Terra 08 décembre 2017 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Transmettre, "on voulait que ça fonctionne et on a tout fait pour !"

C’est une nouvelle vie dans une nouvelle maison avec de nouveaux projets qui s’offre à Nicole et Clément Evano. Ils sont exploitants laitiers à Bubry (56)... et bientôt retraités. Et si lui est encore salarié à mi-temps, c’est juste le temps de la transition. Car ils viennent de céder leur ferme à Olivia, 26 ans. Une transmission qu’ils se sont donnés les moyens de réussir. Ce témoignage fait écho aux forums de la transmission organisés par les chambres d’agriculture.

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Nicole et Clément Evano éleveurs laitiers à Bubry ont transmis leur exploitation en faisant en sorte "que ça marche".
Nicole et Clément Evano éleveurs laitiers à Bubry ont transmis leur exploitation en faisant en sorte "que ça marche". - © Terra

"On est content, on le dit et le re-dit", glisse Clément Evano, l’œil pétillant. Dans la maison, l’odeur des gâteaux qu’on y mitonne pour ses 60 ans est tout aussi chaleureuse que le lieu, lumineux, aussi joli que neuf. Nicole et Clément s’y sont confortablement installés depuis Pâques dernier.

L'envie de transmettre

Année 2012, 55 ans, c'est l’âge d’un bilan qui n’ose se l’avouer. Le couple est à la tête d’une ferme de 60 ha , dont 55 en propre, pour 400 000 litres de lait. Leurs deux grands enfants ont bâti leur carrière hors agriculture. "Nous savions que nous voulions transmettre notre exploitation, qu’elle n’aille pas à l’agrandissement", affirme Nicole. Parce que leur maison d’alors est située face aux bâtiments d’exploitation, "on s’est très vite dit qu’on ne pouvait pas rester là. Soit tout était repris et on aurait eu tous les inconvénients de la ferme, sans ses avantages. Soit ça ne se vendait pas et ça aurait été un crève-cœur de voir les bâtiments se délabrer sous nos yeux". Pragmatique, le couple se projette ailleurs pour la retraite, "plus près du bourg, c’est quand même plus pratique quand on prend de l’âge", conviennent-ils. Le terrain est trouvé, la coque de leur future maison est hors d’eau en 2013. Et elle restera ainsi trois ans. "On avait juste fait les extérieurs, rien ne pressait", la conjoncture non plus, se remémore le couple, l’un cherchant dans le regard de l’autre le fil précis de leur histoire.

"Quelqu'un cherchait une ferme et nous n'en savions rien"

Et rien ne pressait vraiment. A l'époque, Clément est adjoint au maire de Bubry et pressenti un temps pour devenir maire. Clément Evano raconte : "j’avais contacté Remi Castel, conseiller à la chambre d’agriculture en 2013-14 pour voir comment faire pour trouver plutôt un remplaçant ou un associé si j’étais élu ...". Une étude est faite, mais l’affaire ne va pas plus loin, Clément restant adjoint pour un 6e mandat. Deux ans plus tard, début 2016, un courrier de la MSA  invite le couple à s’inscrire sur le RDI (répertoire départemental d’installation) en vue de préparer la transmission de la ferme et leur retraite. "Nous avons alors recontacté Rémy Castel qui nous a informé qu’il y avait une jeune normande en recherche d'une ferme et qu’elle vivait avec le fils d’un de nos copains de Bubry. Nous n’en savions rien ! On n’était pas prêts à céder. On ne l’envisageait même pas car la retraite, c’était en juin 2018". Ainsi, "dans une même commune il peut y avoir des gens qui cherchent et on ne le sait pas toujours", ont-ils constaté. Rémy Castel contacte la jeune fille, "elle n’osait pas venir toute seule. Et puis un jour, Olivia a fini par frapper à la porte, c’était en février 2016", se remémore Nicole. "Je lui ai fait visiter la maison de Kerboharne, puis les bâtiments qui ont toujours été bien entretenus. On s’est tutoyées. Elle a vu la stabulation, les 48 places en logettes, le bâtiment génisses, la fumière, les trois fosses...".

"On voulait que ça marche"

"Elle avait fait un BTS ACSE puis travaillé au contrôle laitier", détaille Nicole, "on voyait une jeune fille motivée, une éleveuse dans l’âme", se rappellent-t-ils. Et puis, "elle est venue et revenue. Ensuite, elle nous a donné un coup de main régulièrement", s’amuse encore le couple,"Elle se projetait et nous l’a dit". "C’est une fille qui a la tête sur les épaules, elle sait ce qu’elle veut et où aller". Alors, "on a repris l’étude pour la mettre à jour. La chambre d’agriculture a fait tout le dossier. Rémy Castel a réalisé de son côté une estimation, Dominique Le Ruyet, conseiller bâtiment aussi, et ils sont tombés d’accord sur l’estimation globale", racontent les éleveurs. La Safer quant a elle évalue les 50 ha de terres tandis qu'un notaire évaluera la maison d’habitation. Le souhait du couple Evano ? "On voulait que ça réussisse, on a été conciliants". "On est parti sur ce qu’il nous restait à rembourser, la maison à finir de construire et prévoir pour l’avenir car jusqu’à l’âge légal de notre retraite, nous avons qu’un salaire à mi-temps pour deux. Et les retraites agricoles ne sont pas élevées". Ils présenteront alors à Olivia et son compagnon le document fixant le coût de la reprise. "Ils se sont regardés et se sont faits un sourire, le prix devait correspondre. Personne n’a discuté”. L’affaire était faite.

"Et on a tout fait pour"

Parce que Nicole et Clément voulaient "que ça fonctionne, on a tout fait pour, y compris dans une conjoncture difficile sans vouloir pénaliser l’avenir économique de l’exploitation par un coût de reprise déconnecté, trop patrimonial", pointent-ils, bien conscient de la necesité d'être conciliants. "On ne veut pas qu’elle se plante". Ainsi, des 100 animaux élevés par Nicole et Clément, Olivia Jegouzo n’en gardera qu’une partie, "nous, on était producteurs de lait, eux ont la passion de la génétique". L’autre partie du cheptel vient de l’exploitation des parents de la jeune femme, en Normandie. Ils viennent de céder leur exploitation et se rapprochent de leur fille "en venant habiter Bubry". Même approche pour le matériel, "si on la forçait, ça n’était pas bon. On a vendu tout ce qu’elle ne voulait pas, ça a été génial, par lot, cela ne nous a pas pris la tête", rajoute Nicole soulagée. "Nous aurions pu avoir des exigences mais ce n’était pas la peine qu’on lui impose ce qu’elle ne voulait pas", estime le couple.

"Ce n'était pas une chance mais une opportunité"

Une telle transmission, "ce n’est pas une chance, c’est une opportunité. On a tout fait pour que ça marche", insiste le couple, "content". Dans la foulée, Clément Evano, premier adjoint au maire, a marié Olivia et Jonathan. Un couple, parent de deux jeunes enfants, avait hâte de s’installer dans leur nouvelle vie, ce avant le 1er juin 2017, date de la vente de l’exploitation. "Cela a précipité les travaux dans notre nouvelle maison et notre emménagement".

Les premiers temps, Nicole et Clément ont pris la voiture "pour aller au boulot, à la ferme, c’était drôle", raconte Nicole. Et pour accompagner la transition, avant le recrutement d’un salarié par la jeune femme, (dont l’époux Jonathan est salarié à l’extérieur de l’exploitation), Clément Evano continue à mi-temps à prêter main-forte à Olivia. "On n’a jamais eu un mot plus haut que l’autre. On se fait confiance, une confiance mutuelle. Avec Olivia, ça se passe très bien. Elle m’écoute, je l’écoute. On aurait pu lui dire d’attendre nos 62 ans … Mais la vente permet aussi ça. Et comme on reste pas loin, c’est aussi important de réussir notre transmission et de garder de bonnes relations".

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