Terra 15 mars 2018 à 12h00 | Par Isabelle Sicot, chambres d'agriculture de Bretagne

À la découverte du bassin laitier des Hauts-de-France

Le programme Life Carbon Dairy accompagne un réseau de 60 fermes innovantes par un suivi de leur durabilité économique, sociale et environnementale. La deuxième rencontre nationale a permis d’échanger sur les stratégies des éleveurs laitiers de la région Hauts-de-France : autonomie fourragère et protéique, valorisation de coproduits, méthanisation

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Dans le Haut-Pays d’Artois, Jean-Luc Maeyaert assume le choix de l’agrandissement : 232 hectares, 172 vaches, 1 850 000 litres de lait vendus pour deux associés et trois salariés.
Dans le Haut-Pays d’Artois, Jean-Luc Maeyaert assume le choix de l’agrandissement : 232 hectares, 172 vaches, 1 850 000 litres de lait vendus pour deux associés et trois salariés. - © Terra

Cinquième région laitière française, les Hauts-de-France se distinguent par une répartition atypique des fabrications à partir du lait collecté. 55 % des volumes sont valorisés dans des productions à forte valeur ajoutée (laits liquides UHT, yaourts, desserts lactés, glaces et sorbets) contre 18 % au plan national. L’une des grandes forces de la filière est la présence importante d’outils industriels souvent situés à proximité des grands axes.

Vers un marché de segmentation

Pour répondre à la demande de ses clients à l’export, la coopérative Prospérité Fermière - Ingredia a lancé sa gamme Via Lacta. Sur une collecte différenciée égale à 7 % de la collecte totale, une centaine d’éleveurs se sont engagés à faire pâturer sur une surface minimum de 15 ares par vache, pendant au moins 170 jours par an. "Pour une recherche d’authenticité", les vaches doivent également être logées pendant l’hiver sur de la paille (aire paillée ou logettes) et les OGM doivent être absents dans l’alimentation. Les éleveurs ont une garantie de prix de base plancher de 300 €/1 000 l et bénéficient d’une prime de 15  €/1 000 l qui pourrait évoluer à la hausse, en fonction des débouchés.

Une exploitation autonome ancrée sur un territoire

Le lycée de Radinghem (62) se trouve dans une zone géographique froide avec un potentiel de terres limité. Cette ferme est un site de référence pour l’autonomie protéique et une ferme ancrée sur son territoire avec valorisation de coproduits (drèches brasserie, pulpes de betteraves). Des prairies temporaires (luzerne-dactyle, RGH tétra/diploïde-TV-TB géant/nain) ont été implantées et l’assolement a été diversifié (féverole, colza, escourgeon, orge, betteraves fourragères, épeautre).

Un agrandissement maîtrisé mais déroutant

La visite chez Jean-Luc Maeyaert a eu de quoi dérouter les éleveurs bretons présents : des travaux engagés pour 220 vaches alors que l’élevage n’en comptait que 120 à l’époque ; une SARL pour gérer 1 000 m2 de panneaux photovoltaïques ; une entreprise de travaux agricoles (ETA) ; et une unité de méthanisation par voie liquide de 250 kW en co-génération pour 2018.

L’éleveur assume même si l’excédent brut d'exploitation (EBE) de la SCEA ne couvre pas les annuités actuelles : "Je recherche un système autonome, indépendant, cohérent et respecteux de l’environnement. L'enjeu pour moi est de conserver les compétences des salariés sur l'exploitation grâce à de la formation continue. Et je suis une formation au management une fois par an".

Les rendements maïs variant entre 7 et 12 t MS/ha, les efforts se sont portés sur la qualité des fourrages : précocité des récoltes d’herbe et de méteil, couverture permanente du sol, semis d’un blé sous couvert d’un maïs, semis de luzerne sous couvert d’avoine, aménagement de chemins d'accès et organisation du pâturage tournant.

Deux tonnes d’aliments sont donnés pour produire 9 100 litres/VL/an, mais le recours aux coproduits et au tourteau de colza permet de maîtriser le coût alimentaire. L’impact environnemental de l’exploitation est au final très maîtrisé, avec une empreinte carbone nette du lait à 0,88 kg éq CO2/l, contre 1 pour la moyenne régionale.

Une concurrence avec les cultures

Même des opportunités existent, l’élevage laitier est menacé par la polyculture : problématique travail avec tendance au suréquipement matériel, difficultés de transmission. Les pratiques tolérées du pas-de-porte accentuent aussi la forte pression foncière. Lors des cessions de bail, l’agriculteur entrant verse au sortant un "chapeau" pouvant atteindre 15 000 € l’hectare, soit trois fois le prix de vente du terrain uniquement pour le louer. La surenchère se fait aussi avec les agriculteurs belges qui recherchent des terres fertiles pour la pomme de terre.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui