Terra 02 octobre 2015 à 08h00 | Par Audrey Dibet

Climat et gaz à effet de serre : où en est l’élevage ?

Est-ce l’effet COP 21 qui se tient à Paris en fin d’année ? Toujours est-il que lors de cette dernière édition du Space, plusieurs événements étaient consacrés au thème du changement climatique. La profession agricole se questionne bien de plus en plus sur la contribution de son activité dans les émissions de gaz à effet de serre.

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Les agriculteurs mettent en place des pratiques bonnes pour le climat. Ils pourront le communiquer avec ces verres éditées par les chambres d'agriculture.
Les agriculteurs mettent en place des pratiques bonnes pour le climat. Ils pourront le communiquer avec ces verres éditées par les chambres d'agriculture. - © Terra

 

Si elle contribue à l’émission de gaz à effet de serre (GES), l’agriculture a une spécificité : celle de pouvoir les compenser au travers du stockage de carbone dans les sols. Et pour limiter les émissions, plusieurs leviers sont identifiés et déjà mis en place dans des exploitations. Il en était notamment question lors d’une conférence organisée par les chambres d’agriculture le 17 septembre au Space.

Stockage
du carbone

Production régulièrement pointée, l’élevage laitier à lui seul représente 6 % des émissions de GES nationales. Herbager ou maïs, il n’y a pas de différence entre les systèmes mais des variations qui, à l’intérieur de chaque système, vont du simple au double suivant les exploitations. "La première étape est d’optimiser son système avant d’en changer", souligne Sophie Tirard, de la chambre d’agriculture de Bretagne. Parmi les leviers possibles, l’ajustement au mieux des rations et les achats d’aliments concentrés (types et quantité) ont un impact fort sur les émissions de GES. L’élevage laitier a par ailleurs un avantage, note-t-elle- : "le stockage du carbone peut compenser de 5 à 40 % des émissions dans les élevages laitiers". D’autant que les sols représentent le plus grand réservoir de carbone de la Planète, surtout au niveau des 30 premiers centimètres. "Du fait de l’importance de ce réservoir, une faible variation entraine une augmentation importante des émissions. À l’inverse une légère augmentation (+0,5 % dans les 30 premiers cm) permet de compenser les émissions à l’échelle de la Planète. Or c’est dans les sols agricoles que les marges de progrès sont les plus importantes", explique Valérie Viaud, de l’Inra. D’où le projet de recherche international "4 pour 1 000" annoncé par Stéphane Le Foll en mars dernier qui vise à améliorer les stocks de matière organique des sols agricoles de 4 pour mille par an.

AmÈlioration
des performances

Du côté des élevages de monogastriques, "l’amélioration des performances (par les IC) est la base de la réduction des émissions de méthane et de protoxyde d’azote", constate Solène Lagadec. En vingt ans, l’azote excrété a ainsi diminué de 31 % en élevage de porcs avec l’utilisation de l’alimentation biphase, et de 29 % en poulet parallèlement à la diminution de l’IC. Le développement de l’alimentation de précision, ou l’amélioration de la composition de l’aliment en acides aminés sont encore d’autres voies explorées aujourd’hui pour limiter les émissions de GES. C’est ensuite sur les bâtiments qu’on peut se pencher (gestion des déjections et traitement de l’air), du stockage (couverture de fosse, récupération de méthane), de l’épandage et de la consommation énergétique (isolation, ventilation, échangeurs de chaleur...).

Quant à développer une unité de petite méthanisation à la ferme (pour plus de détails, lire le Terra 493-494), cela ne peut s’envisager qu’à condition de disposer facilement d’effluents frais sur l’exploitation, à partir d’une certaine taille d’élevage. Un projet qu’il s’avère pertinent à étudier en particulier en cas de nouveaux projets de bâtiments.

 

info

Pour poursuivre cette réflexion, un forum "Énergie et atténuation du changement climatique du territoire à la ferme" est organisé les 21 et 22 janvier 2016 à Acigné (35) par les chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays-de-la-Loire avec différents partenaires (Région Bretagne et Région Pays de la Loire, GIE Élevages, Coop de France Ouest, Cuma Ouest, Aile,...).

Life Carbon Dairy au cúur de la démarche

Les représentants de la filière lait ont profité du Space pour mettre en avant líimportance de leur projet, Life Carbon Dairy, dans la réduction d'émission des gaz à effet de serre dans les Èlevages.

Au cours d’une conférence, ce programme, actuellement testé dans les six régions qui fournissent à elles-seules 65 % de la production laitière française, a été présenté sous toutes ses coutures.

Après avoir remis le projet Life Carbon Dairy dans son contexte politique et environnemental, des représentants de l’Institut de l’élevage, de France conseil élevage, du Cniel et des chambres d’agriculture ont présenté CAP’2ER, l’outil qui a été créé pour mesurer la quantité - traduite en équivalent CO2 et aussi appelée empreinte carbone - de gaz à effet de serre produits et stockés dans les exploitations laitières. L’évaluation de 3 900 fermes avec cet outil permet aux conseillers techniques de révéler aux éleveurs les sources d’émissions qui les concernent mais aussi de leur montrer, grâce à des simulations, ce que l’application d’un plan d’action spécifique à leur exploitation pourrait leur apporter. Que ce soit en modifiant l’alimentation, en recherchant l’autonomie alimentaire, en réduisant le nombre d’animaux improductifs, en augmentant la performance laitière du troupeau, en favorisant l’implantation de légumineuses, en augmentant le stockage du carbone ou encore en optimisant l’efficience de l’azote, l’utilisation de l’électricité et du carburant, l’objectif final est toujours le même : réduire de 20 % l’émission de GES dans les dix prochaines années. "En général, on dit qu’environ 1 kg de CO2 est émis pour produire 1 l de lait", explique Catherine Brocas (Institut de l’élevage) à ce sujet. Avec Life Carbon Dairy, les représentants de la filière lait espèrent donc être descendus sous la barre des 0,8 kg de CO2 émis par litre de lait d’ici peu.

Combiner environnement et Èconomie

Lors de cette conférence, un éleveur dont l’exploitation laitière a été analysée grâce à l’outil CAP’2ER a souhaité préciser que "le lien entre les axes d’amélioration environnementaux et économiques est très étroit". En effet, une étude récente de l’Institut de l’élevage a montré que les fermes qui "ont un faible impact environnemental se caractérisent par une meilleure efficience technico-économique et sont les plus rentables". De ce fait, pour les spécialistes de la filière, il semble indéniable que les éleveurs laitiers doivent trouver dans les leviers d’action identifiés pour réduire l’empreinte carbone des solutions à l’ensemble des enjeux auxquels ils doivent faire face actuellement. Tout en s’inscrivant parfaitement dans une démarche environnementale, Life Carbon Dairy et CAP’2ER permettent "de faire un diagnostic global des exploitations", conclut Catherine Brocas.

Alice Corbin

Quelques chiffres

CO2, CH4 et N2O sont les 3 GES émis par le secteur agricole,

En Bretagne, 45 % des GES sont d’origine agricole, pour 18 % en France, 10 % dans l’UE (source Oreges 2015),

2/3 des émissions sont liés à l’élevage et 1/3 aux cultures,

L’élevage laitier représente 6 % des émissions de GES nationales dont 50 % sont issus de la fermentation entérique (rumen),

L’azote excrété en élevage de porc et de poulets a diminué de 30 % en 20 ans du fait de l’amélioration des performances,

+ 0,5 % de carbone dans les 30 premiers centimètres de sol suffirait à compenser les émissions à l’échelle de la Planète.

Yannick Le Bars.
Yannick Le Bars. - © Terra

"Chacun peut réfléchir à ce qu'il peut faire"

"Le réchauffement climatique est difficile à mesurer, certains sont sceptiques. Mais nous agriculteurs, nous le constatons au quotidien : on travaille des variétés plus tardives tout en avançant les dates de récolte", témoigne Yannick Le Bars, agriculteur à Plouha (22) en Gaec avec son fils sur une exploitation laitière (750 000 litres). La réduction des gaz à effet de serre, il y contribue concrètement au niveau de plusieurs ateliers de son exploitation. Cela a commencé en 1998 lorsqu’il arrête totalement le labour pour stopper les problèmes d’érosion de ses sols pentus et caillouteux. Les tracteurs sont aussi passés au banc pour ne pas gaspiller de carburant : "c’est à la portée de tous. Si tous les tracteurs bretons y passaient, cela représenterait 30 millions de litres de fioul économisés".

Au niveau de l’atelier laitier, l’énergie est économisée grâce à l’utilisation d’un pré-refroidisseur pour le tank à lait depuis 2008 et d’un chauffe-eau solaire, complété depuis 2011 par un récupérateur de chaleur. Près de 8 000 kW/h sont ainsi économisés par an : "c’est peu à l’échelle de mon exploitation, mais en démultipliant ces actions, cela devient significatif pour la région". Une région, qui rappelons-le, est déficitaire sur le plan énergétique.

Le colza, cultivé sur 18 ha, est quant à lui entièrement trituré sur l’exploitation : "c’est autant de tourteaux importés en moins".

Et si Yannick Le Bars implante des haies chez lui, il milite aussi auprès des élus pour que le bois bocager puisse être valorisé par les collectivités dans des chaudières à plaquette.

Et d’encourager "chacun à réfléchir à ce qu’il peut faire sur son exploitation, mais sans perdre de vue la performance nourricière". Car c’est cette performance estime-t-il qui aura le plus d’impact sur les émissions de GES.

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