Terra 01 février 2018 à 01h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

DN6 : il faut passer à une autre approche des pratiques agricoles

Le programme régional DN6 est en discussion depuis l'adoption du cadre national en octobre 2016. L'administration souhaite le mettre en consultation au printemps 2018, pour une application à la prochaine campagne à partir de septembre 2018. Terra a rencontré Alain Tiengou qui est l'interlocuteur des chambres d'agriculture de Bretagne sur cette question, pour connaître la position défendue par la profession dans ces négociations difficiles.

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Alain Tiengou, responsable du dossier Environnement à la chambre régionale d'agriculture.
Alain Tiengou, responsable du dossier Environnement à la chambre régionale d'agriculture. - © Terra

Concernant la situation des nitrates où en est aujourd'hui la Bretagne ?

Alain Tiengou. Les années 90 ont été difficiles. Nous étions véritablement dans la gestion de crise. Puis dans les années 2000, les courbes ont arrêté de monter et nous sommes arrivés à un palier. Depuis une dizaine d'années nous sommes en diminution régulière. Aujourd'hui les résultats sont là. On a diminué de 20 mg en 15 ans sur la moyenne bretonne sur les eaux brutes. Ce qui nous amène à un niveau de 30 mg après avoir vécu à un niveau à 50 en moyenne. 90 % des eaux brutes sont conformes en amont des stations de pompage. Il reste toutefois le contentieux "eaux brutes". Cinq bassins en sont sortis il y a deux ans, quatre sont toujours en restriction forte (Bassin versant contentieux) de leurs apports d’azote. Des démarches sont engagées pour obtenir un aménagement des dispositifs qui concernent les Échelles (35), l'Ic et le Bizien (22) et l'Horn (29).

 

Quels sont les éléments du débat ?

A.T. Nous avons vécu 20 ans de durcissement réglementaire. Nous avions dit que les temps de réponse seraient longs. Nous sommes aujourd'hui dans le délai que nous avions annoncé. Le contexte évolue et en matière d’épandage, je veux rappeler que des agriculteurs font appel à de l'azote minéral quand d'autres continuent à casser de l'azote organique. Nous ne sommes plus à une époque où l'on doit utiliser de l'énergie fossile ou nucléaire pour casser des fertilisants naturels. Dans les bassins encore en réglementation forte, le seul outil proposé dans les arrêtés préfectoraux c'est moins d'apport de fertilisants.Baisser les apports à un seuil inférieur à ce que l'on peut considérer comme le "bien-être végé-tal", n'est satisfaisant pour personne. Pire, il ne garantit pas la reconquête de la qualité des eaux. Il faut arriver à promouvoir autre chose avec des pratiques plus performantes, pour franchir ce palier. Ces bassins, dits en contentieux, étaient largement supérieurs à la moyenne bretonne et ont connu une progression au même rythme que la région. Mais cette évolution fl échit. Ce programme d'action réglementaire n'est-il pas arrivé à son terme ? Il faut passer à autre chose, et adopter une autre approche par des pratiques agricoles renforcées.

 

Concrètement cela signifie ?

A.T. Que le rôle du chef d'exploitation est d'être chef d'orchestre, de mettre en musique différents outils. Globalement j'estime qu'il faut faire davantage confiance aux agriculteurs à l'image des plans algues vertes. Il faut proposer une boîte à outils, charge à l'agriculteur d'en ouvrir plusieurs tiroirs. Les bassins "algues vertes" ont montré l'efficacité de cette démarche pro-active. Cela fonctionne. Dans les bassins "algues vertes" on a constaté une diminution des flux de nitrates vers la mer de 30 % et 70 % des agriculteurs ont adhéré à des actions qui vont au-delà de la réglementation générale.

 

Estimez-vous que les agriculteurs ont été entendus à hauteur de leur investissement ?

A.T. Les agriculteurs ont accepté d'être transparents sur leurs pratiques. Ils ont rempli leur part de contrat en complétant des déclarations de flux d'azote depuis trois ans. Mais de son côté, l'État n'a pas finalisé ses engagements. Il avait promis des modifications juridiques définitives des textes nationaux, il avait pris l'engagement d'une simplifi cation administrative et celui d'une baisse de la pression de contrôle dans les exploitations. Ces engagements sont restés inachevés. La difficulté pour les agriculteurs est d'être interpellés par une "foultitude" de sujets. L'équilibre économique de l'exploitation, en premier lieu bien sûr. Mais aussi l'adaptation au développement durable sur l'exploitation agricole : consommations énergétiques, impact sur l'environnement, GES, phytos,etc. J'estime qu'il faut sur la partie azote leur adresser un signe fort, des ouvertures qui seraient un peu le pendant des fermetures d'il y a 25 ans.Les chambres considèrent que l'on doit pouvoir constater une ouverture réglementaire en lien avec l'agronomie, laquelle doit en 2018 être encore mieux reconnue dans le réglementaire. Il fallait de la transparence pour sortir de la crise. Mais aujourd'hui la pression du contrôle en exploitation est très forte, trop forte. Le déclaratif devrait permettre d'abaisser cette pression. Enfin sur l'évolution des exigences stockage et épandage, il faut intégrer la notion d'équilibre de la fertilisation, levier essentiel de la maîtrise du risque de fuite. Nous ne demandons pas des capacités de stockage supplémentaires mais d'intégrer la notion de cohérence entre capacité de stockage, gestion des cultures et évolution normative des déjections animales.


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