Terra 28 mai 2015 à 08h00 | Par Thierry Michel

Les matières premières arrivent à une fin de cycle

L’équipe de publication du Cyclope, sous la direction de Philippe Chalmin, vient de publier l’édition 2015. Tour de glas général.

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Une partie de l’équipe de rédaction du Cyclope accompagnait Philippe Chalmin pour la présentation de la nouvelle édition 2015. © Terra Philippe Chalmin, directeur du rapport Cyclope. © Terra

Glas : sonnerie de cloches annonçant l’agonie, la mort ou les funérailles de quelqu’un selon Larousse. C’est aussi le titre de l’inoubliable roman d’Ernest Hemingway "Pour qui sonne le glas" publié en 1940 et réunissant les souvenirs de journalistes de l’écrivain américain sur la guerre civile d’Espagne. En 2015, Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris Dauphine, en a fait le titre de la nouvelle édition du Cyclope, la 29e, bible des matières premières mondiales.

Mais qui est donc mourant au point que les cloches sonnent ? En fait, de nombreux points clés de l’organisation du monde actuel sont menacés. Et Philippe Chalmin les a énumérés en introduction de sa présentation. Le glas, c’est pour la mondialisation "heureuse", celle qui devait faire en sorte que tous les peuples allaient aller mieux du simple fait de l’apparition d’un marché global et aussi pour les marchés, quasiment tous à la baisse. "Il n’existe pas une seule matière première qui a progressé vraiment. Les reculs sont même forts pour le fer, le fret, les métaux. Même les produits agricoles ont reculé (lait, coton, sucre...), même si la baisse est moindre que celle anticipée. On est face à une rupture qui marque une grande phase d’euphorie. Celle-ci est derrière nous en 2015", indique le professeur.

On peut aussi parler de glas pour les pays pris individuellement. Les grands émergents qui formaient les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), et qui portaient tous les espoirs du monde, connaissent des récessions sévères. "La Chine reste l’interrogation majeure des marchés : faut-il faire le pari de la nouvelle normalité chinoise, c’est-à-dire une croissance économique à 7 % par an au lieu de 10 et plus ? En tout cas, ces 7 % sont tout à fait essentiels aux marchés mondiaux. Et n’oublions pas que la Chine est devenue le premier importateur mondial de pétrole et qu’elle va battre un record d’importations de soja en 2015. Elle va également importer de plus en plus de sucre", commente Philippe Chalmin. Pour ce dernier, l’Afrique du Sud n’a jamais émergé et l’Inde pèse finalement peu sur les marchés mondiaux. Pour revenir à la Chine, il faudra aussi s’attacher à comprendre et à s’adapter à une nouvelle donne essentielle : celle du passage d’une économie de politique des stocks volumineux (celui d’une économie en guerre) à celle d’une économie qui tend à contrôler ses circuits commerciaux d’approvisionnement et de débouchés.

Guerres, commerce et politique

Et le glas n’a pas fini de sonner ! Le monde est rempli de conflits et de guerres dont il est bien difficile de prévoir les issues et surtout les conséquences sur l’économie dans le monde.

 

Quant aux négociations commerciales internationales, on se situe toujours dans le désormais éternel cycle de Doha sans que rien ne se passe de nouveau. "Il est certain que le calendrier de Doha est durablement encalminé", souligne Philippe Chalmin. On voit la montée en puissance des accords bilatéraux et des accords de blocs économiques à blocs économiques.

La COP21 sur le climat ? "Les espérances affichées paraissent difficiles à atteindre compte tenu de l’état actuel du marché du carbone". Au final, les responsables de Cyclope voient un monde plus que jamais plus complexe, plus volatil, plus instable... Dit autrement, il n’existe pas de gouvernance mondiale.

La chute des cours et prix des matières premières a surtout pointé la fragilité, à quelques rares exceptions près, des pays en développement. En gros, lorsqu’un grain de sable apparaît pour les nouveaux acteurs-pays des matières premières, c’est tout leur modèle économique de croissance qui se grippe.

Le glas, toujours lui et enfin, résonne pour cette idée que les ressources naturelles de la planète peuvent tirer seules la croissance mondiale. Et la seule certitude, aujourd’hui mais en sera ce une encore demain, c’est que le prix du pétrole bas n’incite pas à rechercher et à promouvoir d’autres modèles de productions énergétiques plus vertueux !

 

Cyclope

Le XXIXe Cyclope, qui signifie en fait Cycles et orientations sur les produits et les échanges, comporte 783 pages réparties en deux grands chapitres. L’un est consacré à l’analyse de la situation mondiale des marchés et des pays, l’autre traite plus directement des matières premières : marchés financiers, grains et agriculture tempérée, produits tropicaux, produits de la mer, minerais et métaux, énergie, grands marchés industriels et services. Plus de 60 personnes ont apporté leur contribution à cet exercice annuel. L’ouvrage existe en version papier et peut aussi être téléchargé, dans sa totalité, ou par chapitre individuellement.

Pour en savoir plus, www.cercle-cyclope.com.

- © Terra

Marché des viandes

Tour d’horizon du marché mondial des viandes avec Jean-Paul Simier, auteur de la partie consacrée aux viandes dans le rapport Cyclope.

Marché 2014

La courbe des prix agricoles baisse fortement en 2014 à l’exception de celle qui concerne les viandes, qui est donc à contre tendance. On se retrouve même sur niveaux au plus haut historique pour les viandes d’Amérique du Nord. On parle bien de l’indice mondial alors que la conjoncture européenne montre plutôt le contraire. L’explication est assez simple : beaucoup de décapitalisation en viande bovine aux Etats-Unis et production en baisse pour la viande ovine en provenance des producteurs habituels du Pacifique à cause d’épisodes de sécheresse.Des épisodes sanitaires sévères ont pesé sur le secteur du porc et il y a toujours présence de grippe aviaire pour le secteur volaille, même si l’on en parle plus vraiment. On constate du coup une convergence des prix entre les viandes traditionnellement avec des cours élevés et celles avec des prix plus bas. Côté demande, le monde a toujours faim de viande. La Chine est toujours très demandeuse et deviendra avant la fin de la décennie le premier importateur de viande bovine. Il y a dix ans, on ne parlait pas du tout de ce pays sur les marchés mondiaux. Il existe aussi de nouveaux importateurs comme les Philippines ou encore l’Indonésie.

Marché 2015

Du côté des céréales et des grains, les prévisions de production plaident plutôt en faveur d’une certaine abondance, donc l’alimentation animale pourrait connaître une détente des prix. La question sanitaire reste bien évidemment d’actualité : même si certains aspects se calment, on reparle actuellement, par exemple, de grippe aviaire aux Etats-Unis. L’Inde va affirmer sa présence sur le marché du commerce mondial de viande (buffle), ce qui n’est pas forcément une concurrence pour le marché européen. Globalement, la production de viande devrait être supérieure en 2015 par rapport à 2014. La demande en viande reste forte, notamment du côté des pays émergents.

a surveiller

La parité dollar/euro sera un élément majeur de la bonne tenue des exportations européennes sur les marchés mondiaux. Bien évidemment il faudra surveiller ce qui se passe en août, date de fin théorique de l’embargo russe. La capacité des Européens à aller chercher de nouveaux marchés ou à reconquérir des marchés perdus sera aussi un élément clé.

Propos recueillis par Thierry Michel

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