Terra 01 juillet 2016 à 08h00 | Par Jean Dubé

"Une année blanche aurait un impact positif majeur pour 44 % des exploitations"

La nouvelle secrétaire générale de la FRSEA lait Ouest, Marie Andrée Luherne en appelle à la solidarité de toute la filière lait, pour que les producteurs ne soient pas la "variable d'ajustement de la crise". Elle réclame aussi la mise en œuvre d'une année blanche.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Marie-Andrée Luherne
Secretaire générale de la FRSEA Lait Ouest
Marie-Andrée Luherne Secretaire générale de la FRSEA Lait Ouest - © Terra

Vous avez été récemment nommée secrétaire générale de la section lait de la FRSEA Ouest. Comment jugez-vous la situation de la filière laitière et des producteurs ?

Marie Andrée Luherne. Les producteurs vont mal. Leur trésorerie se dégrade de jour en jour. Avec la persistance de la crise, nous sommes confrontés à des situations humaines de détresse, c’est intolérable. Il faut une réaction collective ! Aujourd’hui, c’est de la solidarité de l’ensemble de la filière que les éleveurs ont besoin. Tous les partenaires de la filière doivent faire des efforts si demain ils veulent préserver leurs emplois. Sur le prix, la balle est dans le camp des entreprises laitières. La stratégie gagnant-perdant de certaines est inadmissible. Les producteurs ne sont pas leur variable d’ajustement et ils attendent plus. Les notions de partenaire et de filière souvent mises en avant par les entreprises doivent prendre toute leur signification.

Qu’attendez-vous des autres partenaires ?

M.A L. Des efforts sur tout : sur les tarifs des intrants, sur les cotisations, sur les prestations de services. Les producteurs ont besoin d’accompagnement mais ils ne sont plus en capacité de payer. Les partenaires doivent voir plus loin. Les efforts réalisés maintenant préserveront l’avenir. Mais dans l’urgence, ce sont les banques que l’on attend au tournant. Leur attitude est intolérable. Elles doivent soutenir les éleveurs quels qu’ils soient et ne pas choisir qui aura le droit de rester producteur demain ! L’année blanche est un réel outil et permet de ne pas être à la merci de nos fournisseurs. Dans le Morbihan, à la demande du conseil agricole départementale (CAD), le CER France nous a démontré qu’une année blanche aurait un impact positif majeur pour 44 % des exploitations. Il n’y a plus de question à se poser, il faut y aller ! Si nous n’obtenons pas de réponse, nous saurons aller les voir.

Le conseil régional de Bretagne a lancé un plan lait Bretagne basé sur les MAEC. Qu’en pensez-vous ?

M.A L. Dans l’immédiat, ce ne sont pas ces mesures qui stopperont l’hémorragie. Les producteurs attendent des mesures de trésorerie immédiates. Les MAEC ont été mises en œuvre pour répondre
à l’objectif d’agro-écologie du ministère, c’est une action qui
nécessite de peser les conséquences pour l’exploitation. La FRSEA Ouest reste prudente car qui dit MAEC dit cahier des charges et contrôles. Par ailleurs, tous les éleveurs ne pourront y entrer et il n’est pas question de diaboliser certains systèmes. L'équilibre herbe/maïs d'une exploitation laitière résulte de choix techniques propres à chaque exploitation et je m’interroge sur les effets que peut avoir une telle politique.

Et de votre côté, comment envisagez-vous la suite ?

M.A L. Du côté de la FNPL, de la FRSEA et des FDSEA, nous ne lâcherons rien. Nous poursuivons notre action au niveau européen pour obtenir des mesures concrètes au travers d’un manifeste. Nous défendons une stabilisation de la production avec compensation financière. Sur le marché intérieur, les FDSEA rencontrent la RHF et la RHD pour un partage équitable du risque et une meilleure indication au consommateur. Notre objectif : le marché intérieur doit atténuer les effets de la crise et se répercuter sur le prix. Notre défi est de préserver les hommes et les femmes qui font la production laitière en s’appuyant sur nos atouts (climat, technicité, professionnalisme) et ainsi rester une grande région laitière.

La régulation ? Oui, mais au niveau européen

Dans un communiqué du 27 juin. la FRSEA Ouest défend "une stabilisation volontaire de la production avec compensation financière"... Mais ne souhaite pas de nouveaux contingents pour l’intervention publique, ce qui pour elle, "reviendrait à donner un signal confortant les pays à produire plus".

Alors que depuis de long mois, la FNPL réclame que la régulation s’applique en Europe, "la FRSEA Ouest aspire également à ce que les producteurs français soient récompensés de leurs efforts", insiste le communiqué qui rappelle que "depuis la fin des quotas, ils sont dans la régulation au travers de la contractualisation".

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui