Terra 30 juillet 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

"Nous ne lâcherons rien"

Après l'annonce d'un plan de mesures la semaine passée, la mobilisation syndicale ne faiblit pas en Bretagne. Rencontre avec Thierry Coué, président de la FRSEA.

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Thierry Coué  

Président 
de la FRSEA Bretagne
Thierry Coué Président de la FRSEA Bretagne - © terra

Suite aux actions de ces dernières semaines, le gouvernement a annoncé 24 mesures. Quelle analyse faites-vous de l'attitude
du gouvernement et du ministre de l'agriculture ?

Thierry Coué. Le gouvernement est cette fois à l'écoute. Mais le plan annoncé reprend des mesures habituelles de gestion de crise. Sur la question du prix, on peut lui donner acte d'avoir pris l'ampleur d'une crise qui n'est pas nouvelle, notamment en porc et en viande bovine, d'avoir réuni l'ensemble des acteurs et tenté d'obtenir des engagements. Mais au delà des mots, on attend aujourd'hui des actes concrets. C'est aussi pour cela que le mouvement ne s'arrête pas.

Quelle analyse faites-vous des mesures décidées ?

T.C. Les 600 millions d'euros annoncés ne trompent personne. 500 millions sont des garanties aux prêts déjà contractés par les agriculteurs. Cela ne suffira pas à soulager à long terme les trésoreries. Pour quelqu'un qui est en surendettement aujourd'hui cela ne change pas grand chose. Le banquier lui dira "non" s'il demande un nouveau prêt. C'est vraiment un train de mesure immédiat qui ne règle pas le problème de fond qui est celui du surendettement des éleveurs. Ce n'est pas parce qu'on va donner quelques milliers d'euros de FAC (fond d'allègement des charges) et qu'on va garantir quelques milliers d'euros de dettes déjà présentes chez les fournisseurs, que les banquiers vont suivre. Le combat reste le prix, le prix, le prix !

Qu'est ce qui manque aujourd'hui pour que la FRSEA/JA s'estime entendue ?

T.C. La crise agricole actuelle est multifactorielle. Nos revendications sur les prix correspondent à un besoin urgent des agriculteurs pour rentrer dans leurs coûts de production. Il est aussi important de travailler sur les charges qui pèsent sur les exploitations, pour gagner en compétitivité. Il faut mettre en place des outils fiscaux plus réactifs à la volatilité et à la réalité des marchés, stopper la surenchère administrative et réglementaire qui plombe nos entreprises. Le ministre s'est engagé à la tenue d'un conseil des ministres de l'agriculture en septembre à Bruxelles. Il est indispensable que l'Europe redonne de la visibilité aux agriculteurs. Rien n'est prévu sur l'assurance revenu, l'assurance climatique, la suppression des distorsions de concurrence, la gestion des risques économiques notamment la volatilité.

 

Alors, les actions des agriculteurs continuent ?

T.C. Les entreprises se sont engagées à payer le lait plus cher. Puis, les industriels disent après réunion, après analyse, que ce n'est pas le prix de tous les laits, mais seulement le prix du lait de consommation, ce qui est loin de faire le volume global ! Comme si les laitiers ne trayaient qu'un pis ! Aujourd'hui il n'y a une assurance de revalorisation que sur une partie du lait. Les agriculteurs ne nient pas le marché. Mais leurs revenus ne sont pas suffisants pour aborder une nouvelle crise des prix que ce soit en lait ou en viande, alors qu'ils n'ont jamais pu constituer de réserves.

 

Ne craignez-vous pas que les consommateurs français ne vous
soutiennent plus ?

T.C. La profession agricole n'est pas l'ennemi du consommateur français et des acteurs économiques. Nos demandes de revalorisation de nos revenus auront - en termes de prix et de pouvoir d'achat - un impact négligeable pour le consommateur.  Les gens l'ont bien compris puisque les sondages parus indiquent que les Français globalement soutiennent les agriculteurs dans leur revendications. Mais nous aimerions qu'ils nous soutiennent par leur mode de consommation en privilégiant le "manger français".

Notre action n'est pas corporatiste. Son objectif ne concerne pas que les agriculteurs et leur revenu. La sauvegarde du pouvoir d'achat et des emplois de beaucoup de Français passera par le maintien d'une agriculture forte et compétitive.

Les Français continueront de nous soutenir parce qu'ils savent que notre combat pour l'élevage est juste et légitime. Nous aurons le soutien de nos concitoyens si nos actions syndicales respectent les biens et les personnes. Comme l'a dit Xavier Beulin "ne prêtons pas le flanc à la critique. Nous gagnerons parce que nous serons dignes et justes",... mais nous ne lâcherons rien.

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