Le groupe de bretons visite les exploitations malgaches. - © Terra

Après 11 heures de vol entre Paris et Tananarive, les neuf bretons aux profils variés (travailleuses sociales, maraîcher bio retraité, éleveurs de porcs ou laitier et présidents de syndicat ou coopérative agricole, animatrice syndicale, salariés de la chambre d’agriculture ou du ministère de l’agriculture) mettent le cap à l’ouest pour Tsiroanomandidy, ville moyenne, à 210 km de la capitale. Chef lieu du Bongolava, l’une des 22 régions malgaches située au centre de l’île, elle accueille le siège de l’organisation paysanne Apdip (Association des paysans pour le développement inter-professionnel) dont Afdi Bretagne est partenaire. Le rayon d’action des techniciens agricoles de l’Apdip est de 80 km. Accompagné par Joseph Rouxel, éleveur de porcs costarmoricain retraité et administrateur d’Afdi Bretagne, le groupe découvre d’abord les difficultés de l’agriculture malgache avant une deuxième partie de séjour plus touristique. Aussi, les bretons cheminent à raison de haltes d’une à deux nuits chez l’habitant dans quatre des vingt groupements paysans de base constituant cette association, au prix de plusieurs heures de piste en 4 x 4 parfois éprouvantes entre ces villages. Toujours d’abord accueillis par le doyen du village, l’échange s’établit avec des agriculteurs du groupement lors d'une visite des exploitations.

L'Apdip assure formation et conseil

C’est l’occasion d’apprécier le travail de vulgarisation agricole assuré par les techniciens de l’Apdip incitant à alterner maraîchage et riziculture, voire d’associer pisciculture et riziculture, le riz étant la base de l’alimentation malgache. "Adopter le système de riziculture améliorée (SRA) ou le système de riziculture intensive (SRI) permet de doper les rendements (3 à 5 t/ha en SRA, 4 à 12 t/ha en SRI contre 0,5 à 2 t/ha en riziculture traditionnelle) ", souligne Jeannot Hiano, technicien agricole de l’Apdip, et ce, sans utilisation d’intrants chimiques, principalement grâce au repiquage précoce qui favorise le tallage du riz. Cultivé dans les bas fonds irrigués, le travail s’y fait à la main alors que cultures en terrasse (manioc, maïs, soja …) sur les bassins versants et cultures sur brûlis (feux de brousse à l’effet érosif dévastateur) sur les plateaux permettent le recours à la traction presque exclusivement animale.

Le vol organisé de zébus : une calamité qui s'aggrave

Le zébu, presque unique moyen de traction et source de matière organique, a une importance cruciale dans l'économie agricole malgache. Mais le vol organisé de zébus (avec la complicité de fonctionnaires malgaches corrompus) s’intensifie, décourage et terrorise (jusqu'à mort d'hommes) la population rurale, quasi exclusivement agricole. Depuis le début de l’année, un village a ainsi dénombré plus d’une centaine de zébus volés. Aussi, pour suppléer gendarmes et militaires défaillants pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, certains se résignent à constituer des patrouilles nocturnes de jeunes éleveurs.

Des installations nombreuses

Des jeunes entravés mais pas résignés... "L’Apdip accompagne 107 installations depuis 2014", se réjouit Simone Randriamaromanana, sa directrice. Formations initiales, aide financière et suivi technico-économique, les trois premières années d’installation constituent son action. Afin de pérenniser la dynamique de l’installation aidée, l’aide financière prend ici la forme d’un prêt sans intérêt remboursable sur trois ans. Le prêt peut sembler modique (maximum 700 000 ariary soit 200 euros) mais il est à la hauteur des projets, modestes, tant par la superficie cultivée (0,5 à 0,7 ha) que par la taille de l’atelier (à terme 100 poules et poulets malgaches, par exemple). Il constitue cependant un réel coup de pouce quand le financement est habituellement exclusivement à court terme et au taux dissuasif de 3 à 4 % par mois. Explosion démographique oblige, le développement de l’agriculture malgache est impératif. En 2013, les Nations Unies projetaient pour Madagascar une population de 55,5 millions en 2050, soit plus du double d’aujourd’hui.

- © Terra

80 % de la population malgache sous le seuil de pauvreté

À 8 800 km de Paris, Madagascar est la cinquième plus grand île du monde (587 000 km² soit un peu plus grande que la France) peuplée de plus de 24 millions d’habitants (dont plus de la moitié a moins de 20 ans). C’est un des pays les plus défavorisés au monde. Selon le Pnud (Programme des Nations Unies pour le développement), il se classe, en 2015, au 158e rang sur 188 pays en matière d’IDH (indice de développement humain). Près de 80 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté. En 2016, le revenu mensuel moyen par habitant est de 33 dollars soit moins d’un euro par jour.

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